Les images sont insoutenables. Des porcelets mutilés sans anesthésie, laissés pour morts ou forcés de vivre parmi les cadavres de leurs congénères... L'Observatoire du spécisme vient de révéler une enquête choc, réalisée entre janvier et mars 2026, dans une maternité porcine vaudoise.
Appartenant à la famille Annen, l'exploitation en question produit environ 8000 porcelets par an et participe au programme SST/SRPA ( «Systèmes de stabulation particulièrement respectueux des animaux» et« Sorties régulières en plein air»), un dispositif fédéral proposant des contributions financières, à condition que certains critères du bien-être animal soient scrupuleusement respectés. Or, l'association fait état, vidéos à l'appui, de truies enfermées et frappées à l'aide de pelles.
Dénonciation et pétition
«Des coups de pied sont infligés à de nombreuses reprises à plusieurs animaux, s'insurge l'association dans un communiqué. Un porcelet est tué par claquage, violemment projeté contre le sol bétonné, puis laissé à l’agonie, une pratique illégale en raison des souffrances accrues qu’elle inflige.»
L'Observatoire du spécisme s'apprête à dénoncer ces agissements auprès du Département cantonal de l'agriculture, de la durabilité, du climat et du numérique (DADN), tandis qu'une pétition exige la fermeture immédiate de l'établissement. A noter que ce scandale accable un secteur porcin en pleine crise, en raison d'une surproduction persistante, depuis plusieurs années.
Les organisations faîtières n'avaient pas connaissance du cas
Proviande, l'interprofession suisse de la filière viande, affirme ne pas avoir eu connaissance de cet incident: «Le bien-être animal, qui est réglementé par la loi en Suisse, n'est pas négociable, souligne un porte-parole. Il doit être respecté et appliqué dans tous les cas.» L'organisation faîtière précise qu'elle dispose d'un service de médiation, auprès duquel ces cas peuvent être signalés, avant d'être immédiatement vérifiés.
Egalement contactée, l'organisation faîtière Suisseporcs estime que les images sont «horribles». N'ayant pas eu connaissance d'incidents survenus dans l'exploitation concernée, elle ignore toutefois si les vidéos sont authentiques. «Nous ne protégeons pas les membres de Suisseporcs qui ne respectent pas la législation, assure Stephan Mûller, le directeur de l'organisation. Nous soutenons la loi suisse sur la protection des animaux et condamnons toute infraction.»
Attention, les images dans le post Instagram partagé ci-dessous peuvent choquer:
Le retour de l'«affaire Annen»
Ces accusations font ressurgir «l'affaire Annan», dont six exploitations avaient été sanctionnées pour maltraitance animale, entre 2016 et 2017. A l'époque, cette entreprise familiale possédait environ un tiers des porcheries vaudoises. En 2017, des vidéos choquantes publiées par la Fondation MART, avait notamment remis en cause le fonctionnement d'un élevage situé à La Praz (VD) et tenu par Willy Annen. Suite à ces dénonciations, le Conseil d'Etat avait ordonné un large contrôle des 23 porcheries Annens, avant d'enchaîner les dénonciations pénales, enquêtes et sanctions administratives.
Bien qu'il ait initialement insisté, auprès de «24 Heures», sur le fait que les vidéos n'avaient pas été tournées sur sa propriété, Willy Annen s'est vu dénoncé pour «maltraitance répétée d'animaux» et contraint de se retirer du secteur. Or, comme l'entreprise était composée de dix sociétés, qui se partageaient les 23 porcheries, certaines d'entre elles ont poursuivi leurs activités, souvent sous la responsabilité de nouveaux propriétaites.
«Une violence organisée dès la naissance».
Le nom «Annen» est donc très significatif, dans le milieu de la protection animale. Et sa réapparition pourrait signer le retour d'un feuilleton douloureux, caractérisé par de nombreux débats politiques.
L'Observatoire du spécisme souligne, par ailleurs, que l'élevage accusé n'avait pas fait l'objet de critiques, en 2016. Au contraire: dans un article de la «Tribune de Genève», le responsable de l'antenne payernoise d'Anicom SA l'avait même décrit comme étant «exemplaire».
«La famille Annen avait déclaré publiquement 'être consciente de l’importance du confort et du bien-être des animaux', rappelle Pia Shazar, porte-parole de l'association. Les sévices graves constatés dix ans plus tard révèlent le fossé entre les représentations publiques de l’élevage et sa réalité brutale. On vend l'illusion d’un prétendu 'bien-être animal' pour perpétuer un système où la violence est organisée dès la naissance.»