C’est une situation de plus en plus frustrante pour la Suisse. D’un côté, le Département fédéral de la défense (DDPS) multiplie les mises en garde: l’Europe est en guerre, le Proche-Orient est sous tension et les risques augmentent aussi pour la Confédération.
De l’autre, Berne accumule les retards dans la livraison de systèmes d’armes essentiels à sa défense aérienne. La Suisse dépend fortement des Etats-Unis, pour le meilleur comme pour le pire. Or, Washington fait désormais patienter Berne.
Les systèmes Patriot en première ligne
Les systèmes de défense antiaérienne Patriot, commandés depuis longtemps, sont particulièrement concernés. Initialement, un premier système devait être livré cette année, les cinq autres devant suivre d’ici 2028. Mais la guerre en Ukraine a déjà provoqué des retards. Les Etats-Unis n’ont pas donné de calendrier précis, évoquant au départ un report de quatre à cinq ans. Mais avec l’escalade du conflit en Iran, ces délais pourraient encore s’allonger.
Dans une interview accordée à CH Media, le chef de l’armement Urs Loher reconnaît le flou actuel: «Nous n’avons actuellement pas d’autres informations. Mais on peut partir du principe que les livraisons n’interviendront pas avant les retards déjà annoncés.» Les Etats-Unis ont eux-mêmes besoin de systèmes de défense antimissile, tout comme leurs principaux alliés. Résultat: la Suisse se retrouve reléguée au second plan.
Face à cette situation, la Confédération a décidé de geler certains paiements, envoyant un signal clair à Washington: les contrats doivent être respectés. Mais les Etats-Unis ont réagi en contournant cette décision. Selon la radio SRF, les acomptes prévus pour les avions de combat F-35 sont désormais versés dans un fond d’armement commun. Faute de moyens pour le système Patriot, Washington aurait même redirigé une partie de ces fonds vers ce programme. Le montant en jeu se chiffre en centaines de millions de francs.
De nouvelles exigences américaines
Les Etats-Unis pourraient désormais exiger que ces montants soient compensés pour le programme F-35. Pour la Suisse, le dilemme est clair: payer pour éviter de nouveaux retards dans la livraison des avions, ou risquer de voir le calendrier encore repoussé.
Un nouveau report pourrait aussi avoir des conséquences financières. Entre la forte demande sur le marché de l’armement, l’inflation et la hausse des prix des matières premières, les coûts pourraient fortement augmenter. Initialement estimés à près de 2 milliards de francs pour les cinq systèmes Patriot, ils pourraient grimper jusqu’à 3 milliards, soit une hausse pouvant atteindre 50%.
«Il ne faut pas tout mettre dans le même panier»
Malgré ces tensions, Urs Loher refuse de qualifier les Etats-Unis de partenaire peu fiable. «Il ne faut pas tout mettre dans le même panier. Nous partons du principe que les F-35 seront livrés comme convenu», affirme-t-il, tout en reconnaissant que Washington revoit actuellement ses priorités.
Le chef de l’armement se veut néanmoins confiant: la Suisse finira bien par recevoir les systèmes Patriot tant attendus. Reste à savoir quand. Tout dépendra, en grande partie, de l’évolution de la situation internationale.