Le Tribunal fédéral a confirmé dans un arrêt publié jeudi l'abandon de la procédure pénale contre un médecin urgentiste. Ce dernier avait laissé sortir de l'hôpital un homme, qui le lendemain avait grièvement blessé une femme en lui arrachant un oeil.
L'homme, qui habitait les Etats-Unis, avait connu sa future victime en avril 2018. Un mois plus tard, il avait décidé de lui rendre visite en Suisse. Pendant le vol, il était devenu soudainement agressif, à tel point que l'équipage avait dû l'attacher à son siège.
Après son atterrissage à Kloten (ZH), il avait été emmené aux urgences d'un hôpital zurichois, où il avait été examiné par un médecin assistant. L'homme s'était alors montré calme et coopératif pendant l'anamnèse.
Stress et privation de sommeil
Il avait expliqué qu'il avait récemment perdu son emploi, qu'il dormait à peine et qu'il avait des pensées qui tournaient constamment en boucle. Il avait expliqué son agressivité en vol par les pleurs ininterrompus d'enfants.
Le médecin avait diagnostiqué une décompensation psychique aigüe en lien avec une situation de stress et une privation de sommeil qui perduraient depuis deux semaines.
L'urgentiste avait laissé sortir l'Américain avec comme instruction de se rendre le lendemain dans un service psychiatrique pour un suivi ambulatoire. Le médecin s'était également assuré que le patient obtienne rendez-vous auprès d'un tel service.
Atrocité commise à l'hôtel
L'homme ne s'était toutefois pas rendu à la permanence psychiatrique. Il avait au contraire retrouvé son amie et organisé le reste de son séjour, réservant un hôtel dans le canton de Glaris.
Le lendemain, il a sauvagement agressé son amie. Il s'est jeté sur elle et lui a arraché un oeil. Il a ensuite tenté de la tuer en l'étranglant. La femme n'a eu la vie sauve que parce que son agresseur était soudain décédé d'une crise cardiaque pendant l'attaque.
Le Ministère public glaronais, qui instruisait l'affaire, a abandonné la procédure contre le médecin, en rendant une ordonnance de classement. La victime a interjeté recours au Tribunal fédéral, en vain.
Selon le Tribunal fédéral, rien ne laissait prévoir la poussée psychotique de l'agresseur et son accès de violence. Devant le médecin, l'homme n'avait pas donné l'impression d'être psychotique. Il avait même organisé un taxi et une nuit d'hôtel à sa sortie d'hôpital. Le médecin s'était en outre entretenu avec un supérieur et avait organisé un suivi.