C’est fait. Keir Starmer a lourdement perdu. Et Nigel Farage exulte. La raison? Un tiers des postes d’élus en lice lors des élections locales de ce jeudi 7 mai au Royaume-Uni ont été remportés par le Reform UK, le parti national-populiste de Farage, le chantre du Brexit, crédité dans les sondages d’une possible victoire aux prochaines législatives!
Le Premier ministre travailliste britannique, qui dispose toujours d’une très confortable majorité à la Chambre des communes depuis les élections du 4 juillet 2024 (411 sièges sur 650), se retrouve donc plus affaibli que jamais, au point que sa démission est souvent évoquée. Et cela, au moment où son rival historique, le Parti conservateur, apparaît en lambeaux, quasi remplacé dans les urnes par le Reform UK, et talonné par les deux autres partis qui tirent leur épingle de la colère ambiante. D’un côté les centristes libéraux-démocrates. De l’autre les écologistes, affairés à récupérer l’électorat de la gauche radicale, très sociale et pro-palestinienne, avec leur nouveau leader, Zack Polanski.
La leçon à en tirer, dix ans après le référendum sur le Brexit du 23 juin 2016, ne concerne pas que Keir Starmer, englué dans le scandale Epstein, avec sa décision funeste de nommer en février 2025 comme ambassadeur à Washington un ami du milliardaire pédocriminel: l’ex-commissaire européen Peter Mandelson. Elle vaut pour le pays entier et se résume en une phrase douloureuse: le Royaume-Uni de 2026 est l’homme malade de l’Europe.
Immigration et communautarisme
Malade, parce que le débat politique y est miné par les divisions sur l’immigration et le communautarisme musulman. Malade, parce que l’économie britannique, qui devait profiter de la sortie de l’Union européenne grâce à des accords de libre-échange tous azimuts, ne donne aucun signe de redressement de nature à rendre jaloux ses voisins européens. Malade, parce que ses infrastructures publiques continuent de se détériorer. Malade, enfin, parce que même ce symbole qu’est la Royal Navy, sa marine de guerre qui a forgé son histoire, est en piètre état, incapable de prendre la direction, avec la France, d’une future opération navale européenne dans le Golfe persique.
Cette maladie britannique a un nom: l’aveuglement. Oui, le Royaume-Uni s’est, depuis le vote du Brexit, comporté comme un aveugle. Incapable de comprendre que sa place financière, rivale de la Suisse, la City, sortirait perdante face au poids commercial et bancaire de l’UE. Aveugle sur ses compromissions passées avec les oligarques russes de «Londoingrad», désormais bannis du territoire européen à cause de la guerre en Ukraine. Trop convaincu, surtout, que les États-Unis demeureront, quoi qu’il advienne, un allié et un parrain infaillible. Oublieux du fait, enfin, que face à la concurrence chinoise, seules les coopérations industrielles et technologiques avec le continent peuvent lui permettre de se tirer d’affaire.
Cet aveuglement n’est pas le produit du Brexit. La volonté de divorcer avec l’Union européenne a eu d’autres moteurs, en particulier la question des frontières et de l’immigration. Ce qui a manqué, depuis le référendum de 2016, est une réconciliation entre les deux Royaume-Uni. Le premier, celui des classes populaires, attend toujours d’être soutenu, épaulé, réindustrialisé par un État britannique en quasi-faillite. Le second, celui des classes moyennes supérieures et de l’élite, continue de rêver d’une mondialisation «Made in Britain», qui ne se matérialise pas. Ces deux pays s’illusionnent, otages l’un comme l’autre des mauvais vents politiques et d’une planète déboussolée par Donald Trump.
«Get Starmer Out!»
Keir Starmer est arrivé au pouvoir parce que les «Tories» avaient épuisé le Royaume-Uni à force d’engagements non tenus et de scandales à répétition. Il se retrouve piégé par son absence de résultats. Conséquence: la machine à promesses y est repartie à grande vitesse et le dégagisme sur lequel surfent les nationaux-populistes du Reform UK fonctionne à plein.
L’homme malade de l’Europe n’arrive pas à sortir de sa convalescence entamée il y a dix ans, lorsque le «Yes» au Brexit l’a emporté à 52%. Le virus du «Get Starmer Out!», le slogan de Nigel Farage durant ces élections locales, témoigne d’abord de l’inefficacité chronique des thérapies employées jusque-là.