«C'est légal, mais minable!»
Cette pratique courante chez Coop et Migros fait bondir Monsieur Prix

Soudain, un paquet pèse 125 grammes au lieu de 150 grammes... tout en coûtant plus cher. Stefan Meierhans, responsable de la surveillance des prix, met en garde contre la «shrinkflation».
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M&M's, margarine, croquettes... En Suisse, les emballages rétrécissent tandis que les prix grimpent.
Photo: Keystone
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Raphael Rauch

Dans les rayons des grandes enseignes suisses, le malaise est grandissant. Que ce soit chez Coop, Migros, et même aux distributeurs Selecta, de nombreux produits deviennent de plus en plus chers – sauf qu'il faut s'y pencher de très près pour s'en rendre compte. Prenons l'exemple de Selecta: alors que l'achat d'un paquet de M&M's donnait droit autrefois à 125 grammes de chocolat, l'emballage proposé n'en contient plus que 82 aujourd'hui.

Chez Coop, le paquet de 150 grammes de M&M's coûtait 3,20 francs en 2024. Mais désormais, l'enseigne vend des emballages aux quantités nettement moindres pour un prix encore plus élevé: 125 grammes coûtent à présent 3,80 francs. Le constat est sans appel: le prix à l'unité a connu une envolée spectaculaire de 42,5% en deux ans.

Des exemples à la pelle

Du côté de Migros, les célèbres dragées chocolatées sont certes proposées à un tarif plus avantageux (2,38 francs les 200 grammes). Il n'empêche: les M&M's étaient tout de même vendus à 19 centimes de moins par tranche de cent grammes dans un passé proche.

Il ne s'agit là que d'un cas de figure parmi tant d'autres, et la liste des exemples s'allonge à l'infini: la margarine Rama pesait autrefois 450 grammes, contre à peine 400 grammes pour de nombreux paquets aujourd'hui. Du côté de la nourriture pour chats Whiskas, un multipack contenait jadis 12 sachets de 100 grammes chacun, contre seulement 85 grammes aujourd'hui.

Des variations parfois à peine perceptibles

Parfois, les variations sont encore plus subtiles, comme avec le papier toilette Tempo: alors qu'un rouleau contenait 160 feuilles il n'y a pas si longtemps, il n'en compte soudainement plus que 150. Cet écart infime est à peine perceptible pour le consommateur au quotidien. Pour les multinationales de l'agroalimentaire en revanche, il constitue une source colossale d'économies.

Ce phénomène porte un nom: la «shrinkflation» (ou réduflation, en français) – un mot-valise mêlant le terme «inflation» au mot anglais to shrink (rétrécir). Il désigne une hausse de prix voilée, où la quantité d'un produit est réduite tandis que son prix au kilo ou aux 100 grammes est, lui, revu à la hausse.

Comme les emballages restent généralement identiques visuellement, la diminution de la quantité passe souvent inaperçue. Il s'agit là d'un véritable tour de passe-passe psychologique: la clientèle réagit en effet bien plus vivement à une hausse de prix directe qu'à une diminution de contenu.

«Perte de confiance de la part des clients»

Contactés, les distributeurs suisses rejettent toute responsabilité, affirmant ne faire que répercuter les tarifs et directives des fabricants. «Les raisons sont multiples. Dans un contexte de hausse des coûts des matières premières, de l'énergie, de la logistique ou des emballages, les fabricants doivent absorber ces surcoûts. Adapter les quantités est l'un des moyens d'y répondre», indique Migros.

De son côté, Coop se défend: «Si les exigences tarifaires des fabricants de marques sont injustement élevées, nous prenons parti pour nos clients et luttons pour des prix justes.»

La mise en garde de Monsieur Prix

La Confédération, elle, a les mains liées. «Tant que la quantité est correctement affichée, ces formats réduits sont légaux, même si la pratique reste minable», lâche le chef de la Surveillance des prix, Stefan Meierhans. 

«Il ne s'agit pas d'une tromperie au sens juridique du terme, mais d'une pratique qui peut engendrer une perte de confiance tout à fait compréhensible de la part de la clientèle. C'est pourquoi il est crucial que les consommateurs sachent quelles entreprises ont recours à ces méthodes, afin qu'ils puissent en tirer leurs propres conclusions s'ils le souhaitent. Face à une concurrence efficace, les entreprises qui pratiquent la shrinkflation finissent par se tirer une balle dans le pied.»

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