Chez les Vert-e-s vaudois, l’appétit vient en regardant la droite et ses alliés se saborder. En vue des élections cantonales, qui se joueront entre fin février et fin mars 2027, il n’est désormais plus seulement question de protéger le siège de Vassilis Venizelos au Conseil d’Etat. Selon les informations de Blick, la direction veut tenter le doublé.
Et dans les conversations jusqu’ici confinées aux coulisses du parti, un nom revient pour occuper le deuxième fauteuil: celui de Rebecca Joly. La présidente cantonale, elle, assure n’avoir encore tranché. Mais malgré différents soutiens, la seule perspective de la voir se lancer suffit déjà à faire grincer quelques dents.
Le centre-droit dans la tourmente
Le timing n’a rien d’un hasard. En face, la droite arrive cabossée. En 2022, Valérie Dittli créait la surprise et faisait basculer le gouvernement vaudois au centre-droit. Quatre ans et une kyrielle de polémiques aussi nombreuses que sulfureuses plus tard, la prise de guerre est devenue un boulet. Les affaires autour de la centriste ont secoué le Conseil d’Etat, déchiré son parti et fini par lui coûter son soutien pour 2027.
Le Parti libéral-radical (PLR) n’aborde pas davantage l’échéance dans la sérénité. Autour de l’initiative des milieux patronaux réclamant une baisse de 12% de l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune, on n’est pas loin de la crise ouverte: la base du parti la soutient largement, ses trois ministres la combattent. A quelques mois des élections, les fissures sont de plus en plus difficiles à masquer.
Et l’Union démocratique du centre (UDC) pourrait bien faire les frais de ce grand désordre. Son champion Jean-François Thuillard, agriculteur de Froideville et ancien président du Grand Conseil, avait frôlé l’élection lors de la dernière complémentaire, faisant miroiter une responsabilité qui échappe au parti depuis le décès brutal de Jean-Claude Mermoud en 2011. Mais la partie s’annonce autrement plus encombrée cette fois. Valérie Dittli, lâchée par la direction et les délégués cantonaux du Centre, pourrait être tentée de faire cavalier seul. De quoi transformer la bataille pour les sièges de centre-droit en joyeuse gabegie.
La canicule attise les ambitions
Chez les Vert-e-s, on a bien vu la brèche. Et certains ne veulent plus seulement reprendre la majorité perdue en 2022: ils se prennent à rêver d’un deuxième siège écologiste. Vassilis Venizelos briguera un nouveau mandat. Personne ne conteste son leadership. Mais faut-il tout miser sur le sortant ou profiter des faiblesses adverses pour tenter le doublé?
La question agite le parti depuis plusieurs semaines. Selon les informations de Blick, les plus prudents plaident pour une candidature unique. Les autres veulent adjoindre à Vassilis Venizelos un profil plus offensif, moins institutionnel ou, comme le glissent certaines langues acérées, «moins propret». Ces derniers ont désormais la direction avec eux.
«Au niveau de la direction, nous sommes favorables à deux candidatures», confirme à Blick Rebecca Joly. La présidente des Vert-e-s vaudois veut opposer «une gauche ambitieuse» à «une droite affaiblie par une législature calamiteuse». L’été caniculaire a encore aiguisé les appétits. Cette fois, le dérèglement climatique ne s’est pas cantonné aux rapports du GIEC ou aux discours militants: il s’est invité dans les appartements surchauffés, les champs desséchés, les bureaux, les EMS et les hôpitaux. Pendant des semaines, la chaleur a pesé sur les corps, les récoltes et le quotidien.
Chez les stratèges écolos, on en tire une conclusion très politique: après plusieurs années de reflux, l’écologie est revenue cogner à la porte des électeurs. Et il serait dommage de ne pas ouvrir. «L’écologie politique a toute sa place après l’été que nous venons de vivre», appuie Rebecca Joly. Le 3 octobre, les membres réunis en assemblée générale trancheront la stratégie. Mais derrière la question du nombre se joue déjà celle des noms.
