Démission au 10 Downing Street
Comment le Brexit a aussi tué Keir Starmer le travailliste

Le Premier ministre britannique vient d'annoncer sa démission ce lundi 22 juin. Pile la veille du 10e anniversaire de la victoire du «Leave» au référendum sur le Brexit. Tout un symbole.
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Dix ans pile après le référendum sur le Brexit, Keir Starmer a annoncé sa démission lundi 22 juin.
Photo: AP Photo/Omar Havana
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Richard WerlyJournaliste Blick

La page est tournée pour Keir Starmer. En annonçant sa démission ce lundi 22 juin, après deux ans au 10 Downing Street, le Premier ministre britannique a anticipé le dixième anniversaire du vote qui a tout changé au Royaume-Uni: à savoir la victoire du «Leave» (quitter) au référendum du 23 juin 2016 sur l’appartenance du pays à l’Union européenne. Ce jour-là, 52% des électeurs britanniques avaient répondu «Non» à la question: «Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l’UE ou la quitter?»

Keir Starmer, alors député à la Chambre des communes, s’était opposé à ce divorce, puis avait fait campagne pour un second référendum. En vain. Dix années de convulsions politiques se sont ensuivies, marquées notamment par l’ascension fulgurante du parti Reform UK du chantre du Brexit, le national-populiste Nigel Farage.

Pourquoi Keir Starmer est-il l’ultime victime du Brexit, après les Premiers ministres conservateurs successifs Theresa May (2016-2019), Boris Johnson (2019-2022), Liz Truss (du 6 septembre au 29 octobre 2022) et Rishi Sunak (octobre 2022-juillet 2024)? Pourquoi le leader du Parti travailliste a-t-il décidé de jeter l’éponge, alors que sa formation détient plus de 400 sièges sur les 650 de la Chambre des communes depuis les élections législatives anticipées du 4 juillet 2024?

Manque de charisme

La réponse tient en trois éléments: le manque de charisme et d’autorité du Premier ministre travailliste, les problèmes économiques en cascade depuis le référendum sur le Brexit et l’incapacité des gouvernements successifs à tenir leur promesse de «Take Back Control» («reprendre le contrôle»), notamment en matière d’immigration.

Un dernier point illustré par les récentes émeutes de Belfast, en Irlande du Nord, lorsqu’une vague de protestation violente s’est abattue sur la ville le 9 juin 2026, à la suite d’une attaque au couteau commise la veille par un immigré soudanais. Les villes de Glasgow, Edimbourg et Southampton se sont, dans la foulée, retrouvées plongées à leur tour dans des émeutes.

L’homme qui tient la corde pour remplacer Keir Starmer vient, il y a quelques jours, d’effectuer son retour à la Chambre des communes. Député travailliste de 2001 à 2016, Andy Burnham était maire du Grand Manchester depuis 2017, après avoir occupé plusieurs postes ministériels dans les gouvernements de Gordon Brown, le successeur de Tony Blair.

C’est dans cette grande ville située à 260 kilomètres au nord de Londres que cet élu, entré au Labour Party par le syndicalisme, a acquis une stature nationale en plaidant pour une politique économique plus redistributive et en menant bataille contre les thèses national-populistes du parti Reform UK, ainsi que contre les agissements de l’ex-hooligan islamophobe Tommy Robinson.

Burnham, âgé de 56 ans, est considéré comme davantage capable de lutter contre cette opposition d’extrême droite grâce à sa capacité à parler aux classes populaires, ce que n’arrivait pas à faire Keir Starmer, juriste, avocat des droits de l’homme et ancien procureur de la Couronne.

Convulsions économiques

La responsabilité du Brexit et des convulsions économiques qui ont suivi au Royaume-Uni n’est pas le seul motif du départ de Keir Starmer. Ce dernier paie également, politiquement, deux scandales qui ont secoué son pays depuis deux ans.

Le premier est celui des «grooming gangs», concernant les défaillances des institutions britanniques dans la lutte contre l’exploitation sexuelle d’enfants par des groupes organisés, très implantés dans certaines communautés, notamment pakistanaises.

Un audit national sur l’exploitation sexuelle d’enfants a été publié en 2025, entraînant le déclenchement d’une enquête nationale sur le sujet, incluant l’examen du rôle éventuel des auteurs selon leur origine ethnique. Une bombe politique utilisée par tous les adversaires de l’immigration massive.

Le second scandale est celui provoqué au Royaume-Uni par l’affaire Epstein aux Etats-Unis et le rôle joué aux côtés du milliardaire pédocriminel américain par l’ancien ministre britannique et commissaire européen Peter Mandelson, nommé ambassadeur à Washington par Keir Starmer en février 2025.

L’intéressé, surnommé le «prince noir» de la politique britannique, a dû être relevé de ses fonctions en novembre 2025, après la publication de photographies le montrant aux côtés de jeunes femmes exploitées sexuellement par Jeffrey Epstein. Bien qu’homosexuel, Peter Mandelson faisait partie du réseau sur lequel des millions de documents ont été mis en ligne par le Département américain de la Justice.

Déstabilisation liée au Brexit

Le Brexit, en revanche, a profondément déstabilisé le Royaume-Uni. En 2025, le pays a affiché une croissance économique de 0,9%, bien éloignée des promesses des «Brexiters». Le Service national de santé, le fameux NHS, n’a pas du tout été remis sur pied après le divorce avec l’Union européenne.

Et la guerre en Ukraine, dans laquelle Londres s’est engagé aux côtés de Kiev, a, dans les faits, rapproché le pays de ses anciens partenaires européens, en particulier sur les questions de défense. Entré en vigueur fin janvier 2020 après quatre années de rudes négociations, l’accord final sur le Brexit n’a fait qu’alimenter la polémique sur le bien-fondé de cette séparation.

Retour au sein du bloc européen

Selon les derniers sondages, les deux tiers des citoyens de l’Union européenne se déclareraient favorables à un retour du Royaume-Uni au sein du bloc européen, tandis qu’une majorité d’électeurs britanniques estiment que le Brexit a eu des effets négatifs sur les sujets qui les préoccupent et souhaitent un rapprochement avec l’UE, y compris sous des formes d’intégration — comme la libre circulation des personnes — longtemps considérées comme politiquement toxiques.

Au Royaume-Uni, les électeurs britanniques font état d’effets négatifs sur le coût de la vie (66%), l’économie (65%), les perspectives offertes aux jeunes (57%) et l’immigration illégale (56%). Fait particulièrement frappant: même parmi les personnes ayant voté en faveur du Brexit, 58% estiment que celui-ci a aggravé la situation en matière d’immigration illégale – un sujet qui se trouvait pourtant au cœur de la campagne référendaire.

L’institut ECFR (European Council on Foreign Relations) ajoute que, lorsqu’on leur demande quels sont les principaux bénéfices du Brexit, la réponse la plus fréquente des Britanniques, et de loin, est: «Je ne sais pas». La deuxième réponse la plus citée est: «Aucun des éléments proposés.»

Autrement dit, le Brexit est largement perçu comme ayant causé des dommages réels sans bénéfice clairement identifiable. Résultat: 75% des personnes interrogées souhaitent une forme de relation plus étroite avec l’UE, contre seulement 8% qui souhaitent au contraire un éloignement accru.

Même parmi les électeurs favorables au Brexit, l’écart reste significatif: 66% souhaitent un rapprochement avec l’Union européenne, contre 15% qui préfèrent une relation plus distante.

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