Pilier 3a et caisse de pension
Avec ces conseils de prévoyance simples, vous pouvez économiser des milliers de francs

L'AVS ne suffit plus à garantir le niveau de vie à la retraite. Avec la baisse des rendements des caisses de pension, l'épargne privée devient essentielle. Anticiper assez tôt et adopter une bonne stratégie de prévoyance permet d'aborder la retraite plus sereinement.
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En s'occupant à temps de la prévoyance, il est possible d'économiser beaucoup d'argent.
Photo: Getty Images
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Luca Niederkofler
Cash

Toutes les personnes actives devraient réfléchir suffisamment tôt à leur prévoyance vieillesse. Pour conserver un niveau de vie comparable après la retraite, il est essentiel de disposer de ressources financières suffisantes. Or, atteindre cet objectif demande aujourd’hui davantage d'initiative personnelle.

Un article de «Cash»

Cet article a été publié initialement dans «Cash», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Cet article a été publié initialement dans «Cash», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

En Suisse, le premier pilier (AVS) et le deuxième pilier (caisse de pension) ne suffisent souvent plus à garantir le niveau de vie habituel. L'AVS couvre principalement le minimum vital, tandis que les caisses de pension subissent depuis des années de maigres rendements, continuellement affaiblis par l'inflation.

Cette situation s'explique notamment par plusieurs défis actuels: le vieillissement de la population, l'augmentation de l'espérance de vie, l'écart entre l'inflation ressentie et l'inflation officielle, ainsi que la gestion souvent prudente des avoirs de retraite. Les personnes travaillant à temps partiel seraient particulièrement touchées par cette baisse des prestations.

Dans ce contexte, le troisième pilier prend une importance croissante. L'épargne et les investissements privés deviennent essentiels pour maintenir son niveau de vie à la retraite. Reste à savoir où se situent les lacunes financières et comment les combler.

Les limites des mesures préventives

L'AVS (Assurance vieillesse et survivants) couvre en moyenne environ un tiers du dernier salaire. Pour une personne célibataire gagnant le revenu brut moyen en Suisse, soit 84'000 francs par an, cela correspond à environ 2218 francs par mois. En théorie, la caisse de pension est censée assurer les deux tiers restants.

Dans les faits, plusieurs limites réduisent toutefois le montant des rentes. Le calcul de la pension repose sur le revenu moyen perçu durant toute la vie active, et non sur le dernier salaire. Les personnes qui ont gagné nettement moins au début de leur carrière risquent donc de toucher une rente plus faible. Il en va de même pour celles dont les années de cotisation sont incomplètes.

Les couples mariés sont également concernés par une restriction spécifique: leur rente AVS totale est plafonnée à 150% de la rente maximale versée à une personne seule. Le deuxième pilier présente lui aussi certaines limites. Hormis quelques exceptions, le rendement moyen des avoirs de retraite est resté proche de 2% au cours des dernières décennies, contre 4% ou davantage il y a environ 25 ans. Le taux d'intérêt minimum légal est actuellement fixé à 1,25%.

Des différences majeures

Les conséquences sont importantes: un écart de seulement deux points de pourcentage sur les rendements peut entraîner une perte d’environ 30% du capital retraite sur une période de trente ans. Une salariée qui peut aujourd'hui espérer disposer d'environ 500'000 francs d'épargne-retraite aurait ainsi accumulé plus de 700'000 francs avec les mêmes cotisations il y a 25 ans. Et selon les projections, le vieillissement de la population pourrait encore réduire les rendements à l'avenir.

Parallèlement, l'épargne-retraite perd progressivement de sa valeur réelle sous l'effet de l’inflation. Même si l'inflation officielle en Suisse reste généralement inférieure à 2%, certains coûts importants, notamment les primes d'assurance maladie, ne sont pas intégrés dans les statistiques car ils sont considérés comme des transferts sociaux. L'inflation réellement ressentie par les ménages suisses pourrait donc être plus élevée. Sur plusieurs décennies, même une faible perte de valeur peut avoir des effets considérables.

Les conséquences du temps partiel

Le travail à temps partiel peut également pénaliser fortement la prévoyance vieillesse. Plus le taux d'activité est réduit, plus les pertes sur l'épargne-retraite augmentent. Une baisse de revenu liée à une réduction du temps de travail de seulement 10% peut par exemple entraîner une diminution de moitié des cotisations de retraite.

