Son parti AfD donné victorieux
Cet Allemand est-il l'homme le plus dangereux d'Europe?

L'Alternative für Deutschland, le parti d'extrême droite allemand, peut l'emporter dimanche en Saxe Annhalt et gouverner seul cet ancien länder de l'est. Son leader Ulrich Sigmund fait rembler l'Europe. A juste titre?
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Ulrich Sigmund est le leader du parti d'extrème droite allemand AfD dans le Länder de Saxe Annhalt où l'on vote ce dimanche.
Photo: AP Photo/Markus Schreiber
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

C'est le grand magazine allemand Der Spiegel qui pose la question. En couverture. Ulrich Siegmund, né le 25 octobre 1990, est-il l'homme le plus dangereux d'Europe? Dangereux sur le plan politique, car c'est bien de l'accession au pouvoir de son parti d'extrême droite, l'AfD (Alternative für Deutschland), qu'il s'agit.

Si les sondages se confirment ce dimanche dans le Land de Saxe-Anhalt, à l'est de l'Allemagne, où se déroule une élection très suivie, l'AfD dirigera le gouvernement dans cette région de deux millions d'habitants, dont la capitale est Magdebourg. Avec, à coup sûr, un effet d'entraînement en Europe à quelques mois de l'élection présidentielle française de mai 2027, pour laquelle la favorite se nomme aujourd'hui Marine Le Pen.

La date de naissance du politicien allemand est révélatrice. Ulrich Siegmund, ancien patron d'une petite entreprise spécialisée dans les parfums d'intérieur, a vu le jour le même mois que la réunification de l'Allemagne. C'est le 3 octobre 1990 que la RDA, l'Allemagne communiste aux ordres de l'ex-URSS, a cessé d'exister.

A l'époque, ce pays avait deux symboles: la voiture Trabant, disparue depuis pour devenir véhicule de collection, et la mobylette Simson, dont le leader de l'AfD, parti nationaliste et anti-migrants, a fait sa mascotte. Dans tous les meetings, la Simson est présente et des répliques pétaradent autour de la scène. Une façon d'entretenir cette «Ostalgie», la nostalgie de l'Est, qui continue de flotter sur la Saxe-Anhalt.

Danger pour l'Europe

Pourquoi, dans ces conditions, considérer le leader régional de l'AfD comme un danger pour l'Europe, alors que le fils de sa compagne est métis et qu'il affirme accepter les immigrants s'ils ne sont pas des délinquants et des «ennemis» intérieurs de l'Allemagne? La réponse tient dans le poids politique de son parti au niveau national. En Saxe-Anhalt, l'AfD est créditée de 42% des intentions de vote, contre seulement 22% pour la CDU, le parti chrétien-démocrate du chancelier Friedrich Merz, au pouvoir depuis février 2025.

Si ces estimations se confirment, ce score sera le double de celui des dernières élections locales et permettrait à la formation, qui compte dans ses rangs des néonazis revendiqués, d'exercer seule le pouvoir. Or, en Allemagne, l'AfD, arrivée en deuxième position aux législatives voici deux ans, est aujourd'hui créditée de 28%. Ce qui, en cas de scrutin anticipé, la placerait en pole position pour prendre la tête du gouvernement fédéral.

La suite est logique, selon Der Spiegel. Si l'AfD triomphe ce dimanche en Saxe-Anhalt, sur fond de meetings populaires «bon enfant», après avoir réussi à dissimuler son passif pro-nazi et à faire taire les plus extrémistes de ses membres, la route électorale lui sera ouverte. Un symbole d’autant plus fort que la fédération AfD de Saxe-Anhalt est classée comme force d'«extrême droite avérée» par l’Office régional allemand de protection de la Constitution.

En France, où le Rassemblement national garde ses distances avec ce parti, qui ne siège pas à ses côtés au Parlement européen dans le groupe des «Patriotes pour l'Europe» présidé par Jordan Bardella, l'avertissement serait évident. Tous les sondages, pour rappel, donnent désormais Marine Le Pen victorieuse au second tour de la présidentielle de 2027, six mois avant ce scrutin décisif qui désignera le futur locataire de l'Élysée.

Le choc de dimanche

En Allemagne, première puissance économique européenne et leader incontesté de la zone euro, le choc de dimanche pourrait être tout aussi majeur. Toute une partie du patronat hésite sur l'attitude à suivre, et une victoire en Saxe-Anhalt pourrait inciter le secteur privé à regarder davantage du côté de la dirigeante nationale de l'AfD, l'ex-banquière Alice Weidel, mariée à une Suissesse d'origine sri-lankaise.

L’Institut français des relations internationales (Ifri) note que ce parti a atteint environ 20% lors de récents scrutins dans des Länder occidentaux comme le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat. L’Est demeure cependant son bastion: aux législatives de 2025, l’écart entre l’Est et l’Ouest atteignait encore une vingtaine de points. Une victoire dimanche confirmerait donc une double dynamique: domination à l’Est et implantation croissante à l’Ouest.

L'autre enjeu européen est celui de l'isolement, ou non, de l'extrême droite. Pour l'heure, les autres grands partis allemands, CDU, SPD (social-démocrate), Verts et Die Linke (gauche radicale), refusent de gouverner avec l'AfD. Mais comment tenir cette ligne si le parti se banalise et caracole en tête?

La question, déjà posée au niveau européen par la victoire de Giorgia Meloni en Italie en 2022, sera encore plus aiguë pour la droite traditionnelle allemande. Les conservateurs, mal placés dans les sondages en raison de l'impopularité de Friedrich Merz, doivent-ils maintenir leur refus de coopérer avec l’extrême droite et chercher d'introuvables compromis avec Die Linke, la gauche radicale ? Là aussi, le cas de la France est dans le collimateur.

Une image plus moderne

Dernier sujet, enfin: l'incarnation de l'extrême droite au niveau européen. Giorgia Meloni a réussi à stabiliser l'Italie. Marine Le Pen a «dédiabolisé» le Rassemblement national. En Allemagne, Ulrich Siegmund, 35 ans, cherche à donner au parti une image moderne et plus accessible, notamment sur les réseaux sociaux, tout en conservant un programme très à droite, avec pour objectif majeur la réduction de l’immigration et la remigration.

Plus important encore, alors que le mouvement MAGA américain de Donald Trump regarde vers l'Europe et investit de l'argent dans la campagne des partis nationaux-populistes (Elon Musk est intervenu plusieurs fois en visioconférence pour soutenir Alice Weidel), l’AfD veut utiliser les compétences du Land de Saxe-Anhalt pour agir sur l’école, la culture, les médias publics et la politique mémorielle.

Sa volonté? Promouvoir une conception ethno-nationale de l’identité allemande et réduire la place centrale accordée aux crimes du national-socialisme dans l’enseignement de l’histoire. Une prise de pouvoir ferait ainsi de cette région un «laboratoire» politique, susceptible de fournir à l’AfD un modèle reproductible ailleurs. Avec, comme prochaines étapes, les élections du 20 septembre en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où l’AfD est créditée d’environ 37%, ainsi qu’à Berlin, où elle progresse également.

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