Obligation ou plaisir?
De plus en plus de seniors suisses travaillent bien après la retraite

Les plus de 50 ans sont accusés de réduire volontairement leur temps de travail. Pourtant, de plus en plus de seniors restent actifs bien après l’âge officiel de la retraite, souvent à temps partiel.
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De plus en plus de seniors repoussent l'âge de la retraite, tout en baissant leur taux.
Photo: Shutterstock
Martin Schmidt

La ministre socialiste des Affaires sociales Elisabeth Baume-Schneider veut encourager les Suisses à travailler plus longtemps de manière volontaire. Avec la réforme AVS 2030, le Conseil fédéral souhaite inciter les seniors à rester actifs après l’âge officiel de la retraite afin de soulager les finances de l’AVS.

Et certaines prartiques ont déjà évoulé dans ce sens. «De nombreux employés réduisent leur taux d’activité à partir de 55 ans, mais ils restent souvent plus longtemps sur le marché du travail», explique à Blick Karl Flubacher, expert en prévoyance et directeur régional du Vermögenszentrum (VZ) pour le nord-ouest et l’ouest de la Suisse.

Ces dernières semaines, les travailleurs de plus de 50 ans se sont retrouvés sous le feu des critiques. L’Union patronale suisse a suscité la polémique en dénonçant un «temps partiel de confort», reprochant aux seniors avec une bonne situation financière d'être responsables des pénuries de main-d’œuvre qualifiée en choisissant de travailler moins. Selon une enquête de la Confédération, la principale raison invoquée par les plus de 50 ans pour réduire leur temps de travail est le manque d’intérêt pour un poste à plein temps.

Des carrières plus longues

Les études montrent que la pression dans le monde professionnel s’est fortement intensifiée depuis le début des années 2000. Mais dans le même temps, le taux d’activité des plus de 50 ans a lui aussi nettement augmenté. «Autrefois, il était plus fréquent de travailler à plein temps puis de partir tôt à la retraite», explique Karl Flubacher.

Aujourd’hui, les retraites anticipées sont moins fréquentes et surviennent plus tard. L’âge effectif moyen du départ à la retraite atteint désormais 65 ans en Suisse. «Près d’une personne sur deux continue même à travailler après l’âge de la retraite», poursuit l’expert en prévoyance. Cette conclusion repose sur une analyse réalisée par le VZ auprès d’environ 3200 clients.

Toujours plus de seniors actifs

La proportion de seniors actifs est plus élevée parmi les clients du VZ que dans l’ensemble de la population. En effet, la clientèle du groupe est davantage composée de personnes issues des métiers de bureau et du secteur des services, appartenant aux classes moyennes et supérieures. A l’inverse, les personnes exerçant des métiers physiquement pénibles travaillent beaucoup plus rarement au-delà de l’âge légal de la retraite.

Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique confirment cette évolution. Un peu plus de 30% des personnes continuent à travailler durant l’année qui suit l’âge officiel de la retraite. Cette proportion a plus que doublé depuis le début du millénaire. Ensuite, le taux d’activité diminue progressivement avec l’âge pour tomber à un peu moins de 17% chez les 69 ans.

Le travail pour le plaisir

Les motivations financières ne sont généralement pas la principale raison qui pousse les seniors à continuer à travailler. «Beaucoup poursuivent leur activité parce qu’ils aiment leur métier, apprécient les contacts sociaux liés au travail et la reconnaissance qu’ils y trouvent. Et aussi parce qu’aujourd’hui, de nombreuses personnes sont en meilleure forme à 60 ans qu’autrefois», explique Karl Flubacher.

Certaines personnes continuent toutefois à travailler par nécessité financière, comme le montrent plusieurs sondages. Dans la grande majorité des cas, les seniors actifs après 65 ans travaillent à temps partiel.

La dernière réforme de l’AVS, entrée en vigueur début 2024, a facilité cette transition progressive vers la retraite. Les retraites partielles sont désormais possibles. Il est ainsi possible de réduire son temps de travail tout en compensant une partie de la perte de revenu grâce à une rente AVS partielle.

Un nouveau relèvement de l’âge de la retraite?

Pour le Conseil fédéral, encourager les seniors à rester actifs apparaît comme une solution plus réaliste qu’un relèvement généralisé de l’âge de la retraite. La dernière initiative des Jeunes libéraux-radicaux en faveur d’un âge de la retraite plus élevé avait été largement rejetée dans les urnes en mars 2024.

Le projet porté par Elisabeth Baume-Schneider prévoit donc plutôt d’assouplir davantage le système actuel. Il serait notamment possible de repousser le versement de la rente AVS bien au-delà de cinq ans après l’âge de référence, soit après 70 ans.

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