Ethan* applique à sa manière le dicton «Fake it till you make it» (Fais semblant jusqu'à ce que tu y arrives). Ce médecin turco-suisse travaillerait à Dubaï sur une révolution de la médecine: un robot chirurgical autonome. Pour cela, il cherche des centaines de millions de dollars et promet des rendements élevés.
Blick a pu consulter ses présentations destinées aux investisseurs. Il y fait la promotion de noms connus: Siemens Healthineers, le fabricant allemand de robots Kuka ainsi que plusieurs chirurgiens suisses hautement décorés qui doivent entraîner le robot. Mais lorsqu'on les interroge, les entreprises et les chirurgiens déclarent n'avoir rien à voir avec Ethan et son projet, qui s'avère être monté de toutes pièces.
L'enquête révèle que ce n'est pas la première fois qu'Ethan survend ses capacités. En Suisse, il fait l'objet d'une enquête pénale pour plusieurs délits.
Changement de nom
En été 2024, Ethan quitte la Suisse. Il s'envole d'abord pour la Turquie, où il fait changer son prénom, puis s'en va aux Emirats arables unis. Il laisse derrière lui sa femme et ses deux jeunes enfants.
Il justifie son départ dans des podcasts Youtube par la bureaucratie du système de santé suisse. Les dossiers judiciaires que Blick s'est procurés dressent un tout autre tableau: l'homme de 39 ans ne trouve plus de travail en Suisse après que différents médias ont rapporté qu'il était dans le collimateur du ministère public zurichois.
Le cœur de l'enquête porte sur une fraude présumée liée au Covid-19. Ethan aurait facturé des milliers de tests Covid qui n'ont jamais été effectués, comme l'a rapporté le «SonntagsZeitung». Les enquêteurs estiment que le préjudice s'élève à environ 1,5 million de francs. La présomption d'innocence s'applique.
Procédure pénale ouverte
Le ministère public confirme avoir engagé une procédure pénale contre Ethan en 2022, «entre autres en lien avec le soupçon de facturation de tests Covid fictifs». Des documents montrent que les poursuites pénales enquêtent en outre sur une possible falsification de documents et sur l'obtention non autorisée de données.
L'affaire a été révélée par un lanceur d'alerte de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), comme l'indique une décision. De plus, de nombreuses personnes concernées se sont manifestées dans des commentaires en ligne, recevant de leur caisse maladie des décomptes pour des tests jamais effectués chez Ethan.
Une fermeture soudaine
Le médecin zurichois est confronté à une pression croissante, tant sur le plan juridique que professionnel. En avril 2024, il ferme brutalement son cabinet de médecine générale à Unterägeri (ZG), moins de quatre mois après l'avoir repris. Une note sur la porte informait ses clients d'une prétendue maladie ayant causé sa faillite. En réalité, Ethan n'a jamais déposé le bilan: sa Sàrl surendettée ne sera radiée d'office qu'en 2025. C'est l'une des raisons pour lesquelles des enquêtes sont en cours.
Dès mars 2024, il perd son autorisation d'exercer dans le canton de Zurich. Tous les autres cantons dans lesquels il était inscrit en tant que médecin – Berne, Thurgovie, Argovie et Zoug – suivent le mouvement. Les autorités ont refusé de commenter l'affaire. Cependant, des documents montrent que la radiation n'était pas uniquement fondée sur des poursuites pénales. Elle était également liée à des manquements organisationnels et professionnels.
Accumulation de mandats
Ainsi, Ethan employait des médecins sans qualification suffisante. Parallèlement, il a accumulé les mandats: en 2023, il était médecin responsable de dix autres sites en plus de son poste de chef de clinique dans un hôpital cantonal. Il était également Chief Medical Officer d'un groupe d'hôpitaux privés bernois. Parallèlement, il est apparu dans plusieurs salons de beauté en tant que médecin spécialiste.
Pour les autorités zurichoises, c'en était trop. Ethan n'était pas en mesure d'assumer son devoir de diligence en raison de ses nombreuses occupations, affirment-elles dans des lettres que Blick a pu consulter. Il lui est entre autres reproché d'avoir donné à plusieurs reprises de fausses informations. Il est fait explicitement mention de son activité pour des salons de beauté. Le service de santé zurichois lui reprochait de ne pas avoir respecté son devoir de diligence dans la surveillance des esthéticiennes.
Modèle commercial supplémentaire
Ethan avait apparemment trouvé dans les salons de beauté une source de revenus supplémentaire. Les esthéticiennes n'ont pas le droit de pratiquer des interventions telles que l'injection de Botox sans surveillance médicale. Ethan s'est donc proposé comme médecin-conseiller auprès des salons, comme le confirment les exploitantes de salons.