Une présidente intéressée?
Selon plusieurs sources internes concordantes, Rebecca Joly réfléchit sérieusement à accompagner Vassilis Venizelos. Certaines assurent même qu’elle envisage de déclarer sa candidature à la candidature à l’occasion des prochaines mobilisations pour le climat, fin septembre.
Confrontée à nos informations, la présidente ne dément pas. «Je ne sais pas encore si je serai candidate», répond-elle. Elle dit devoir en parler avec ses proches et mesurer ce qu’une telle campagne impliquerait pour sa vie personnelle. Une décision «lourde», à laquelle elle réfléchit.
Quand Blick lui demande ce qui ferait d’elle une bonne candidate, en revanche, les arguments viennent vite: son expérience de députée et de conseillère municipale, sa «forte légitimité» comme présidente, son «gros réseau». Le choix n’est pas fait. Le plaidoyer, lui, existe déjà.
Cette perspective ne soulève pas un enthousiasme unanime. Plusieurs voix internes rappellent le revers essuyé à Prilly, où Rebecca Joly sollicitait sa réélection à la Municipalité. Elle s’y est fait chiper son siège lors d’un scrutin qui a vu les Vert-e-s perdre leurs deux élus à l’Exécutif. Il serait néanmoins injuste de faire porter à leur présidente, à elle seule, le poids de cette déroute collective.
Ses détracteurs n’en ont pas moins des arguments à faire valoir. Ils la jugent «peu connue au-delà de son district» et «peu convaincante en débat». Leur inquiétude est surtout électorale: si une deuxième candidature n’attire pas suffisamment de nouveaux électeurs, elle pourrait finir par mordre sur les voix de Vassilis Venizelos.
A vouloir conquérir un deuxième fauteuil, les écologistes risqueraient-ils celui qu’ils possèdent déjà? Rebecca Joly balaie l’hypothèse. «Je pense qu’aucune candidature ne peut menacer» Vassilis Venizelos, dont elle loue le «bilan exceptionnel» et qu’elle décrit comme «la figure forte de la gauche gouvernementale sortante».
Léonore Porchet ne paraît pas davantage inquiète. «La candidature de Vassilis Venizelos est solide, il en faudrait plus pour le menacer», assure la conseillère nationale.
Quid des autres papables?
Sur le papier, les Vert-e-s avaient pourtant une candidate presque toute désignée pour tenter le deuxième siège: Sophie Michaud Gigon, conseillère nationale et secrétaire générale de la très populaire Fédération romande des consommateurs (FRC). Elle dispose d’une notoriété qui déborde largement les rangs écologistes.
Mais son regard porte ailleurs. Sophie Michaud Gigon veut faire équipe avec l’éléphant socialiste Pierre-Yves Maillard dans la bataille pour le Conseil des Etats, avec l’ambition de reprendre à la droite le siège du PLR Pascal Broulis, affaibli par le scandale du bouclier fiscal. Léonore Porchet en est convaincue: ce siège «peut vraiment être récupéré par Sophie Michaud Gigon».
Une candidate naturelle s’éloigne donc du Conseil d'Etat. Et parmi ceux que Rebecca Joly ne convainc pas, un autre nom revient avec insistance: celui de Léonore Porchet. Conseillère nationale, figure du féminisme connue dans toute la Suisse romande, co-directrice de BDFIL, Léonore Porchet est rompue aux campagnes politiques. Certains la voient capable d’incarner ce profil plus remuant et d’aller chercher des voix au-delà de l’électorat écologiste traditionnel.
L’intéressée apprécie l’appel du pied. «C’est toujours un honneur que les gens souhaitent me voir briguer des charges aussi importantes pour notre Canton. Je les en remercie!», répond-elle à Blick. Mais son horizon reste fédéral: «Mon temps au Conseil national n’est pas encore fini.» Elle sollicitera à nouveau la confiance des Vaudoises et Vaudois lors des élections fédérales de 2027.
