Lidl réduit fortement les prix de plusieurs produits à base de porc, du bacon aux côtelettes en passant par les steaks. Les saucisses paysannes coûtent désormais 3,99 francs, soit 20 centimes de moins, tandis que le kilo de médaillons de porc au bacon est vendu trois francs de moins au rayon frais.
Le discounter explique vouloir à la fois soutenir le pouvoir d'achat de ses clients et éviter un effondrement du marché porcin. La filière fait actuellement face à une importante surproduction: les éleveurs produisent bien plus de porc que les consommateurs n'en achètent. Chaque semaine, près de 4000 animaux excédentaires sont ainsi envoyés à l'abattoir. Cet excès d'offre pousse de nombreux distributeurs à multiplier les promotions.
Des pertes considérables chaque mois
Cette initiative est également saluée par les éleveurs de porcs. «Il nous faut des prix plus bas pour relancer le marché», explique à Blick Turi Röösli, éleveur de porcs à Hohenrain (LU). Selon lui, une nouvelle baisse des prix en magasin permettrait de stimuler davantage les ventes. «Si je le pouvais, je les réduirais encore plus», affirme-t-il.
Pour Turi Röösli, cette surproduction est «une catastrophe». Bien qu'il ait réduit sa production par rapport à l'an dernier, il dit en subir malgré tout les conséquences. «J'ai produit moins que l'année dernière, mais je suis quand même pénalisé», déplore-t-il. Résultat, son exploitation n'est plus rentable: «Je perds jusqu'à 25'000 francs par mois.»
Selon lui, cette situation est notamment due aux progrès de la sélection génétique. Les truies sont plus lourdes et donnent naissance à davantage de porcelets, alors que la consommation de viande de porc ne progresse pas. Le cheptel devrait donc être réduit, mais tous les éleveurs ne l'ont pas fait. Contrairement à lui, certains n'ont pas anticipé la baisse de la demande. «Il faudrait taper sur les doigts de ces brebis galeuses», lance-t-il.
Les porcelets prennent la route de l'Allemagne
Le secteur ne peut pas corriger rapidement cette surproduction. Entre l'insémination d'une truie et la commercialisation de la viande, près de dix mois s'écoulent. Face à cette situation, l'association des éleveurs Suisseporcs a pris une décision radicale. Depuis début juin, plus de 900 porcelets sont envoyés chaque semaine dans un abattoir près de Stuttgart, en Allemagne, où ils sont abattus, comme l'a révélé la SRF.
Turi Röösli a lui aussi eu recours à cette solution. Il a déjà exporté 120 jeunes porcs outre-Rhin, puis 88 autres la semaine dernière. Il estime que cette mesure temporaire est préférable au risque de voir les animaux devenir trop lourds.
«Il n'existe pas de marché de débouchés important pour ces porcelets en Suisse, contrairement au sud de l'Allemagne. Nous garantissons ainsi que cette viande reste dans la chaîne alimentaire», explique Stefan Müller, directeur de Suisseporcs. Malgré cela, les pertes restent importantes. «Pour les producteurs, il n'y a actuellement que deux options: tenir bon ou abandonner la production», résume-t-il.
Des porcheries à moitié vides ne sont pas une solution
Pour Martin Wenger, éleveur de porcs à Diegten (BL), il n'est pas question de renoncer à son métier. Depuis 30 ans, il élève des truies gestantes dans l'exploitation familiale. «Nous n'allons pas abandonner notre activité principale à cause d'une crise. Les fluctuations de prix font partie intégrante de notre métier», affirme-t-il.
S'il reconnaît vivre actuellement sur ses économies et juge la situation préoccupante, il ne croit pas qu'une réduction de la production soit la bonne réponse. «On ne peut pas se permettre d'avoir des porcheries à moitié vides. Il faut absolument que nous produisions de manière constante», insiste-t-il.
En Suisse, la filière porcine cherche généralement à couvrir 90 à 92% de la consommation nationale, le reste étant importé, notamment sous forme de jambon italien. «La filière doit trouver un moyen de permettre aux producteurs qui restent sur le marché de fonctionner à pleine capacité à l'avenir», estime-t-il.
Comme d'autres éleveurs, Martin Wenger voit d'un bon œil les baisses de prix pratiquées par les distributeurs. «Si nous vendons à des prix cassés, le consommateur doit aussi en profiter.» Aujourd'hui, les abattoirs ne paient plus que 2,50 francs le kilo, un niveau qu'il qualifie d'historiquement bas. A la fin de 2025, ce prix atteignait encore 4,50 francs. «Nous devons retrouver ce prix à moyen terme et pouvoir le maintenir à long terme en ajustant nos volumes de production», conclut-il.
Les réactions du commerce de détail
Lidl n'est pas le seul distributeur à avoir revu ses prix à la baisse. Coop a lui aussi répercuté la chute des prix d'abattage sur ses rayons. Son filet de porc Prix Garantie est désormais vendu 28,90 francs le kilo, soit un franc de moins qu'auparavant. L'enseigne souligne qu'en pleine saison des grillades, la viande de porc reste très demandée.
Chez Migros, la demande est plus modérée. Mi-juin, le géant orange a réduit les prix de plusieurs produits IP-Suisse. Les escalopes de porc sont désormais proposées à 2,85 francs les 100 grammes, soit une baisse de 70 centimes. Auparavant, l'enseigne avait surtout misé sur des promotions ciblées pour stimuler les ventes.
Denner, filiale discount de Migros, dit avoir lui aussi renforcé ses actions. «Nous avons élargi nos promotions sur la viande de porc afin de contribuer à contrer l'offre excédentaire actuelle», explique l'enseigne. Le jambon d'épaule (150g) coûte désormais 10 centimes de moins. Aldi a également abaissé ses prix à plusieurs reprises depuis le début de l'année, avec des réductions pouvant atteindre 16%.
Les baisses ne devraient pas s'arrêter là. Migros et Coop prévoient de nouvelles réductions en juillet, tandis que Denner annonce que les prix de la viande fraîche diminueront encore «prochainement». Distributeurs et éleveurs espèrent ainsi contribuer à rééquilibrer le marché, tandis que les consommateurs profitent de prix plus avantageux en pleine saison des grillades.