Un contrat type montre qu'il facturait 2000 francs par mois pour être mentionné comme médecin spécialiste. On ne sait pas s'il a effectivement effectué ou supervisé lui-même les interventions dans les salons de beauté.
Plusieurs salons dans lesquels Ethan a travaillé ont ensuite été fermés par la police, et une esthéticienne a été placée en détention provisoire. Le ministère public zurichois ne précise pas si Ethan fait également l'objet d'une enquête dans ces cas. Il confirme seulement que d'éventuels manquements en rapport avec des instituts de beauté font l'objet de l'enquête pénale en cours.
Faux diplôme de Harvard
Les affirmations d'Ethan et la réalité sont très éloignées. Plusieurs personnes qui l'ont rencontré en Suisse ou à Dubaï indiquent qu'il aimait se mettre en scène comme chirurgien et spécialiste du cœur. En réalité, Ethan est spécialiste en médecine interne. Le titre de professeur qu'il détient est un titre honorifique d'une université turque.
Sur son CV et les réseaux sociaux, il affirme avoir étudié à la Harvard Medical School et avoir obtenu, au choix, un master ou un doctorat en médecine. L'université le contredit clairement: il n'a jamais été inscrit comme étudiant ou employé par l'université d'élite de Boston.
Bien avant de s'installer à Dubaï, il s'est présenté en Suisse, en plus de ses activités médicales, comme conseiller en tourisme médical. Il prétendait collaborer avec l'hôpital universitaire de Zurich ou le groupe Hirslanden. Tous deux ont nié toute coopération.
Une réputation qui s'égrène
Ce schéma semble se poursuivre dans le Golfe persique. Un entrepreneur néerlandais l'a engagé comme consultant pour un projet sur la longévité. Dans son CV, Ethan affirme avoir réuni 250 millions de dollars pour ce projet. Selon l'entrepreneur, il n'aurait en revanche pas levé un seul dollar, raison pour laquelle il se serait séparé de lui.
Dans un podcast diffusé récemment, Ethan met en avant l'importance de la réputation pour réussir à Dubaï, mais le sienne se fissure de plus en plus, même aux Emirats arabes unis. Des partenaires commerciaux posent des questions sur son passé, y compris sur les enquêtes menées en Suisse. Dans des conversations en ligne, Ethan tente d'apaiser les tensions en affirmant que toutes les enquêtes pénales à son encontre ont été classées depuis longtemps.
Un retour en Suisse
Malgré cela, le médecin zurichois n'apparaît déjà plus dans les derniers documents destinés aux investisseurs de la start-up robotique – et ce bien qu'il soit fondateur de l'entreprise. «Pendant des années, il a tissé une toile de mensonges qui s'effondre aujourd'hui», déclare son ex-femme. Elle affirme ne pas avoir été au courant des agissements de son mari, car celui-ci s'occupait des finances familiales.
Lorsqu'Ethan a quitté le pays, nombre de ses arnaques ont été révélées. «Pour moi, ça a été un choc.» La mère de deux enfants a dénoncé son ex-mari à l'office cantonal des impôts pour fraude fiscale et a notamment porté plainte pour gestion déloyale.
Les ex-époux n'ont plus aucun contact. L'ex-femme a donc également été surprise lorsqu'Ethan est revenu en Suisse fin 2025 pour travailler à nouveau comme médecin. Le retrait de l'autorisation d'exercer ne signifie pas une interdiction absolue d'exercer. Ethan ne peut plus traiter des patients sous sa propre responsabilité professionnelle, mais peut le faire sous surveillance.
Déjà licencié
Il a été engagé par un cabinet médical mobile à domicile dans le canton de Berne. Le cabinet fait justement partie du groupe hospitalier bernois dans lequel Ethan travaillait en tant que médecin chef jusqu'à ce que l'enquête lui coûte son poste au printemps 2024.
Ce deuxième engagement n'a toutefois pas duré longtemps, car il a été reconnu par des proches dans un EMS, conduisant à de nombreuses critiques, comme l'a rapporté «20 Minuten». La direction de la maison de retraite a alors exigé un autre médecin.
Peu de temps après, Ethan aurait à nouveau perdu son emploi. Interrogé à ce sujet, le chef du cabinet médical ne s'exprime pas. Selon plusieurs sources, Ethan a entre-temps quitté la Suisse, à nouveau en direction du Moyen-Orient.
Blick a confronté le médecin à toutes les accusations portées contre lui, mais il a refusé de commenter. L'homme qui vend de grandes promesses reste redevable de réponses concrètes.
*Nom modifié