Rebecca Joly la verrait pourtant d’un bon œil: «Léonore serait une excellente candidate.» Elle glisse deux autres noms: la députée au Grand Conseil Géraldine Dubuis, originaire comme Vassilis Venizelos du Nord vaudois, et Camille Marion, municipale à Avenches, dans la Broye. «Elles doivent y réfléchir aussi, enfin j’espère.»
Ce casting très féminin n’est pas tout à fait un hasard. Selon nos informations, la direction préférerait qu’une femme complète le ticket aux côtés de Vassilis Venizelos, afin d’équilibrer l’affiche. La porte n’est toutefois pas fermée aux hommes. Là encore, le 3 octobre, l’assemblée générale aura le dernier mot.
Berne croit au grand coup vaudois
D'après nos sources, les Vert-e-s suisses et leur présidente Lisa Mazzone encouragent les Vaudois à jouer offensif. Une droite fragilisée, une gauche réduite à trois sièges sur sept et une crise climatique redevenue douloureusement concrète: à Berne, on voit dans le scrutin vaudois une occasion de frapper fort. Et, à quelques mois des élections fédérales de 2027, d’envoyer un signal bien au-delà des frontières cantonales, à toute la Suisse romande.
Rebecca Joly écarte toutefois l’idée d’une quelconque ingérence venue de Berne. «Aucune pression des Vert-e-s suisses», assure-t-elle. Elle reconnaît des échanges avec la direction nationale, mais les décrit comme étant «de l’ordre du conseil». Elle aussi mesure la portée du rendez-vous: les élections vaudoises, souligne-t-elle, tomberont moins de six mois avant les fédérales et pourront «donner un signal pour la Romandie». «On va donc partir avec la gagne. Bien évidemment.»
Même prudence chez Léonore Porchet. «Les Vert-e-s suisses ne donnent pas de directives pour les élections cantonales», insiste-t-elle, tout en reconnaissant que la direction du parti «voit beaucoup de potentiel dans le mouvement vaudois». Et de résumer l’état d’esprit: «Avec l’urgence climatique qui se ressent désormais dans notre chair, l’ambition est là!»
Le PS verra-t-il rouge?
Reste à faire entrer cette ambition dans l’arithmétique de l’alliance. Le Parti socialiste a déjà aligné trois candidats: le sortant Roger Nordmann, la conseillère nationale Jessica Jaccoud et le conseiller national Samuel Bendahan. Avec deux candidatures écologistes, la gauche partirait donc à cinq pour tenter de reconquérir une majorité qui lui échappe depuis 2022.
Une deuxième candidature verte ne bouleverserait donc pas seulement les équilibres internes. Elle compliquerait sérieusement les négociations avec un PS qui a, lui aussi, trois ambitions à défendre. Rebecca Joly pose déjà une limite: «Ce n’est pas au Parti socialiste de décider avec qui on part et à combien et inversement.» Léonore Porchet revendique de son côté un mouvement «farouchement indépendant».
A gauche, chacun sait pourtant jusqu’où peut mener la guerre des ego. «La gauche, quand elle est désunie, elle perd et nous sommes d'accord sur ce constat», rappelle Rebecca Joly. La présidente insiste sur ce qui distingue, selon elle, son camp des déchirements adverses: «Nous sommes des partenaires de longue date. Il y a eu des hauts et des bas, c’est normal, mais contrairement à la droite, nous avons une alliance de valeurs et non pas électoraliste.»
Reste à transformer l’occasion en victoire. Les Vert-e-s veulent céder à la folie des grandeurs; leur base tranchera le 3 octobre. Rebecca Joly a beau encore souffler le chaud et le froid. Dans les coulisses du parti, la campagne autour de son nom, elle, a déjà commencé.