L'Union européenne a accueilli vendredi avec soulagement les nouveaux droits de douane annoncés la veille par les Etats-Unis, après des inquiétudes liées à une amende qu'elle venait d'infliger au géant américain Google, et sur fond de relations mouvementées avec Donald Trump.
«L'UE se félicite que ce résultat soit conforme aux engagements américains sur les droits de douane» figurant dans l'accord commercial conclu l'an dernier entre Bruxelles et Washington, a réagi Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne. Le nouveau régime de taxes douanières annoncé par le gouvernement américain touchant une soixantaine d'économies respecte en effet, en ce qui concerne l'UE, le plafond de 15% qui figurait dans cet accord signé il y un an presque jour pour jour à Turnberry, en Ecosse.
«Il établit un taux de taxation de 10% tout compris pour l'UE, et réintroduit les exonérations de droits de douane additionnelles sur certains produits européens, comme le liège et les diamants», en plus de biens qui en étaient déjà exemptés comme les avions et leurs pièces détachées ainsi que les médicaments génériques, a relevé le porte-parole. Cela crée une «dynamique positive» pour les discussions transatlantiques sur différents sujets, allant des matières premières stratégiques à l'intelligence artificielle, a salué Olof Gill.
«Risque pour la stabilité transatlantique»
L'annonce de Washington a été faite quelques heures après la décision de l'UE d'infliger une amende de 890 millions d'euros (près d'un milliard de dollars) à Google, pour des atteintes à la concurrence dans le numérique. Cette nouvelle sanction prononcée contre un champion technologique américain avait alimenté côté européen des craintes d'éventuelles représailles de la part de Washington, par exemple sous la forme d'une hausse de droits de douane, l'administration Trump accusant régulièrement l'UE de cibler injustement les entreprises américaines via sa législation sur le numérique.
L'amende infligée à Google «crée de l'incertitude» dans les relations commerciales avec les Etats-Unis, avait d'ailleurs mis en garde, dans un communiqué publié jeudi, le représentant de la Maison-Blanche au Commerce (USTR), Jamieson Greer, qui y voyait «un véritable risque pour le maintien de la stabilité transatlantique». Face aux «menaces continuelles de Washington, nous étions préparés au pire, mais il ne s'est pas produit», s'est réjouit l'eurodéputé allemand Bernd Lange, qui a joué un rôle clé dans la mise en oeuvre de l'accord côté européen.
Une justification contestée
Au contraire, les nouvelles taxes annoncées semblent «plus favorables qu'attendu» pour les producteurs européens, avec une taxation inférieure au plafond de 15% prévu dans l'accord de Turnberry et plus favorable que le régime temporaire mis en place en février, après la décision de la Cour suprême américaine. Bruxelles a cependant rejeté sans équivoque le motif invoqué par les Etats-Unis pour imposer ces nouveaux droits de douane.
Washington les a présentés comme le résultat d'une procédure (dite «section 301»), lancée mi-mars par Jamieson Greer, afin de déterminer si les partenaires commerciaux des Etats-Unis avaient totalement éliminé de leur chaîne d'approvisionnement les produits issus du travail forcé. La législation européenne en la matière a été jugée insuffisante. «L'UE dispose déjà de règles solides en matière de travail forcé et, par conséquent, nous rejetons totalement l'idée selon laquelle l'UE aurait contribué au problème mondial du travail forcé», a rappelé lors d'une conférence de presse Paula Pinho, porte-parole en chef de l'exécutif européen.
Par ailleurs, les Européens restent vigilants, l'administration Trump gardant un atout dans sa manche pour imposer à l'avenir de nouvelles surtaxes. Elle mène notamment toujours une autre enquête ciblant l'UE au titre de la section 301, à propos des surcapacités industrielles. Depuis la signature de l'accord de Turnberry, les relations entre l'UE et les Etats-Unis ont été particulièrement mouvementées, marquées notamment par les menaces répétées d'annexion du Groenland émises par le président Trump, et ses vives critiques contre ses alliés européens, accusés de ne pas le soutenir dans la guerre contre l'Iran.