Pendant neuf ans, les sonneries d'école ont dicté leur rythme de vie. A la fin de la scolarité obligatoire, une nouvelle étape de vie va commencer pour de nombreux jeunes.
Chez Coop et Migros, près de 1300 apprentis ont débuté leur apprentissage ces derniers jours, contre 62 chez Lidl, 186 chez Swisscom et 130 chez Dertour Suisse. Au total, près de 70'000 jeunes Suisses ont entamé leur formation ce début août dans les quatre coins de la Suisse. Leur entrée dans la vie professionnelle s'accompagne de nouvelles habitudes: mettre la main à la pâte, acquérir de nouvelles compétences et gagner un salaire. Les places sont prisées, les candidatures pour l’automne 2027 étant d’ores et déjà ouvertes.
La moitié des emplois de bureaux menacée
Mais quelle valeur a encore un diplôme professionnel à l’ère de l’intelligence artificielle? Les métiers de l’artisanat et des soins semblent avoir de beaux jours devant eux car ils ne peuvent pas être aussi facilement remplacés par des machines. En revanche, les scénarios les plus pessimistes prévoient que l’IA pourrait rendre superflus près de la moitié des emplois de bureau de premier échelon d’ici 2030.
L’inquiétude de la génération Z face au choix d’une carrière est palpable: selon une étude de Jobcloud, plus de 40% des moins de 25 ans craignent de voir leur métier perdre de sa valeur. La peur d’être remplacé par l’IA a désormais son propre nom: «FOBO» – Fear of Becoming Obsolete. En français: la peur de devenir superflu.
L’IA, source d’incertitudes chez les jeunes
De nombreux jeunes se disent déstabilisés depuis le lancement de ChatGPT en novembre 2022, comme l’explique Stefan C. Wolter, directeur du Centre de recherche en économie de l’éducation de l’Université de Berne.
Mais pour l’heure, le marché des places d’apprentissage n’a toutefois pas de raisons d’inquiéter. Les offres restent élevées même dans des métiers considérés comme particulièrement exposés à l’IA, à l’image de celui d’employé de commerce.
Les chiffres du portail d’offres d’emploi Yousty le confirment: sur la plateforme, aucun autre métier d’apprentissage ne suscite autant d’intérêt auprès des jeunes que celui d’employé-e de commerce CFC. Sur un total de cinq millions de requêtes, un million concerne à lui seul cet apprentissage. «L’offre dans le domaine du commerce ne semble pas, ou pas encore, diminuer de manière significative», explique Urs Casty, fondateur et propriétaire du portail.
Stefan C. Wolter souligne que le comportement des entreprises empêche pour l’heure les jeunes de prendre pleinement conscience de l’ampleur du problème: «Les jeunes voient bien sûr les places d’apprentissage disponibles. Tant que rien ne change du côté des entreprises, ils partent du principe que tout est resté comme avant.»
Selon l’expert, ce sont surtout les entreprises qui détermineront l’évolution du marché sous l’effet de l’IA. «Si un changement majeur devait se produire sur le marché des places d’apprentissage, il viendrait des entreprises. Pourquoi les jeunes ou leurs parents considéreraient-ils l’apprentissage commercial comme un secteur fragilisé, alors que de grandes entreprises continuent de proposer des places d’apprentissage?»
Une prise de conscience à venir
Patrick Leisibach, expert du groupe de réflexion libéral Avenir Suisse et chargé de cours à l’Université de Lucerne, s’attend à des changements majeurs dans les années à venir. «A l’heure actuelle, la prise de conscience de la menace qui pèse sur certains métiers n’a pas encore gagné de nombreux secteurs.» Par ailleurs, de nombreuses prévisions se sont révélées erronées par le passé, ce qui rend «extrêmement difficile de déterminer ce qui va réellement se passer».
Néanmoins, Patrick Leisibach constate lors de ses discussions avec des jeunes qu’une certaine incertitude règne, même si cela n'influence pas leur choix de carrière. Dans le domaine du commerce, il entrevoit surtout un avenir pour les jeunes qui choisissent cette voie, non par défaut, mais avec la volonté de continuer à évoluer et à se former tout au long de leur parcours.
L’apprentissage commercial s’adapte aux évolutions
La réforme de la formation commerciale, entrée en vigueur en 2023, a permis d’adapter l’apprentissage aux transformations numériques et montre à quel point cette filière a elle aussi évolué. Selon Chantal Donzé, présidente de l’Association suisse des enseignants des écoles professionnelles commerciales, cette modernisation était indispensable pour répondre aux réalités du monde du travail actuel.
Contrairement à une idée largement répandue, l’apprentissage commercial n’est en aucun cas devenu plus facile. Il impose au contraire d’autres exigences aux apprentis et s’aligne nettement davantage sur la réalité des entreprises, explique la présidente.
«Les évolutions que j’ai pu observer dans les classes montrent clairement que l’apprentissage commercial a regagné en attractivité grâce à la numérisation», constate Chantal Donzé. Tout porte ainsi à croire que l’apprentissage commercial conservera sa place au sommet du classement des formations professionnelles les plus prisées, du moins dans les prochaines années.