Big Brother au self-checkout
Comment les supermarchés suisses surveillent leurs clients aux caisses automatiques

Caméras, capteurs et données de cartes bancaires: les commerçants suisses surveillent les clients qui utilisent les caisses en libre-service. Une simple erreur à la caisse suffit à déclencher une enquête et soulève de nombreuses questions.
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Therese Stooss n'a pas scanné un petit sac en plastique à la caisse de la Migros, ce qui a eu de graves conséquences.
Photo: Devin Schürch

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • Therese Stooss, 70 ans, a été convoquée à la police quatre mois après avoir oublié de scanner deux articles à une caisse automatique Migros à Schönbühl (BE). Cet incident met en lumière les systèmes sophistiqués de surveillance des supermarchés suisses
  • La senior, qui ne possédait pas de carte de fidélité Migros, a été identifiée grâce à des traces numériques laissées par son paiement par carte bancaire. Migros a utilisé des caméras et des analyses automatiques pour détecter l'anomalie
  • Malgré un préjudice mineur de 5 centimes pour un sac en plastique, Migros réclame 300 CHF de dédommagements. La police a appliqué un protocole complet, y compris un interrogatoire et la prise d'empreintes de la septuagénaire
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Lino Schaeren

Un bref moment d'inattention à la caisse automatique… et quatre mois plus tard, vous vous retrouvez au poste! La mésaventure de Therese Stooss, 70 ans, révélée par Blick, a fait du bruit. La retraitée affirme avoir voulu simplement tester pour la première fois la caisse en libre-service d'une succursale Migros du Shoppyland de Schönbühl (BE). Un petit sac en plastique à quelques centimes et un autre article n’avaient pas été scannés, lui valant une convocation au poste de police des mois plus tard.

Un cas isolé et insolite? C'est en réalité une pratique plutôt courante. L'affaire Stooss révèle les méthodes de surveillance sophistiquées utilisées aux caisses des commerces de détail suisses, et à quel point l’anonymat supposé du libre-service est en réalité fragile.

A la recherche de clients suspects

De nombreux consommateurs et consommatrices se bercent d'illusion et pensent rester anonymes à la caisse, sans carte de fidélité telle que la Supercard ou la Cumulus. Therese Stooss n’utilisait pas non plus de carte Cumulus à la Migros de Shoppyland; elle n’était pas revenue dans ce magasin depuis trois ans et fait habituellement ses courses à la Coop.

C'est au Shoppyland de Schönbühl que Therese Stooss a été soupçonnée de vol à l'étalage.
Photo: David Birri

Elle a néanmoins été identifiée après ses achats. Lorsqu’elle a demandé au poste de police comment les agents avaient bien pu la retrouver, on lui a répondu laconiquement: «Cela fait partie de notre travail.» La Migros ne s’est pas non plus exprimée sur ce cas précis lorsqu’elle a été interrogée.

Un coup d’œil sur la politique de confidentialité du géant orange montre toutefois comment cette retraitée a pu être démasquée en tant que voleuse présumée. Les comportements suspects sont détectés par une alerte automatique du système, via des caméras ou des capteurs. L’analyse peut s’effectuer en temps réel ou, comme dans le cas de Therese Stooss, plus tard.

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Une visite chez Shoppyland montre que chaque caisse en libre-service est équipée de quatre caméras de surveillance. Celles-ci ont filmé la cliente alors qu’elle scannait ses sept articles, comme l’a constaté Therese Stooss sur l’enregistrement présenté par la police. Pourtant, l’un des articles n’aurait pas été correctement enregistré par la caisse. Une analyse automatique des images aurait probablement détecté a posteriori que le nombre d’articles placés dans le sac dépassait celui payé par la retraitée, déclenchant ainsi un signalement.

Identifiée grâce à des traces numériques

Bien que Therese Stooss n’ait pas présenté de carte Cumulus, elle a laissé une trace numérique en payant avec sa carte bancaire. Grâce à son horodatage précis à la seconde près, les images vidéo de la caisse concernée peuvent être associées de manière ciblée a posteriori. Si le commerçant porte plainte, la police identifie le ou les suspects par l’intermédiaire du prestataire de services financiers concerné.

