Initiative vaudoise 12%
Pour Olivier Feller: «C’est le dernier moment de revoir la fiscalité des personnes physiques»

Alors que ses opposants dénoncent un cadeau fiscal coûteux, Olivier Feller défend l'initiative vaudoise pour une baisse d'impôt de 12%. Selon le PLR, Vaud peut absorber les coûts de 272 millions sans couper dans les prestations. Interview.
Olivier Feller l'assure, en cas d'acception de l'initiative: «Il n'y aura pas de coupes.»
Photo: KEYSTONE
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Solène MonneyJournaliste Blick

«C’est le dernier moment.» Alors que l’initiative vaudoise des 12% est vivement attaquée par la gauche, le Conseiller national libéral-radical Olivier Feller défend une baisse d’impôts qu’il juge urgente pour soulager les classes moyennes. Selon le Vaudois, le canton peut absorber cette mesure sans couper dans les prestations publiques.

Les Vaudois voteront le 27 septembre prochain sur ce texte porté par les milieux patronaux et économiques. Il prévoit une baisse de 12% de l’impôt cantonal sur le revenu et sur la fortune. Son coût est estimé à 272 millions de francs pour le canton, selon la conseillère d’Etat libérale-radicale (PLR) Christelle Luisier.

Reste une question centrale: comment financer une telle baisse sans toucher aux prestations publiques? Olivier Feller défend son projet. Interview.

Olivier Feller, selon Christelle Luisier, votre initiative coûterait environ 272 millions de francs au canton, alors que le budget 2026 prévoit déjà un déficit de 300 millions. Est-ce vraiment le bon moment pour une telle baisse d’impôts?
Il y a quinze ans, on nous disait que ce n’était pas le bon moment parce qu’on venait de réformer la fiscalité des entreprises. Aujourd’hui, on nous dit que ce n’est pas le bon moment pour d’autres motifs. Moi, je pense que c’est le dernier moment. C’est le dernier moment de revoir la fiscalité des personnes physiques, qui est la plus lourde de l’ensemble de la Suisse.

Plusieurs élus PLR au Conseil d’Etat ont eux-mêmes jugé que ce n’était pas le bon moment. Vous désavouez vos camarades?
Le congrès du PLR a accepté l’initiative par 137 oui contre 20 non. C’est donc près de 90% des représentants de la base de notre parti qui soutiennent l’initiative. La ligne est très claire. La base a parlé. Il n’y a pas de divergence de vue lorsqu’un avis est exprimé par près de 90% de l’assemblée des délégués. Cela signifie que le parti est uni. Ceux qui ne seraient pas d’accord, qui feraient partie des 10%, sont invités à la cohésion et à l’union dans l’intérêt de notre parti.

Si cette initiative passe, où l’Etat devra-t-il concrètement couper? Dans la santé, l’éducation, la mobilité, l’environnement, la culture?
Dans le bilan, l’Etat de Vaud dispose de 3,2 milliards de francs de réserves liquides, qui ont été payées par les contribuables. C'est une première piste de financement de cette réduction d’impôts. De plus, les revenus encaissés par l’Etat progressent chaque année. Ainsi, ils ont augmenté entre 2024 et 2025 de 727 millions de francs. Le problème, c’est que les charges augmentent encore plus vite que les revenus. La réduction d’impôts que nous proposons est équitable, raisonnable et absorbable. Elle aura uniquement pour effet de ralentir quelque peu l’augmentation annuelle des revenus.

Mais du coup, vous n'allez couper dans aucun département?
Il n'y aura pas de coupes. L'initiative ne réduira pas les dépenses de l'Etat. Elle ne fera que ralentir quelque peu leur progression annuelle. Mais les dépenses, comme les revenus, continueront bel et bien d’augmenter année après année. L’enjeu se situe ailleurs: pourquoi les Vaudois continueraient-ils de payer jusqu’à deux fois plus d’impôts que les habitants des cantons de Zurich et de Berne, qui ressemblent pourtant au nôtre et qui délivrent eux aussi des services publics de qualité?

Le Grand Conseil a déjà accepté une baisse de 7% de l’impôt sur le revenu. Votre initiative prévoit 12%, mais touche aussi la fortune. En quoi votre projet est-il vraiment plus juste ou plus efficace?
Il est clair que si notre initiative est acceptée, on ne va pas additionner les 7% et les 12% mais englober les 7% dans les 12%. Aujourd'hui, le canton de Vaud est celui où l'impôt sur les personnes physiques est le plus vorace de Suisse. Ce n’est pas le cas pour les entreprises. Nous demandons 12% de diminution sur le montant de l'impôt sur la fortune et 12% sur le montant de l'impôt sur le revenu. Ce pourcentage ramènerait le canton de Vaud, pour les personnes physiques, d’une fiscalité extrême à une fiscalité qui correspondrait à la moyenne supérieure du pays en comparaison intercantonale.

Vous dites vouloir redonner du pouvoir d’achat à la classe moyenne. Mais environ 70% des Vaudois ne paient pas d’impôt sur la fortune. Est-ce que votre initiative ne rate pas sa cible?
Il est vrai qu’une minorité de Vaudois paient l’impôt sur la fortune. Mais cet impôt est très lourd pour les gens concernés qui appartiennent à la classe moyenne supérieure. Nous ne visons ni les personnes qui bénéficient du bouclier fiscal, ni les 23,5% de Vaudoises et de Vaudois qui ne paient pas d’impôt cantonal sur le revenu. Notre initiative concerne l’ensemble des classes moyennes, y compris celles qui ont quelques avoirs, un carnet d’épargne, des économies.

Est-ce que le slogan «baisse d’impôts pour tous» ne masque pas surtout un cadeau fiscal aux contribuables les plus aisés?
Les Vaudoises et les Vaudois protégés par le bouclier fiscal, soit les plus riches parmi les Vaudois, ne sont pas concernés, car sous réserve d’éventuelles très rares exceptions, l’impôt à payer après la baisse de 12% restera supérieur au plafond prévu par le bouclier fiscal. Ceux qui ne paient pas d’impôt du tout ne sont pas touchés non plus. Ceux qui sont concernés, ce sont les autres: ceux qui se situent entre les deux, les classes moyennes.

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