Sur le papier, la Suisse est considérée comme la championne du monde en matière de formation professionnelle. Après leur scolarité obligatoire, près de deux tiers des jeunes ont opté pour la formation professionnelle en 2024, c'est-à-dire un apprentissage dans une entreprise formatrice ou une formation professionnelle en établissement scolaire.
Mais en grattant le vernis national, les chiffres de l'Office fédéral de la statistique (OFS) révèlent une fracture nette entre la Suisse romande et la Suisse alémanique.
Le «Röstigraben» dans l'apprentissage professionnel
Dans le système d'enseignement dual, environ 60% des jeunes de moins de 20 ans en Suisse optent encore pour une formation professionnelle en première année. Cependant, les disparités entre les cantons sont considérables, comme le rapporte le «Tages-Anzeiger».
Une analyse spécifique de l’OFS met en évidence un véritable «Röstigraben» entre les cantons. A Genève, à peine 15% des élèves ont entamé un apprentissage au cours de l’année scolaire 2024/2025, contre 35% dans le canton de Vaud. Ces chiffres sont également inférieurs à 50% à Neuchâtel (47%), dans le Jura et à Fribourg (49% chacun), mais aussi au Tessin (37%) et à Bâle-Ville (45%).
La situation est tout autre dans les cantons alémaniques, en tête du classement: à Glaris, 83% des élèves ont entamé un apprentissage, contre 78% à Obwald et à Nidwald. Même à Zurich (70%) et à Berne (67%), les chiffres sont supérieurs à la moyenne romande.
Il y a une véritable méconnaissance des filières professionnelles
Ce «Röstigraben» ne s'explique pas par un désintérêt des adolescents romands pour le monde du travail, mais par un manque d'information comme le montre une enquête de l'OFS commandée par le canton de Vaud. Beaucoup de jeunes n'ont même souvent jamais envisagé l'option de l'apprentissage.
«Il y a un grand besoin d’éducation et de sensibilisation», a déclaré Susana Camarda, directrice du bureau cantonal de la formation professionnelle et continue, citée par le «Tages-Anzeiger». «Beaucoup de jeunes ne connaissent que les apprentissages les plus courants, comme la formation commerciale et l'assistanat médical. Ils ignorent quels métiers s’offrent à eux et lesquels leur conviendraient.» De plus, de nombreux parents craignent que leurs enfants ne gagnent pas suffisamment bien leur vie plus tard.
Pour combler ce gouffre et répondre aux besoins urgents des entreprises en main-d'oeuvre qualifiée, les autorités romandes tentent de dépoussiérer l'image du CFC. Genève et Vaud s’efforcent tous deux de rendre l’apprentissage plus attrayant aux yeux des jeunes en fin de scolarité, notamment en produisant des vidéos sur TikTok et Instagram qui donnent un aperçu de la vie professionnelle.