L'homme fort du nouvel ordre
Xi Jinping profite du chaos mondial pour avancer ses pions

Xi Jinping accueille un nombre record de dirigeants à Pékin cette année, consolidant la position incontournable de la Chine sur la scène mondiale. Pendant ce temps, l'Occident perd en cohésion et en influence face à ses erreurs stratégiques.
Cette semaine, Poutine rend visite à Xi. Les Russes dépendent de la Chine.
Photo: IMAGO/APAimages
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Guido Felder

Xi Jinping a toutes les raisons de savourer son moment. A peine Donald Trump avait-il quitté Pékin la semaine dernière que Vladimir Poutine y arrivait mardi. Les deux dirigeants partagent désormais un même constat: dans le grand jeu des rapports de force mondiaux, ils dépendent de plus en plus de la Chine.

La succession de visites diplomatiques dans la Grande Salle du Peuple illustre une réalité devenue évidente: Pékin est aujourd'hui incontournable. Mais Xi Jinping ne doit pas cette position à lui seul. Les politiques imprévisibles de Donald Trump et Vladimir Poutine ont largement contribué à renforcer l'influence chinoise. Le président chinois, lui, avance avec calme et maîtrise.

Humiliation publique

Alors que les Etats-Unis de Donald Trump fragilisent leurs alliances avec des menaces douanières erratiques et que la Russie s’est isolée avec la guerre en Ukraine, Xi Jinping exploite méthodiquement les erreurs des autres puissances. 

Il ne cherche même pas à les humilier publiquement: il les laisse s’enliser seuls. Aujourd’hui, la Chine dicte les prix du pétrole russe, contrôle des chaînes d’approvisionnement stratégiques pour l’Occident et s’est mise en scène, lors du récent conflit iranien, comme le seul garant crédible de la stabilité mondiale. Désormais, ceux qui veulent survivre dans ce nouvel ordre mondial doivent passer par Pékin.

Un partenaire fiable

Simona A. Grano, spécialiste de la Chine à l’Université de Zurich, explique: «Ces dernières années, Pékin a travaillé de manière très ciblée pour se présenter comme une puissance mondiale centrale.» Pour y parvenir, la Chine s’appuie sur des interdépendances économiques étroites, des projets d’infrastructure stratégiques comme la «Belt and Road Initiative» (nouvelle route de la soie) ainsi qu’une communication internationale extrêmement professionnelle. 

Parallèlement, l’ascension mondiale de la Chine est soigneusement mise en scène par le Parti communiste sur le plan rhétorique. «Pékin construit délibérément le récit d’une Chine qui incarne la stabilité, la fiabilité et les partenariats à long terme, en contraste avec un Occident qui paraît de plus en plus polarisé», explique Simona A. Grano.

Cette stratégie séduit particulièrement les pays du Sud global. Là où les Etats-Unis sont souvent perçus comme donneurs de leçons, la Chine propose des investissements à long terme et se présente comme un partenaire d’égal à égal. Mais même en Occident, cette approche gagne du terrain, alimentée par la perte de confiance envers Washington et Moscou.

Affluence chez Xi Jinping

Au cours des 365 derniers jours, un nombre record de dirigeants et de représentants de haut niveau se sont rendus à Pékin. Voici quelques exemples des visiteurs reçus par Xi Jinping et ce qu’ils venaient chercher:

  • Vladimir Poutine, Russie: un soutien essentiel à la survie économique grâce aux exportations de pétrole et de gaz.
  • Donald Trump, Etats-Unis: l’ouverture du détroit d’Ormuz pour sécuriser le commerce pétrolier.
  • Friedrich Merz, Allemagne: obtenir des conditions de marché équitables pour l’industrie allemande et une médiation en Ukraine.
  • Emmanuel Macron, France: protéger les exportations européennes face à la politique douanière américaine.
  • Keir Starmer, Grande-Bretagne: relancer un dialogue économique au point mort.
  • Mark Carney, Canada: diversifier les exportations de matières premières hors des Etats-Unis.
  • Pedro Sánchez, Espagne: stabiliser les relations économiques et attirer de nouveaux investissements.
  • Ursula von der Leyen, Union européenne: accéder au marché chinois et obtenir un soutien dans la guerre en Ukraine.
  • Petteri Orpo, Finlande: renforcer les relations commerciales, les technologies vertes et la concertation face à la menace russe.

La Chine ne tient pas parole

Mais attention! La Chine ne cherche pas uniquement à être un partenaire commercial. Elle poursuit aussi ses propres intérêts géopolitiques, notamment à travers une posture de plus en plus agressive envers Taïwan, le Japon ou encore les Philippines. Simona A. Grano met en garde: «La Chine a prouvé à plusieurs reprises que les intérêts politiques ou stratégiques passent avant les accords conclus auparavant.»

Le meilleur exemple reste Hong Kong. Le règlement de la «Basic Law» devait garantir à la métropole une large autonomie durant 50 ans. Pékin l’a pourtant fortement réduite après seulement 23 ans.

Les mégaprojets de la nouvelle route de la soie sont eux aussi très critiqués. A travers des contrats de crédit opaques, Pékin pousse plusieurs pays pauvres dans un dangereux piège de l’endettement. «Quiconque travaille avec la Chine doit distinguer très précisément les opportunités économiques des dépendances stratégiques», conclut Simona A. Grano.

L'Occident doit réagir

La Chine reste toutefois confrontée à d’importants défis internes. Vieillissement de la population, montagnes de dettes, crise immobilière et faible confiance des consommateurs freinent aujourd’hui son économie.

Simona A. Grano ne pense donc pas que la Chine remplacera seule les Etats-Unis comme unique superpuissance mondiale. Elle estime plutôt que le monde évolue vers un ordre multipolaire. Sa conclusion est claire: «La vraie question n’est pas seulement de savoir jusqu’où ira la Chine, mais aussi si l’Occident saura préserver son unité et son attractivité.»

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