Le géant orange établit lui-même la base juridique d’une telle surveillance dans ses conditions générales. Dans ses directives, Migros se réserve le droit d’«analyser automatiquement et de recouper» les enregistrements vidéo afin de détecter des infractions. Comme pour les données de caisse ou les informations issues du programme de fidélité Cumulus. De plus, Migros se réserve le droit de «rechercher automatiquement, à partir d’une combinaison définie de caractéristiques (telles que les vêtements ou la taille)», des enregistrements vidéo afin d’élucider de manière ciblée les cas suspects.

Interrogé à ce sujet, un porte-parole de Migros souligne que l’entreprise n’utilise «en principe pas la reconnaissance faciale» et ne relie pas automatiquement les données de paiement ou du programme Cumulus aux enregistrements vidéo. Toutefois, si des données clients exploitables sont disponibles, «une mise en correspondance directe peut être possible selon les cas». Migros ne précise pas si, et comment, elle utilise l’intelligence artificielle.

Coop mise sur l’IA en temps réel

Son concurrent Coop fait preuve de plus de transparence à cet égard. A l’instar des grands distributeurs allemands Edeka ou Rewe, il s’appuie sur des caméras de surveillance assistées par IA et une surveillance en temps réel.

Exemple: si ses algorithmes détectent qu’un article est passé sans être scanné, le système invite immédiatement le client concerné, via l’écran de la caisse, à corriger le scan. Ou alors, le personnel du magasin reçoit une alerte. Les erreurs ou infractions potentielles sont ainsi éliminées avant même qu’un soupçon de vol ne surgisse.

En 2025, le système de Coop a attiré l’attention du Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) en raison des inquiétudes exprimées par les consommateurs. Ce dernier a toutefois évalué positivement l’utilisation des caméras intelligentes: le traitement des données est conforme à la loi sur la protection des données, car Coop n’utilise ni la reconnaissance faciale ni les caractéristiques biométriques.

Conservation des preuves

Le fait que Therese Stooss n’ait été convoquée pour un interrogatoire que quatre mois après ses achats soulève la question suivante: pendant combien de temps les supermarchés sont-ils autorisés à conserver les images de vidéosurveillance?

Le droit suisse de la protection des données impose le principe de minimisation des données. Les enregistrements ne peuvent être conservés que pendant la durée nécessaire à la finalité de la surveillance. Mais dès qu’il y a suspicion d’infraction pénale, une exception légale s’applique. «Une conservation plus longue peut être autorisée si elle est justifiée – par exemple, lorsque les enregistrements sont nécessaires à la conservation des preuves», explique Katja Zürcher-Mäder, porte-parole du PFPDT.

On ignore à quel moment Migros a analysé les vidéos dans l’affaire Stooss et porté plainte. Il est fort possible que la police ait reçu le dossier peu après les faits, mais qu’elle ne l'a pas traité en priorité en raison de la gravité mineure des faits.

Une procédure complète, même pour des broutilles

Après que Blick a rendu publique la mésaventure de la septuagénaire, de nombreux lecteurs et lectrices ont jugé que les mesures prises à l’encontre de cette femme de 70 ans étaient disproportionnées. Pour la police, en revanche, le montant des dommages n’a aucune importance dans le cadre de l’enquête, comme nous l’a précisé la police cantonale bernoise: qu’il s’agisse d’un petit sac en plastique à 5 centimes ou de marchandises d’une valeur de plusieurs centaines de francs, cela n’a aucune importance pour les forces de l’ordre. La seule question est de déterminer s’il existe des indices permettant de soupçonner une intention délibérée.

Therese Stooss a subi tout le protocole policier: interrogatoire, photos sous tous les angles, empreintes digitales et de la paume. Elle s’attend désormais à devoir verser d’éventuels dédommagements aux commerçants pour le désagrément causé. Dans son cas, la Migros lui réclamerait 300 francs. 

Pour cette senior, une chose est claire: c’est la première et dernière fois qu’elle utilisera une caisse en libre-service. Elle reconnaît son erreur, mais remet en question l’ampleur de la procédure et explique avoir eu l’impression d’avoir été traitée comme une criminelle. «Je ne peux rien faire d’autre qu’attendre la décision du parquet», soupire Theresa Stooss. Et espérer qu’on fasse preuve de clémence.


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