Les mollahs veulent du cash pour la paix
Téhéran mise sur une nouvelle stratégie après trois mois de guerre

Trois mois après le début du conflit au Moyen-Orient, Donald Trump est embourbé. Face à lui, un régime iranien implacable qui exige 12 milliards de dollars d'avoirs gelés. Les mollahs paralysent Trump avec les conseils qu'il a lui-même écrits dans son livre.
Cela rend les négociations avec l'Iran presque impossibles: on ne sait toujours pas qui est aux commandes dans l'Etat des mollahs.
Photo: AFP
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Samuel Schumacher

Dans la dernière vidéo de propagande générée par IA à Téhéran, on voit Donald Trump face à un général mollah lors d'une partie de cartes. L'Iranien n'a qu'une seule carte en main, Trump les a toutes. «Uno, tu perds!», s'écrie pourtant l'Iranien face au président américain perplexe. La métaphore résume cruellement la réalité: Trump a certes les cartes en main, mais il ne comprend rien au jeu dans lequel il s’est lancé.

Cette semaine, Téhéran a posé ses conditions avec une arrogance rare. Les négociateurs iraniens, menés par le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, exigent le déblocage immédiat de 12 milliards de dollars d’avoirs gelés, puis 12 milliards supplémentaires sous 60 jours. Sans cet argent liquide, personne ne s'assiéra à la table des négociations. Un chantage financier culotté qui prouve qu'après trois mois de guerre et malgré l'élimination de l'ayatollah Ali Khamenei en février dernier, le régime conserve tout son mordant diplomatique (et 70% de ses missiles).

Ces trois raisons rendent la paix presque impossible

Les mollahs veulent mettre de côté une partie de cet argent pour la prime de 50 millions d’euros que Téhéran, selon une loi qui vient d’être promulguée, entend offrir pour la tête de Trump et de son homologue israélien Benjamin Netanyahu. Pendant ce temps, le locataire de la Maison-Blanche s'emporte, s'isole et menace ses propres alliés comme le sultanat d'Oman («s'ils ne filent pas droit, on les fera sauter»). Le régime des mollahs démolit quotidiennement le commandant en chef outre-Atlantique avec des piques de plus en plus provocantes.

La prolongation du cessez-le-feu, qui a été violé à plusieurs reprises cette semaine par toutes les parties belligérantes, semblait encore être un scénario réaliste il y a quelques jours. Mais entre-temps, cette chance semble elle aussi s'être envolée. L'Iran compromet toute perspective d'une longue trêve avec ses exigences financières. Trump semble trop occupé par sa salle de bal et le réaménagement du bassin de réflexion à Washington pour s’occuper sérieusement de la guerre au Moyen-Orient.

Malgré l'optimisme de façade du secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, trois obstacles majeurs rendent la paix quasiment impossible à court terme:

  • Des canaux de discussion peu clairs: trois mois après l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei, on ne sait toujours pas qui détient réellement le pouvoir en Iran. L’ayatollah Mojtaba Khamenei n’a fait aucune apparition publique depuis sa nomination. Est-il seulement en mesure de prendre des décisions ou est-ce finalement les Gardiens de la révolution qui tiennent les rênes?
  • Impasse nucléaire: concernant les 440 kilogrammes d’uranium enrichi, les parties belligérantes ne se sont pas rapprochées d’un pouce. De plus, les stratèges iraniens devraient sérieusement se demander s’il ne faudrait pas remettre en question le principe, autrefois établi par l’ayatollah Ali Khamenei, de ne jamais vouloir construire de bombe atomique. L'exemple de l'Ukraine montre à quel point le fait de ne pas posséder (ou d'abandonner) des armes nucléaires peut coûter cher.
  • Perte de confiance: ces mêmes stratèges à Téhéran devraient se montrer extrêmement prudents avant d’accorder ne serait-ce qu’un minimum de confiance aux Américains. Les deux pays étaient en pleine négociation lorsque les Etats-Unis ont lancé une attaque à l’improviste fin février. Les revirements de Trump et ses dérapages rhétoriques («Aujourd’hui, nous allons anéantir toute une civilisation») ne donnent guère envie de prendre les dirigeants américains au mot.

Lecture conseillée pour Trump

Il semble de plus en plus probable que l’Iran vienne s’ajouter à la liste peu glorieuse des «guerres éternelles» américaines: Vietnam, Somalie, Afghanistan… Iran. Les Etats-Unis ont attaqué, mais leur quête de victoire a échoué. 

Contrairement à Saigon, Mogadiscio ou Kaboul, les Etats-Unis ne peuvent toutefois pas simplement prendre la poudre d’escampette dans le golfe Persique sans avoir rien accompli, en espérant que l’herbe épaisse de l’histoire recouvre rapidement ces chapitres humiliants. Car tant que les mollahs contrôleront le détroit d’Ormuz, l’économie mondiale restera en otage.

Pour Trump, la situation devient intenable à l'approche des élections de mi-mandat. Le prix du pétrole flambe, les chances des Républicains fondent et le président commence à paraître désespéré. Une faiblesse suprême, alors qu'il écrivait lui-même à la page 63 de son best-seller «The Art of the Deal»: «La pire chose que tu puisses faire lors d’une négociation, c’est de paraître désespéré». Comme le remarquait cette semaine un éditorialiste du «Financial Times»: Donald Trump ferait peut-être bien de relire son propre livre.

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