Swiss traverse une période difficile sur le plan commercial. Avant même la guerre en Iran, il était clair que la compagnie aérienne devait réduire ses coûts de 10%. La situation militaire au Moyen-Orient n'a fait qu'accentuer la pression. La filiale suisse est la vache à lait de Lufthansa, dont les résultats financiers dépendent de Zurich.
Des économies sont donc réalisées partout – sauf au sommet de la hiérarchie. Le PDG de Lufthansa, Carsten Spohr, a augmenté son salaire de 58% pour atteindre 7,6 millions de francs suisses, selon le rapport annuel. Depuis 2021, cela représente même une hausse de 388%.
L'ex-patron de Swiss Dieter Vranckx profite lui aussi d'une hausse de salaire. Le rapport fait état d'un salaire annuel de plus d'1,9 millions de francs, contre un peu moins de 500'000 francs pour le premier semestre de 2024.
Swiss sur le court-courrier : presque comme une compagnie aérienne à bas prix
Les passagers et le personnel rêveraient d'une augmentation comparable dans le service ou les salaires. Mais les pilotes de Swiss gagnent moins que leurs homologues de Lufthansa (en tenant compte du pouvoir d'achat), le personnel de bord se plaint de mauvaises conditions de travail et les passagers désespèrent face à l'évolution du service. Les voyageurs fréquents parlent d'un programme en dents de scie, où les nombreux reculs sont compensés par de maigres progrès présentés comme des «offensives qualité».
Un exemple sur les vols long-courrier est frappant: les places en classe affaires coûtent désormais plus cher. Le «kit d'agrément», contenant entre autres des bouchons d'oreilles, une brosse à dents et du dentifrice, a été réduit. Sans oublier que les extras, comme le masque de sommeil, ne sont désormais distribués que sur demande.
Le sbrinz remplacé par du cheddar
Un chef de cabine fait la grimace: «Nous nous disons compagnie aérienne premium, mais nous nous comportons comme si nous ne l'étions pas.» La qualité des repas laisse également à désirer: le sbrinz est régulièrement remplacé par du cheddar bon marché.
Sur les trajets courts, la classe économique ne se distingue quasiment plus des compagnies aériennes low cost. Même les clients réguliers ne sont plus accueillis personnellement. Questionné sur les salaires et son service, le groupe Lufthansa renvoie à son rapport d'activité et souligne que la satisfaction des clients a augmenté.
La compagnie Edelweiss est aussi confrontée à des problèmes: sa direction est un pur Boys' club. En trente ans, la direction n'a pas réussi à adhérer au programme Miles & More. Edelweiss donne l'impression d'être vieillotte: les hôtesses de l'air doivent porter du rouge à lèvres rouge, leurs blazers font l'objet de plaintes depuis des années parce qu'ils sont beaucoup trop chauds et la coupe de l'uniforme masculin semble d'un autre âge.
Les controverses se multiplient
Jens Fehlinger, PDG de Swiss, devrait percevoir environ 800'000 francs. Jusqu'à présent, il s'est contenté de faire des annonces. Au lieu de mettre fin au contrat de location d'avions avec Air Baltic, il préfère l'étendre.
L'an dernier, Jens Fehlinger s'est certes rendu à Washington avec Karin Keller-Sutter, mais rien n'a changé: le groupe Lufthansa continue d'importer les appareils via Malte, plutôt que par la Suisse, comme annoncé.
Au lieu de désamorcer la pénurie de pilotes en recrutant au Brésil, à l'instar de Turkish Airlines, Jens Fehlinger n'a toujours pas supprimé l'obligation de parler allemand dans le cockpit. Sans oublier qu'il garde sous clé l'enquête interne sur le décès d'un steward de 23 ans à Graz (Autriche), en décembre 2024..
S'émanciper de Francfort
Avec la nouvelle structure de groupe «Matrix Next Level», Jens Fehlinger aurait l'occasion d'émanciper davantage Swiss de la direction de Lufthansa. Le PDG a le choix: il peut continuer dans le rôle du protégé de Carsten Spohr ou devenir un véritable dirigeant de Swiss, affirmant clairement à Francfort que la filiale helvétique fonctionne mieux lorsque l'Allemagne ne s'en mêle pas.
Les jours de Carsten Spohr à la tête de Lufthansa sont comptés. Avec douze ans de mandat, il a fait preuve d'une longévité exceptionnelle. Si Jens Fehlinger parvient à accroître la rentabilité de Swiss sans fâcher ses clients réguliers, la prochaine étape de sa carrière semble toute tracée.