Séisme à Fedpol
Un agent de la police fédérale pactiserait avec la mafia

Alors qu'il était agent au sein de la police fédérale, un policier de longue date aurait vendu des informations à un cartel de drogue. Révélation sur le couple de policiers actuellement en détention.
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Gabriel W.* et son épouse Jasmin ont été arrêtés.
Photo: Screenshot
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Raphael Rauch, Devin Schürch et Qendresa Llugiqi

Coup de tonnerre pour les forces de l'ordre. La mafia aurait inflitré l'Office fédéral de police (Fedpol), chargé de traquer le crime organisé. Un agent du Service fédéral de sécurité (SFS), normalement dédié à la protection du Conseil fédéral et des dignitaires étrangers, est soupçonné d’avoir pactisé avec la mafia. Selon le parquet fédéral, ce garde du corps aurait vendu des informations cruciales à un trafiquant de drogue. Lors d’un coup de filet il y a dix jours, l’homme, son épouse et quatre autres complices ont été interpellés.

D'après les recherches de Blick, l'homme en question est Gabriel W.* Avec sa femme Jasmin et leurs deux enfants, ils menaient une vie en apparence sans histoire dans une villa moderne de la région de Bâle. Tous deux Suisses issus de l'immigration, ils s'affichaient amoureux et souriants sur les réseaux sociaux.

L'accusation est pourtant lourde: Gabriel est soupçonné d'avoir transmis des informations à au moins une personne «liée à des structures mafieuses et au trafic de drogue organisé». Il aurait reçu des pots-de-vin d'un montant total supérieur à 100'000 francs suisses. Dans leur entourage, c'est la stupeur. «Ce sont deux personnes adorables et honnêtes!», clament leurs proches, qui imaginent déjà un scénario de chantage ou de pressions pour expliquer ce dérapage.

D'abord un travail de policier

Le couple se serait rencontré à la police cantonale de Bâle-Ville, où ils ont tous deux travaillé. Jasmin y a passé dix ans avant de quitter l’uniforme pour ouvrir une boutique à la naissance de ses enfants. Son mari, passé par le parquet bâlois, a gravi les échelons jusqu’à Berne.

Leurs proches décrivent un train de vie modeste, tourné vers l'aide à leur pays d'origine et des vacances simples. «Il n'y a pas de luxe ostentatoire», assurent-ils, précisant que l'achat de leur maison résultait de la vente d'un précédent bien.

Pourtant, l'ombre du crime organisé plane sur la région de Bâle, plaque tournante du trafic de drogue et d’êtres humains. Ces dernières années, des membres de ces groupes ont dû répondre de leurs actes devant les tribunaux à plusieurs reprises. Le procès contre l'ex-ange bâlois Ertan Y.*, dans lequel figuraient également comme plaignants le sélectionneur national Murat Yakin et l'attaquant vedette Breel Embolo, a notamment fait la une des journaux.

L'arrestation

Comme l'a rapporté le «Tages-Anzeiger» jeudi, le suspect a été arrêté mardi dernier sur son lieu de travail par l'unité spéciale Tigris de la police fédérale. L'arrestation a eu lieu au siège même de la police fédérale.

Avant de rejoindre le Service fédéral de sécurité, Gabriel travaillait au centre opérationnel «Sirène», la tour de contrôle de la police fédérale où convergent toutes les données sensibles sur les enquêtes en cours. Une mine d'or pour la mafia.

Depuis l'arrestation, le domicile familial est silencieux. Selon les informations de Blick, les enfants auraient été pris en charge par la protection de l'enfance. Celle-ci n'a pas souhaité commenter cette information.

L'incident a également eu des répercussions à Berne. Le conseiller fédéral Beat Jans et la directrice de Fedpol, Eva Wildi-Cortés, ont ordonné une enquête interne. Bien qu'«il n'existe actuellement aucune preuve de faiblesses fondamentales ou systémiques», comme le souligne Fedpol à Blick. Néanmoins, le Département fédéral de justice et de police (DFJP) et Fedpol mettront en place un groupe de travail. Il devra identifier les failles du système pour comprendre comment une telle infiltration a été possible. La présomption d'innocence s'applique à ce stade.

* Noms connus de la rédaction

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