Médiateur primordial
En menaçant Oman, Donald Trump fait exploser le dernier espoir de paix

Le sultanat d’Oman, longtemps resté à l’écart du conflit, se retrouve désormais dans le viseur de Donald Trump. De quoi fragiliser encore les espoirs de paix. Mais malgré la reprise des tensions, une issue diplomatique reste possible.
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Donald Trump a relancé la guerre au Moyen-Orient et s'en prend désormais à Oman, médiateur principal du conflit.
Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire
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Guido Felder

La trêve n’aura été qu’une parenthèse. Après quelques jours de répit, les Etats-Unis et Israël ont de nouveau frappé l’Iran. Téhéran a aussitôt riposté en visant des bases américaines dans les pays du Golfe. Le conflit, qui secoue la région depuis le 28 janvier, repart donc avec une intensité qui fait craindre une nouvelle escalade.

Cette reprise des combats enterre un peu plus les espoirs d’une sortie rapide de crise. Elle fragilise aussi l’un des rares canaux de discussion encore ouverts entre les deux camps. Jusqu’ici, Oman jouait un rôle clé dans les tentatives de médiation. Mais le sultanat se retrouve désormais lui aussi dans le viseur de Donald Trump. Le président américain a menacé de le «faire sauter» s’il coopérait avec l’Iran. Une sortie qui complique encore une situation déjà explosive.

Le week-end dernier, Donald Trump avait pourtant laissé croire à une possible désescalade. Il avait annoncé un accord rapide avec Téhéran, faisant naître un bref soulagement. Mais cet espoir n’a pas duré. Quelques heures plus tard, le président américain a rétropédalé, affirmant que les deux parties avaient encore besoin de temps. Les discussions achoppent notamment sur l’assouplissement des sanctions et la restitution des fonds iraniens gelés.

Riposte immédiate

Jeudi matin, les belligérants ont repris les armes. Les Etats-Unis ont bombardé des cibles dans le sud de l’Iran, officiellement au nom de la «légitime défense». Des positions de missiles et des vedettes ont été visées près de Bandar Abbas, une ville portuaire stratégique.

La riposte iranienne a été immédiate. Téhéran a tiré sur une base aérienne américaine au Koweït et sur des installations américaines en Irak. Même affaibli par les frappes subies depuis le début de la guerre, le régime montre ainsi qu’il conserve une force de frappe suffisante pour menacer les intérêts américains dans la région. Quelques heures plus tard, des sources de Washington évoquaient la possibilité d'un accord cadre, qui n'attend plus que la signature de Donald Trump.

Le rôle crucial d'Oman

Une annonce étonnante, puisqu'avec ces attaques, les espoirs d'un accord rapide s'amenuisent. D'autant plus que Trump s'en prend soudain violemment à Oman, le principal médiateur. Sa colère s'expliquerait notamment par des discussions menées entre Oman et l’Iran autour d’un péage commun dans le détroit d’Ormuz. Le sultanat possède, grâce à la péninsule de Musandam, une enclave située sur la rive sud de ce passage stratégique, par lequel transite une partie essentielle du pétrole mondial.

Dans la logique de «pression maximale» défendue par Donald Trump, toute initiative menée en dehors de Washington peut être perçue comme une concession faite à Téhéran. Mais Oman ne cherche pas forcément à défier les Etats-Unis. Le sultanat tente surtout de limiter les dégâts dans une zone située à ses portes, où une escalade aurait des conséquences immédiates.

C’est précisément ce positionnement qui a fait d’Oman un médiateur important depuis des années. Ce rôle discret est aussi lié à son image de stabilité. Le sultanat, qui compte environ cinq millions d’habitants et couvre une superficie comparable à celle de la Finlande, est considéré comme l’un des pays les plus sûrs au monde. Son calme, ses paysages préservés et son histoire en font également une destination de plus en plus appréciée des touristes suisses.

La pression sur Trump augmente

Avec la reprise des combats, le plan de paix souvent promis par Donald Trump n'est il que du vent? Aucun camp ne semble prêt à céder, et la guerre risque de coûter toujours plus cher. Or c’est peut-être justement là que se trouve l’un des derniers freins à l’escalade.

Aux Etats-Unis, une flambée durable des prix de l’essence peut très vite devenir un problème politique majeur. Pour Donald Trump, le risque est donc autant stratégique qu’électoral. S’il s’enferme dans une ligne dure, il pourrait mettre en danger les chances républicaines lors des élections de mi-mandat du 3 novembre. A l’inverse, un compromis avec l’Iran l’exposerait aux critiques de son propre camp.

Les yeux rivés sur le Pakistan

La voie omanaise étant désormais fragilisée, les regards se tournent vers un autre médiateur possible, le Pakistan. Islamabad pourrait tenter de pousser une solution autour du détroit d’Ormuz, en proposant une forme d’internationalisation de cette route vitale pour le pétrole. Une mission de surveillance neutre, portée par des pays non alignés, permettrait de sécuriser le passage sans humilier Washington ni priver Téhéran de garanties.

Reste à savoir si les deux camps sont prêts à saisir cette issue. L'Iran est étranglé économiquement. Donald Trump, lui, voit la pression politique monter. A défaut d’avoir imposé la paix par les armes, la peur d’un choc économique mondial pourrait finir par pousser les deux parties vers un compromis. Pour l'heure, ni l'Iran ni les Etats-Unis n'ont confirmé un projet d'accord.

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