En bref
- Andy Burnham, 56 ans, est devenu Premier ministre britannique le 20 juillet 2026, succédant à son prédécesseur travailliste. Député de Makerfield depuis juin, il dirige avec une majorité écrasante de 411 sièges sur 650
- Burnham, Européen convaincu, a voté «Remain» au référendum de 2016 et propose une taxe sur la fortune. Inspiré par les politiques néerlandaises, il a dirigé avec succès le «Greater Manchester» et cré le réseau de transport urbain Bee Network de 2017 à 2026
Il est travailliste. Il succède à un Premier ministre issu de son parti. Il dispose, à la Chambre des communes, d'une majorité écrasante de 411 sièges sur 650. Maire du Greater Manchester voici encore quelques semaines, élu député de la circonscription de Makerfield le 18 juin, Andy Burnham est devenu, ce lundi 20 juillet, à 56 ans, le nouveau locataire du 10 Downing Street, le siège londonien du chef du gouvernement.
Peut-il transformer le Royaume-Uni? La réponse est oui. Au moins sur ces cinq plans, cruciaux en cette période de doutes pour le pays, dix ans après le Brexit.
Un Européen convaincu
Andy Burnham a voté «Remain» («reste ») lors du référendum du 23 juin 2016 sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Point important: cet Européen convaincu parle espagnol et est marié à une Néerlandaise parfaitement francophone. Une partie de son inspiration politique vient des travaillistes néerlandais, où il a résidé plusieurs années.
Burnham a également expérimenté les politiques communautaires au sein du gouvernement de Gordon Brown (2007-2010), dont il fut le ministre de la Santé, puis le numéro deux du Trésor britannique. Il promet, de ce fait, d'être un adversaire virulent du chantre du Brexit, Nigel Farage, dont le parti national-populiste Reform UK est crédité de 26% d'opinions favorables dans les sondages.
Farage lui-même doit affronter une élection législative partielle en août dans son fief de Clacton-on-Sea, dans le sud-est de l'Angleterre, pour avoir accepté une donation non déclarée de plusieurs millions de livres d'un milliardaire des cryptomonnaies exilé en Thaïlande.
Un élu du peuple
Andy Burnham peut-il réconcilier la social-démocratie britannique avec l'électorat populaire de gauche, tenté d'opter pour un vote national-populiste incarné par Reform UK de Nigel Farage? Selon l'ancien ministre Denis MacShane, qui le connaît très bien, la réponse est oui.
«Burnham est issu d'une famille catholique et rend hommage à la doctrine sociale de l'Eglise catholique», estime ce dernier, selon lequel le nouveau Premier ministre défend «une politique qui consiste à aider ceux qui n'ont pas d'argent à accéder à un revenu, à fonder une famille et à vivre dans leur propre logement».
La question du pouvoir d'achat sera au cœur de son action, dans un pays qui commence tout juste à sortir du long tunnel économique post-Brexit. Le taux de croissance du Royaume-Uni était de 1,3% en 2025. La prévision est de 1% pour 2026.
Un homme des territoires
Première rupture d'Andy Burnham avec ses prédécesseurs: il n'est pas diplômé d'Oxford, mais de Cambridge. Et il n'a pas étudié les sciences politiques, mais la littérature.
Denis MacShane y voit un signe: «Les diplômés d'Oxford en PPE sont de brillants jeunes hommes et femmes qui travaillent pour des cabinets de conseil en management, des instituts de politique publique, l'administration gouvernementale et les grands médias de l'establishment comme la BBC, le Financial Times ou The Economist. Mais, depuis l'époque de Shakespeare, l'Angleterre est façonnée par ses mots, sa littérature et sa poésie.»
Autre atout: son long passage à la tête du Greater Manchester (2017-2026), où il a mis en place avec succès un réseau de transports urbains, le Bee Network. Andy Burnham n'en pouvait plus de la politique londonienne, après avoir brigué à deux reprises la direction du Labour.
Un social-démocrate résolu
«Burnham est un homme politique social-démocrate classique, comme on en trouve en Europe du Nord, peut-être comparable à Helmut Schmidt, qui fut maire de Hambourg – le Manchester de l'Allemagne – avant de devenir chancelier fédéral», juge Denis MacShane.
Le cœur de son action politique consiste à promouvoir un modèle économique fondé sur le partenariat avec les dirigeants du monde des affaires et de la finance afin de lancer de nouvelles entreprises, construire de nouveaux logements et doter sa ville du meilleur réseau de transports publics de Grande-Bretagne.
Il souhaite instaurer un impôt sur la fortune. Un exemple souvent cité à son propos est celui du Premier ministre néerlandais Wim Kok, en fonction de 1994 à 2002.
Plus crédible sur l'immigration
Son dossier le plus explosif sera celui de l'immigration massive, dont le rejet par les électeurs alimente Reform UK ainsi que le mouvement d'extrême droite de l'ancien hooligan Tommy Robinson. Sur cette question et sur le communautarisme musulman, Keir Starmer, juriste et ancien magistrat, n'était pas jugé crédible.
Près de quatre millions d'immigrés venus d'Asie et d'Afrique sont arrivés au Royaume-Uni ces dix dernières années, après que le conservateur Boris Johnson a fermé les portes aux travailleurs européens. Le problème est que le gouvernement britannique, désormais isolé, manque de moyens.
Le 22 avril 2026, la France et le Royaume-Uni ont annoncé avoir signé un nouvel accord prolongeant de trois ans le traité de Sandhurst, destiné à limiter les traversées illégales vers les côtes britanniques. Londres versera 580 millions d'euros afin de renforcer le dispositif de contrôle dans le nord de la France. A cette somme s'ajouteront 161 millions d'euros destinés à financer de nouvelles actions, en fonction de leur efficacité dans la prévention des traversées.