Il ne manque plus que sa réponse aux messages vidéo postés sur les réseaux sociaux. Vladimir Poutine, le tsar du Kremlin, est aujourd'hui questionné quotidiennement par ses compatriotes et ses soldats sur la conduite de la guerre en Ukraine. Lui, l'homme qui avait Kiev dans son collimateur, est devenu une cible. Les attaques de drones contre Moscou, Saint-Pétersbourg ou Volgograd (l'ex-Stalingrad) ont en effet radicalement changé la donne. Résultat: dimanche 28 juin, le maître du Kremlin a confirmé à la télévision qu'il attendait un retour prochain, dans la capitale russe, des négociateurs américains Steve Witkoff et Jared Kushner.
Cette colère populaire russe n'est pas nouvelle. La guerre en Ukraine, déclenchée le 24 février 2022 par Poutine, n'a jamais été acceptée par la population comme une simple «opération militaire spéciale», sa terminologie officielle. Les Russes qui savent ce qui se passe réellement sur le front de plus de 1200 kilomètres, dans les régions disputées du Donbass, de Kherson et de Zaporijjia, connaissent l'étendue des dégâts humains et matériels.
La presse américaine spécialisée a récemment affirmé que la durée de vie moyenne d'une recrue russe envoyée au combat est inférieure à trente minutes! Quelque 350'000 soldats russes auraient perdu la vie dans cette guerre depuis quatre ans. Douze mille chars de combat auraient été détruits. Mais, jusque-là, Poutine tenait. Il se payait même le luxe de refuser les offres de négociation de Trump, comme lors de leur sommet raté d'Anchorage, en Alaska, le 15 août 2025.
Collision des réalités
Ce qui a changé ces derniers jours est la collision de deux réalités. La première est l'incursion de la guerre dans les villes, dans les quartiers, là où les combats n'auraient jamais dû avoir lieu. C'est d'abord l'effet des drones. Mais c'est aussi le résultat des frappes à longue distance, dites «dans la profondeur», menées par les Ukrainiens avec leurs missiles «Flamingo», dont ils maîtrisent totalement la fabrication.
Parallèlement, le marché du carburant s'est écroulé. Une seule raffinerie fonctionne encore à plein régime dans l'ouest de la Russie: celle d'Omsk. Toutes les autres sont endommagées. Les tirs ukrainiens ont fait mouche. Il faut parfois attendre plus de vingt heures, dans la banlieue de Moscou, pour faire le plein. Insupportable pour un pays qui dispose des troisièmes réserves mondiales de pétrole.
Une troisième réalité s'est ajoutée, et elle complique la tâche de Poutine: l'effet conjugué des sanctions européennes (le 21ᵉ paquet a été adopté à la mi-juin par l'Union européenne, puis repris par la Suisse) et de la détente des prix sur le marché pétrolier après l'accord entre l'Iran et les Etats-Unis. A lui seul, l'Iran, cet allié que Moscou n'a pas réussi à protéger et qu'il n'a pas soutenu (du moins officiellement), a 67 millions de barils à écouler en urgence. Ses citernes et entrepôts sont pleins. Une bonne nouvelle pour Trump, qui veut voir le prix des hydrocarbures continuer à baisser. Or, plus le prix du pétrole baisse, plus la Russie est à la peine économiquement. Son économie de guerre est indexée sur le prix de l'or noir. Difficile, dans ces conditions, de rester dans une position agressive.
Temporiser avec Trump
Vladimir Poutine a donc plusieurs raisons de temporiser. D'autant qu'il continue de croire au soutien personnel de Trump, ce président des Etats-Unis qui veut à tout prix, comme en Alaska voici un an, reprendre le commerce avec son immense Russie. Le scénario idéal, pour lui, serait celui d'une accalmie. Ce que l'Ukraine ne va bien sûr pas tolérer, en multipliant les frappes de façon autonome pour désorganiser l'appareil militaire et industriel russe. La course contre la montre est engagée. Et, pour la première fois depuis le 28 février 2022, ce n'est pas l'Ukraine qui est dos au mur.