Cette situation s'explique notamment par la déduction de coordination, fixée à environ 26'000 francs. Ce mécanisme vise à éviter que la part du salaire déjà couverte par l'AVS soit assurée deux fois. Cette somme est déduite du salaire annuel servant au calcul des cotisations versées à la caisse de pension. Mais pour les personnes travaillant à temps partiel ou percevant de faibles revenus, cette déduction représente une part proportionnellement plus importante du salaire, ce qui réduit fortement leur épargne-retraite.

Facteur compliqué de la longévité

Le facteur le plus difficile à anticiper reste toutefois la durée de vie. En Suisse, l'espérance de vie moyenne atteint 87,8 ans pour les femmes et 85,3 ans pour les hommes, mais l'âge du décès demeure impossible à prévoir individuellement.

Cette longévité constitue aussi l'un des risques financiers les plus coûteux, car il ne peut pas réellement être assuré. Les personnes actives disposent néanmoins d'un levier: elles peuvent repousser leur départ à la retraite jusqu'à 70 ans. Un tel report permet d'augmenter la rente d'environ 30%, ce qui correspond à un rendement supplémentaire proche de 5,4% par an.

Des performances comparables ne peuvent généralement être obtenues que sur les marchés actions. Or, la plupart des retraités ne sont pas prêts à investir l'ensemble de leur capital dans des placements aussi risqués. Le risque est donc le suivant: en cas de longue retraite, les personnes qui retirent progressivement leur capital pourraient finir par faire face à un important manque de revenus q'’elles ne seraient plus en mesure de compenser seules.

Méthode 1: le pilier 3a

Pour combler d'éventuelles lacunes de prévoyance, trois solutions principales existent. La plus répandue reste le pilier 3a. Son principal avantage est fiscal: les versements peuvent être déduits du revenu imposable, jusqu'à un peu plus de 7200 francs par an pour les personnes affiliées à une caisse de pension, ou jusqu’à 20% du revenu professionnel pour celles qui ne disposent pas de prévoyance professionnelle.

En contrepartie, cet argent reste bloqué jusqu'à cinq ans avant l'âge de la retraite. Un retrait anticipé n'est autorisé que dans certains cas précis, notamment lors d'un passage à l'activité indépendante ou d'un départ définitif à l'étranger.

Aujourd'hui, de nombreux établissements financiers proposent des comptes 3a permettant d'investir l'épargne dans des fonds de placement afin d'obtenir de meilleurs rendements, un élément devenu particulièrement important dans un contexte de taux d'intérêt faibles, voire nuls. Les spécialistes conseillent par ailleurs d’ouvrir un nouveau compte 3a dès qu'un capital d'environ 50'000 francs est atteint, notamment pour des raisons fiscales.

Méthode 2: rachats volontaires

Une deuxième possibilité consiste à effectuer des rachats volontaires dans sa caisse de pension. Ces versements sont eux aussi déductibles des impôts. Leur intérêt dépend toutefois fortement des conditions offertes par chaque caisse de pension. Cette solution est surtout recommandée lorsque les taux d'intérêt appliqués aux avoirs de vieillesse sont élevés ou lorsque l'employeur participe au financement des rachats. Les rachats dans la caisse de pension peuvent également servir d'outil d'optimisation fiscale avant la retraite, car les montants pouvant être versés sont généralement bien plus élevés que ceux autorisés dans le cadre du pilier 3a.

Comme pour le pilier 3a, l'argent placé dans la caisse de pension reste bloqué jusqu'à la retraite et ne peut être retiré de manière anticipée que dans certains cas spécifiques. Une différence importante existe toutefois: avec le pilier 3a, chacun peut choisir librement son prestataire et sa stratégie de placement, alors qu'avec la caisse de pension, les assurés dépendent des solutions proposées par leur employeur et de politiques d'investissement parfois très prudentes.

Méthode 3: le pilier 3b

La troisième solution est le pilier 3b, ou prévoyance privée, qui offre la plus grande flexibilité. Selon leur situation personnelle, les épargnants peuvent investir dans des placements plus risqués mais potentiellement plus rentables, ou dans des produits combinant assurance et investissement. Les experts déconseillent toutefois généralement ces produits mixtes.

A quelques exceptions près, notamment certains produits 3b soumis à une durée de blocage, l'argent reste disponible à tout moment dans le cadre de la prévoyance privée. En revanche, ces versements ne donnent pas droit à des déductions fiscales. Le pilier 3b convient donc surtout aux investisseurs à long terme, disposant d'un horizon de placement de plusieurs décennies et prêts à accepter davantage de risques en échange de perspectives de rendement plus élevées.

