Marine Le Pen se retrouvera, ce 7 juillet, dans une position inédite dans l'histoire de la République française. Quel que soit le jugement de la cour d'appel de Paris dans l'affaire de détournement de fonds publics du Parlement européen par le Rassemblement national entre 2004 et 2016, celle qui a déjà été trois fois candidate à la présidence de la République devra son salut ou son exécution politique à l'application de lois qu'elle a elle-même approuvées. C'est en effet au nom d'une République intègre que le tribunal se prononcera sur les délits de «détournement de fonds publics» reprochés à dix prévenus, ainsi qu'au parti national-populiste. Un délit passible, au maximum, de dix ans de prison et d'un million d'euros d'amende.
Quel que soit le jugement, la cheffe des députés RN à l'Assemblée nationale fera donc face à une situation sans précédent. Se présenter de nouveau à l'élection présidentielle d'avril-mai 2027 ne sera possible, pour la fille de Jean-Marie Le Pen, que si la peine est sensiblement réduite et que les juges refusent d'interférer dans le processus démocratique. Pas simple. Et lourd à porter. A l'inverse, une interdiction de se présenter la transformerait en «martyre» de la République, tout en lui ôtant sa meilleure chance d'accéder à l'Elysée. Frustrant et rageant.
Pour l'heure, quatre obstacles sont en revanche assurés de rester dressés sur la route présidentielle de Marine Le Pen, ou sur celle de Jordan Bardella si celui-ci la remplace.
L'obstacle de l'éthique
Marine Le Pen ne sera pas relaxée par les juges. C'est impensable au vu des faits commis et des détournements de fonds publics avérés. Son parti, le Front national puis le Rassemblement national, a utilisé à grande échelle des assistants parlementaires du Parlement européen pour des tâches nationales, ce qui était clairement prohibé par les règles de l'assemblée de Strasbourg. La cheffe des députés RN sera donc condamnée et elle devra porter sa peine comme une croix tout au long de sa campagne, face aux autres candidats. Dans presque tous les sondages, les Français soulignent l'importance de l'honnêteté pour exercer la fonction présidentielle. Alors?
L'obstacle de la justice
Il n'y a pas de guerre, en France, entre les juges et Marine Le Pen. La situation n'est pas comparable à celle qui oppose les magistrats à l'ancien président Nicolas Sarkozy, plusieurs fois jugé et condamné dans des affaires politico-financières. Reste que concourir à la présidence de la République, c'est aspirer à devenir le garant de la justice républicaine. Le seul scénario où Marine Le Pen échapperait au doute serait celui d'une relaxe totale. Or elle est difficilement imaginable. L'un des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) se retrouve de facto en butte à son aspiration présidentielle.
L'obstacle du clan Le Pen
L'un des enjeux de la présidentielle de 2027, pour Marine Le Pen, est le passage de flambeau à son dauphin Jordan Bardella. Soit elle lui cède la candidature parce que la peine infligée par les juges l'oblige à ne pas se présenter. Soit elle se présente, mais devra lui trouver une place, au détriment du clan Le Pen. C'est la première fois que ce scénario se produit. Le RN, parti hier largement associé au nom de Jean-Marie Le Pen, n'est toutefois plus le même. La normalisation de ce parti national-populiste a permis l'ascension de «Jordan».
L'obstacle de la fatigue
Marine Le Pen ne le dit pas, mais ce procès en appel l'a épuisée. La cheffe du RN a tout tenté pour convaincre les juges qu'elle n'a pas sciemment couvert des détournements de fonds publics. Elle a bataillé, et les juges l'ont partiellement entendue, puisque le procureur auprès de la cour d'appel a réclamé quatre ans de prison au lieu de cinq en première instance. La question, bien sûr, est celle de la peine d'inéligibilité et du port, ou non, d'un bracelet électronique. Même si elle peut se présenter, Marine Le Pen démarrera sa quatrième campagne présidentielle (après 2012, 2017 et 2022) sur les rotules.