Les touristes n'osent plus y aller
Comment la guerre en Iran a paralysé l'un des pays les plus riches au monde

La péninsule du Qatar, située juste en face de l'Iran, voit ses exportations de gaz naturel stagner depuis le début du conflit. L'impact est tel que sa croissance économique a déjà chuté de 8,6%, rendant les dégâts difficiles à rattraper.
Alors qu'elle devait connaître une hausse de 5% en 2026, la croissance économique du pays pourrait subir une chute de 9% cette année.
Photo: AP
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

En termes de PIB par habitant, le Qatar se hisse fièrement au sommet des pays les plus riches au monde. Or, depuis le début de la guerre, sa croissance exponentielle, largement due à ses exportations d’hydrocarbures, est paralysée. La péninsule semble flotter, vulnérable, dans la zone la plus tendue du conflit, tandis que la fermeture du détroit d’Ormuz la coupe littéralement du monde.

Ainsi que le souligne le «New York Times», le Qatar ne dispose d’aucun oléoduc lui permettant de contourner le détroit, ce qui l’empêche d’exporter du gaz naturel liquéfié (GNL), dont il est l’un des plus grands fournisseurs mondiaux. Sa situation est donc plus critique que celle de ses voisins, dont les Emirats arabes unis, qui possèdent des chemins alternatifs.

À noter qu’une frappe iranienne s’est abattue, début mars, sur le complexe de Ras Laffan industrial city, principal centre de production d’hélium du Qatar. Résultat: le monde se voyait subitement privé d’un tiers de son approvisionnement. Et une puissance dont les gratte-ciel se sont extirpés du sable à une vitesse folle, s’inquiète désormais de perdre le prestige accumulé depuis les années 1990.

Un déclin économique annuel de 9%

Actuellement, le fameux site de Ras Laffan est toujours fermé, entouré de routes bloquées en attente d’un renouveau, alors que la capacité de production de GNL du pays se voit réduite de 17%. Il faudra probablement des années pour mener à bien les travaux de réparation nécessaires.

Le «New York Times» souligne également la présence de grues immobilisées dans le port de Doha, tandis qu’un silence étrange est tombé sur la ville, habituellement foisonnante de vie et d’énergie. La majorité des denrées alimentaires, précédemment transportées par navire cargo, doivent désormais arriver par avion, ce qui s’avère beaucoup plus coûteux, surtout pour un pays qui importe 90% de sa nourriture. Qatar Airways affirme effectivement avoir acheminé 300 tonnes de «biens essentiels», dont des médicaments, du lait infantile et des produits frais, durant les deux premières semaines du mois mars.

Le Fonds monétaire international (FMI) stipule par ailleurs que la croissance économique du pays devrait chuter de presque 9% en 2026, alors que les projections publiées avant le début de la guerre prévoyaient une croissance annuelle de 5 à 6%. Il ne s’agit toutefois que d’hypothèses, puisque les conséquences réelles dépendront largement de la durée du conflit.

L’afflux touristique dans la région s’effondre

Toujours selon le «New York Times», bon nombre de touristes tremblent face au contexte géopolitique, reflété dans les recommandations gouvernementales, qui préconisent la prudence dans la région. De grandes firmes internationales ont également choisi de rapatrier leurs employés, tandis que le World Travel & Tourism Councel estime que le Moyen-Orient perd environ 600 millions de dollars par jour, rien que dans le secteur du tourisme.

La plateforme Oxford economics, quant à elle, prévoit qu’une résolution rapide du conflit aurait limité le déclin du tourisme à 11%. En outre, avec une résolution tardive (soit après deux mois ou plus), la région pourrait perdre environ 38 millions de visiteurs internationaux en 2026, ce qui équivaut à un déclin de 27%.

«Rien de ce qu’on peut voir dans ce pays n’aurait pu exister sans la richesse apportée par le gaz naturel, expliquait Ahmed Helal, directeur à la firme Asia Group, auprès du média américain. C’est pour cela que le Qatar tombe rapidement dans un impossible défi fiscal.»

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