Avant les élections en Allemagne de l'Est
La Russie intensifie sa guerre hybride et l'AfD pourrait en profiter

L'Allemagne a été secouée par une série d'attaques à la veille d'élections régionales cruciales. La vulnérabilité manifeste du pays frappe le chancelier Friedrich Merz au pire des moments.
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Ulrike Franke, experte en sécurité, observe avec inquiétude l'escalade de la guerre hybride russe.
Photo: imago/teutopress

En bref

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  • Une montée en puissance du parti d'extrême droite AfD est attendue aux élections régionales de Saxe-Anhalt ce dimanche, où il pourrait dépasser 40% des voix. Parallèlement, l'Allemagne accuse la Russie d'une série d'attaques hybrides, incluant un drone à Leipzig et des sabotages d'infrastructures critiques.
  • Les services de renseignement occidentaux signalent une intensification des actions de déstabilisation par la Russie, en lien avec la guerre en Ukraine et les élections dans l'est de l'Allemagne. Moscou est soupçonné de manipuler des militants pour orchestrer ces attaques.
  • Selon les derniers sondages, l'AfD pourrait obtenir la majorité absolue en Saxe-Anhalt, avec un impact national potentiel. La Russie pourrait bénéficier d'une victoire de l'AfD, exacerbant les tensions internes en Allemagne à un moment critique.
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Annalena Müller

L'Allemagne retient son souffle et tourne son regard vers l'est: ce dimanche, un nouveau dirigeant sera élu dans le Land de Saxe-Anhalt. Une victoire électorale du parti d'extrême droite AfD est quasi certaine. Et encore plus à l'est, au Kremlin, le dirigeant russe Vladimir Poutine mise sur l’escalade dans sa guerre hybride contre l’Occident.

«Oui, la Russie est en guerre hybride contre l’Allemagne et l’Europe», affirme sans détour Ulrike Franke, experte en sécurité au Conseil européen des relations étrangères. «L’escalade de ces derniers jours n’est pas le fruit du hasard, mais est directement liée à la situation en Ukraine et aux élections dans l'est de l'Allemagne.» La politologue n’est pas la seule à partager cette analyse.

Mise en garde des services de renseignement

Plus de quatre ans après le début de son agression, la Russie ne parvient pas à progresser en Ukraine. Dans le même temps, sur le plan intérieur, Vladimir Poutine ne peut se permettre de retirer ses troupes ni de geler la ligne de front. Les services secrets occidentaux mettent donc en garde depuis un certain temps contre une escalade sur d’autres fronts. C’est pourquoi le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu à Moscou la semaine dernière, dans le but de dissuader la Russie de procéder à une telle escalade. 

Du point de vue allemand, le bilan du voyage de John Ratcliffe s’avère des plus décevants après une semaine marquée par une série de déstabilisations sans précédent.

Depuis que Berlin a imputé mardi dernier à la Russie la responsabilité de l’attaque par drone contre l’aéroport de Leipzig, les tentatives d'intimidation s'enchaînent. Parmi celles-ci, on dénombre pas moins de quatre attaques contre des transformateurs électriques, un incendie criminel visant deux groupes d’armement dans une banlieue de Munich jeudi, ainsi qu’une cyberattaque menée par un groupe de hackers, au cours de laquelle des données sensibles ont été mises en ligne après le refus de Berlin de payer une rançon.

Plusieurs attentats en Allemagne

A Munich, les autorités ont pu arrêter deux Bulgares qui entretiendraient vraisemblablement des liens avec la Russie. Au sujet des attaques contre le réseau électrique, leur origine reste floue, même si des revendications de leur auteur présumé évoquent des raisons écologiques. On ignore pour le moment s’il en est le seul responsable. Moscou n’en serait toutefois pas à son coup d’essai en matière de manipulation de militants. Le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a d'ailleurs explicitement évoqué, lors d’une conférence de presse vendredi soir, la possibilité d’un «sabotage orchestré par un Etat étranger».

Pour Ulrike Franke, il est plausible que Moscou ait joué un rôle dans cette série d'incidents: «La fréquence des attaques hybrides en Europe, dont nous soupçonnons la Russie d’être à l’origine, s’est accrue ces dernières semaines.» De nombreuses attaques ont en effet visé des usines d’armement dans toute l’Europe durant le mois d’août. Mais la nature même de la guerre hybride fait que les preuves formelles permettant d'attribuer une responsabilité restent extrêmement rares. «La découverte du drone à Leipzig est une exception absolue», précise l'experte, pour qui l’incertitude et le fait de semer la peur constituent un élément stratégique dans ces attaques. 

Le moment choisi pour cette escalade sur le sol allemand est particulièrement malvenu pour le gouvernement fédéral, dont la faiblesse est mise en évidence à la veille des élections en Saxe-Anhalt. Ces derniers jours ont montré qu’il était incapable de protéger les infrastructures critiques et l’industrie du pays. Une tactique perfide qui permet de «mener des quasi-attentats avec peu d’efforts et provoquer un sentiment massif d’insécurité au sein de la population», poursuit Ulrike Franke.

L’AfD en profitera-t-elle?

L’AfD pourrait en tirer profit. Son succès repose essentiellement sur trois facteurs: le rejet de l’immigration, la méfiance croissante de nombreux Allemands envers les responsables politiques en place et la promesse du parti de tout changer. Ces attaques pourraient influencer les électeurs encore indécis, qui étaient jusqu’à présent rebutés par le fait que les services secrets intérieurs allemands classent l’AfD comme un parti d’extrême droite et anticonstitutionnel. En matière de politique étrangère, l’AfD suit une ligne similaire à celle de l’UDC et prône la neutralité vis-à-vis de la Russie, la fin des livraisons d’armes à l’Ukraine et des négociations entre les parties belligérantes. Ceux qui voient d’un œil critique l’engagement allemand en Ukraine et espèrent que la Russie laissera l’Allemagne tranquille si elle se retire pourraient voter pour l’AfD après cette semaine mouvementée.

Une victoire de l’AfD aux élections régionales de dimanche est considérée comme certaine. Les derniers sondages placent le parti à plus de 40% des voix. Il n’est toutefois pas certain qu’il puisse former un gouvernement, car tous les autres partis excluent une coalition. L’AfD a toutefois la majorité absolue à portée de main afin de faire une entrée fracassante au Parlement régional de Magdebourg.

Un gouvernement aux mains de l'AfD serait tout à fait dans l’intérêt de la Russie, estime Ulrike Franke. Une direction régionale d’extrême droite et les transgressions des tabous auxquelles il faut s’attendre aggraveraient encore les tensions dans le pays. Au niveau national, cela contribuerait probablement à faire fondre encore davantage le soutien déjà maigre dont bénéficie le chancelier Friedrich Merz. D’autant plus qu’une victoire en Saxe-Anhalt pourrait n’être qu’un début: dans deux semaines, deux autres Länder voteront également. A Berlin, l’AfD devrait doubler son score par rapport aux dernières élections et, en Mecklembourg-Poméranie occidentale, elle devrait devenir le premier parti.

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