L'étau se resserre
Trump redistribue les cartes en Syrie pour mieux étouffer l'Iran

Créées en 2015 et clé dans la lutte contre l'Etat islamique, les FDS perdent leur autonomie. Leur dissolution marque une victoire pour Damas et un tournant pour les Kurdes en Syrie.
Donald Trump lors d'une cérémonie à la base aérienne de Dover, dans le Delaware, le 17 décembre 2025.
Photo: AFP

En bref

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  • Les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis depuis 2015, ont annoncé leur intégration complète dans les structures de l'Etat syrien. Cette décision marque un tournant pour les Kurdes en Syrie, longtemps en quête d'autonomie.
  • A leur apogée, les FDS comptaient environ 100'000 combattants et contrôlaient des régions stratégiques du nord et nord-est de la Syrie, riches en pétrole. Cependant, elles ont perdu la moitié de leurs effectifs à la suite de défections massives et d'affrontements début 2026.
  • Les Unités de protection du peuple (YPG) et de la femme (YPJ), composant le noyau des FDS, rassemblent encore 30'000 membres. L'accord signé en janvier impose l'expulsion des dirigeants du PKK non syriens, amorçant une nouvelle phase pour la région.
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AFP Agence France-Presse

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes, dont le chef a annoncé jeudi l'intégration totale dans les structures de l'Etat, constituaient l'armée de l'administration autonome kurde en Syrie, soutenue par Washington, en première ligne du combat contre les jihadistes. Après avoir été, durant des années, la force la mieux entraînée et la plus organisée de Syrie, la dissolution des FDS marque, selon les experts, la fin d'une époque pour les Kurdes du pays.

Ces derniers avaient longtemps rêvé d'autonomie avant la chute, en 2024, du président Bachar al-Assad, qui a conduit Washington à réorienter son soutien au profit des nouvelles autorités de Damas, favorables aux Etats-Unis. Cette force avait été constituée en 2015 à l'initiative de Washington. Impressionnés par les combattants kurdes qui avaient vaincu le groupe Etat islamique (EI) à Kobané, dans le nord, les Américains cherchaient alors un partenaire fiable pour lutter contre les jihadistes.

Les FDS ont ensuite mené la lutte contre l'EI, vaincu territorialement en Syrie quatre ans plus tard. A leur apogée, elles comptaient environ 100'000 combattants, mêlant Kurdes et Arabes, et contrôlaient de vastes zones du nord et du nord-est de la Syrie, des régions riches en pétrole. Mais à la suite d'affrontements en janvier ayant entraîné la perte de territoires importants au profit des troupes gouvernementales, les deux parties ont signé un accord visant à intégrer les institutions militaires et civiles kurdes au sein de l'appareil d'Etat.

Les Arabes présents dans leurs rangs ont également fait défection en masse après que l'armée a pris le contrôle de deux provinces auparavant tenues par les Kurdes, Raqa et Deir Ezzor, réduisant ainsi leurs effectifs de moitié, souligne Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie.

Un noyau dur intact

Selon Fabrice Balanche, le noyau dur des FDS est resté intact. Il comprend les Unités de protection du peuple (YPG), fortes d'environ 30'000 membres, ainsi que les Unités de protection de la femme (YPJ), composées exclusivement de femmes. Le leader kurde Mazloum Abdi n'a pas précisé les modalités d'intégration des FDS, alors que les deux parties avaient multiplié les tractations durant des mois. «La dissolution des FDS marque une fin amère», analyse auprès de l'AFP Mutlu Civiroglu, expert de la question kurde basé à Washington, qui y voit «la fin d'une époque pour la puissance kurde en Syrie».

La force kurde a dû faire face à des incursions turques répétées entre 2016 et 2019, Ankara affirmant vouloir éloigner ces combattants de sa frontière. La Turquie considère les FDS comme étant liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un mouvement militant kurde qui a mené une insurrection de plusieurs décennies dans le pays. Bien qu'ils nient tout lien avec le PKK, «c'est bien le PKK qui dirige les YPG en coulisses», affirme Fabrice Balanche.

«Une nouvelle phase»

«Les YPG ont été formées en 2011 par des vétérans du PKK», y compris le chef des FDS, Mazloum Abdi, explique à l'AFP Nanar Hawach, analyste spécialiste de la Syrie au sein de l'International Crisis Group. L'accord de janvier stipule que les FDS s'engagent à expulser du pays tous les dirigeants et membres du PKK qui ne sont pas syriens.

«Bien que peu nombreux, ils ont exercé une influence considérable aux postes de commandement et dans les fonctions administratives», analyse Nanar Hawach, ajoutant que leurs effectifs sont estimés entre quelques centaines et quelques milliers de personnes. Dans son discours de jeudi, Mazloum Abdi a reconnu que «des milliers de jeunes hommes et femmes kurdes» avaient soutenu les FDS en venant «d'autres parties du Kurdistan», faisant référence à des zones situées en Iran, en Irak et en Turquie.

«A notre demande et selon un plan établi, ces forces se sont retirées d'ici, et nous pouvons dire qu'une nouvelle phase a débuté dans cette région», a-t-il ajouté. L'intégration des FDS constitue une victoire majeure pour le président syrien Ahmad al-Chareh, qui tente de consolider son contrôle sur l'ensemble de la Syrie depuis l'éviction d'Assad.



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