Combler les lacunes de prévoyance

Le principe est simple: plus l'épargne-retraite commence tôt, plus elle peut devenir importante. Grâce aux intérêts composés et aux rendements des investissements, même de petits montants peuvent se transformer, sur le long terme, en un capital conséquent. Les stratégies de prévoyance peuvent toutefois varier selon l'âge et la situation financière.

Les personnes qui commencent à investir tôt, avec un horizon de placement de 30 à 40 ans, disposent d'un avantage important. Elles peuvent notamment mettre en place un plan d'épargne en ETF offrant un potentiel de rendement élevé. En parallèle, les versements dans le pilier 3a permettent de réduire la charge fiscale.

Les experts recommandent également un plan d'épargne en titres dans le cadre du pilier 3a pour les placements sur plusieurs décennies. Les revenus générés dans le pilier 3a sont exonérés d’impôt. Dans le cas d'un plan d'épargne en ETF classique, seuls les intérêts et les dividendes sont imposables, contrairement aux plus-values.

Pour les personnes d'âge moyen disposant de revenus élevés, les cotisations au pilier 3a restent particulièrement intéressantes, notamment pour optimiser la fiscalité et diversifier les placements. A partir de 2026, il sera par ailleurs possible d’effectuer des versements rétroactifs dans le pilier 3a pour des années antérieures, avec une limite fixée aux dix années précédentes.

Répartir le patrimoine

A cette étape de la vie, il devient essentiel de bien répartir son patrimoine entre plusieurs formes de prévoyance, notamment le pilier 3a, la caisse de pension et l'immobilier. Beaucoup de personnes sont alors propriétaires de leur logement. Selon leur situation financière, il peut être judicieux de réduire progressivement la part des actions dans leur patrimoine afin de limiter les risques.

Environ dix ans avant la retraite, la part investie en actions devrait ainsi diminuer progressivement pour se situer autour de 30%. Pour le pilier 3a, les experts privilégient des solutions largement diversifiées avec une exposition modérée aux actions.

Durant cette période, les avantages fiscaux liés aux versements dans le pilier 3a ou aux rachats dans la caisse de pension deviennent particulièrement importants. De nombreux salariés atteignent alors leur niveau de revenu le plus élevé, et donc aussi leur taux marginal d'imposition maximal. Les rachats dans la caisse de pension peuvent dès lors offrir un avantage fiscal particulièrement intéressant.

A l'approche de la retraite, l'effet des intérêts composés joue un rôle moins important qu'auparavant. Les salariés peuvent donc encore tirer profit de caisses de pension offrant des taux d’intérêt modestes: le capital reste immobilisé moins longtemps, les versements permettent de réduire sensiblement l'imposition et les fonds peuvent ensuite être retirés après la retraite à un taux d'imposition généralement plus faible.

Erreurs fréquentes

L'erreur la plus courante – et probablement la plus lourde de conséquences – consiste à repousser la préparation de sa retraite. Mais retirer son capital au mauvais moment peut également provoquer des difficultés financières. Les spécialistes recommandent donc d'anticiper suffisamment tôt les retraits de fonds, de les planifier par étapes et d'identifier à l'avance les éventuelles lacunes de prévoyance afin de pouvoir les combler.

Il est également conseillé d'ouvrir plusieurs comptes 3a au cours de sa carrière. Par ailleurs, les montants retirés pour financer l'achat d'un logement devraient être remboursés le plus rapidement possible, surtout lorsque le taux d'intérêt appliqué aux avoirs de la caisse de pension est élevé.

Enfin, la question des liquidités ne doit pas être négligée. Comme les fonds du pilier 3a et de la prévoyance professionnelle ne sont pas facilement disponibles, même les personnes disposant d'un patrimoine important devraient conserver une épargne accessible pour faire face aux dépenses courantes et aux imprévus.

Consulter des experts

La préparation de la retraite reste une démarche très individuelle. Elle implique de prendre en compte de nombreux éléments, notamment la fiscalité, les dépenses du quotidien ou encore le financement du logement après la fin de la vie active. Les solutions les plus adaptées pouvant varier fortement d’une personne à l'autre, la planification financière de la retraite est souvent complexe. La situation devient encore plus délicate pour les personnes souhaitant partir en retraite anticipée.

Dans ce contexte, faire appel à un conseiller financier peut être une solution pertinente. Selon la situation patrimoniale et les objectifs de chacun, un accompagnement professionnel peut permettre de réaliser des économies importantes sur le long terme.

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