Lorsque les deux plus grandes superpuissances du monde se retrouvent autour d’une table de manière pacifique, cela a de quoi rassurer. De ce point de vue, la visite du président américain dans l’Empire du Milieu peut être considérée comme un succès. Mais pour les Etats-Unis, le bilan est tout autre. Avant son départ en Chine, Donald Trump avait pourtant promis, en fanfare, d’ouvrir une nouvelle ère mondiale. Il n’en sera finalement rien. Ce dernier est apparu inhabituellement docile face à Xi Jinping, qui a dominé son puissant invité du début à la fin.
Il y a un an à peine, lorsque les Etats-Unis avaient brutalement imposé des taxes commerciales à la Chine et que Pékin avait répliqué en suspendant ses exportations de terres rares, les autorités chinoises avaient compris à quel point il était facile de faire sortir le président américain de ses gonds. Le secteur high-tech américain s’était retrouvé au bord du gouffre en quelques jours. Trump avait alors fait marche arrière. Xi Jinping, lui, s’en était amusé.
Le dirigeant chinois a probablement savouré de la même manière la visite de trois jours du président américain. Donald Trump a eu du mal à cacher son admiration pour son hôte. Xi Jinping est un «grand homme», un «ami proche», un «leader fort qui contrôle 1,4 milliard de personnes d’une main de fer». Trump a-t-il déjà couvert un autre dirigeant d’autant d’éloges?
Trump boit pour Xi Jinping
Xi Jinping a répondu aux gestes de soumission de son homologue américain par un sourire diplomatique. Le fait que Trump, qui ne boit jamais d’alcool, ait probablement bu une gorgée de champagne lors du dîner d’Etat pour célébrer son amitié avec Xi Jinping illustre peut-être le lien particulier qu’il pense entretenir avec le dirigeant chinois.
Pourtant, il n’a fait aucune concession sur les dossiers les plus sensibles. Tour d’horizon.
Iran
Dans leurs déclarations, Xi Jinping et Trump se sont accordés sur deux points: maintenir ouvert le détroit d’Ormuz et empêcher Téhéran d’obtenir la bombe atomique. Mais aucun document officiel ne mentionne la pression chinoise sur le régime iranien que Washington espérait obtenir lors du sommet de Pékin.
La Chine achète environ 90% du pétrole iranien. Xi Jinping disposait donc d’un levier important pour pousser Téhéran à faire des concessions, y compris dans l’intérêt américain. Au lieu de cela, Pékin a conclu un accord bilatéral avec les mollahs, quelques jours avant le sommet. Plusieurs pétroliers chinois ont encore traversé le détroit d’Ormuz cette semaine. Il s'agit d'un message géopolitique clair: les Etats-Unis devront gérer seuls le dossier iranien.
Taïwan
Trump n’est toutefois pas tombé dans tous les pièges de Pékin. Il a évité toute déclaration remettant en cause le soutien américain à Taïwan, par exemple en qualifiant le conflit de «problème intérieur chinois» ou en saluant une éventuelle «réunification pacifique».
Mais dès l’ouverture du sommet, Xi Jinping a rappelé que Taïwan restait une ligne rouge dans les relations sino-américaines. Selon lui, un mot de travers pourrait conduire à une «situation extrêmement dangereuse», voire à «un clash ou un conflit».
Donald Trump affirme également avoir longuement discuté avec Xi Jinping d’un éventuel paquet d’armes de 14 milliards de dollars destiné à Taipei. Une démarche qui contrevient clairement à la promesse faite par Washington à Taïwan en 1982 de ne jamais consulter Pékin sur ses accords de défense avec l’île.
Economie
Selon Trump, la Chine prévoirait d’acheter au moins 200 avions Boeing. Pékin ne l’a pour l'heure pas officiellement confirmé. En dehors de cela, peu d’informations ont filtré sur les «fantastiques accords commerciaux» que le président américain assure avoir conclus avec sa délégation record de patrons américains.
Le patron d’Apple Tim Cook, celui de SpaceX Elon Musk ou encore le directeur de Nvidia Jensen Huang: tous étaient présents pour «montrer leur respect» à Xi Jinping, selon Trump. Les CEO, eux, se sont contentés de sourire face aux caméras.
Leur présence souligne surtout que les Etats-Unis ne peuvent plus atteindre leurs ambitions économiques sans la Chine, à la fois immense marché et puissance industrielle incontournable. Après le sommet, Pékin pourrait en outre acheter les puces haut de gamme H200 de Nvidia, considérées comme la Rolls-Royce des semi-conducteurs. Un avantage stratégique supplémentaire pour la Chine, mais un pari risqué pour Washington.
Le cadeau de Xi Jinping en est-il vraiment un?
En résumé, difficile de parler de percée du point de vue américain. Le sommet a accouché de très peu de résultats concrets. Pour de nombreux observateurs américains, le voyage de Trump était à mille lieues des déplacements stratégiques des anciens présidents américains en Chine. Le meilleur exemple reste celui de Richard Nixon chez Mao Zedong en 1972. L'ex-président américain avait alors sorti Pékin de son isolement et creusé un fossé entre la Chine et l’Union soviétique, affaiblissant considérablement Moscou.
Aujourd’hui, le monde n’a pas changé après ce sommet. Trump pense toujours avoir trouvé un «bon ami» en Extrême-Orient. Pékin, lui, semble plus convaincu que jamais de pouvoir manipuler Washington sans difficulté. Boeing pourra vendre ses avions, Nvidia ses puces, et les jardiniers de la Maison Blanche pourront planter les graines de roses offertes par Xi Jinping à son invité.
Reste à savoir si ce cadeau chinois fleurira vraiment en Amérique. En 2025, Trump avait fait recouvrir de pavés l’historique «Rose Garden» de la Maison Blanche. Au moins, là, les épines chinoises ne pourront pas pousser.