Il le confirmera sans doute lors de son prochain passage à «L’Heure de vérité». Depuis que la rumeur a fait surface, Jordan Bardella multiplie en effet les démentis, et son invitation imminente à l’émission présidentielle de France 2 lui permettra d’en reparler. Non, le jeune président du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) ne nommera pas, s’il est élu président de la République, l’animateur Cyril Hanouna à la tête de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel.
L’information a été publiée par Mediapart et depuis, elle crée le remue-ménage au sein du RN, mais aussi dans la classe politique française: un bateleur à la tête de l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique)? La France ne se couvrirait-elle pas de ridicule?
Jordan Bardella a eu raison de démentir très vite, tout comme l’a fait Cyril Hanouna, dont le nom circule aussi comme candidat surprise possible à l’élection présidentielle française de mai 2027. «C'est une vanne, c’est sûr!», a répliqué ce dernier à Mediapart, interrogeant: «Vous me voyez à la tête de l’Arcom?».
Reste l’explication probable de cette rumeur: la proximité entre les deux hommes est établie. Et Jordan Bardella, qui a fait récemment la couverture de «Paris Match» avec sa compagne Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, est désormais dans le collimateur des médias à propos de ses intentions élyséennes.
Le rendez-vous du 7 juillet
L’eurodéputé, président du groupe des «Patriotes européens» au Parlement de Strasbourg, saura le 7 juillet s’il est, ou non, sur la ligne de départ pour la présidentielle, où il retrouvera les candidats déjà déclarés Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale), Edouard Philippe (centre droit) et Bruno Retailleau (droite). Ce jour-là, en effet, Marine Le Pen sera jugée en appel dans l’affaire de détournements de fonds publics du Parlement européen. Si sa peine d’inéligibilité de cinq ans, prononcée en première instance, est confirmée, elle ne pourra pas se représenter une quatrième fois à la présidence de la République.
Dans cette position d’attente, l’héritière du clan Le Pen redoute toutefois tout ce qui pourrait affaiblir son camp. Or, selon son entourage, l’offensive «people» de Jordan Bardella, ainsi que son association supposée avec Cyril Hanouna, ne sont pas de bonnes nouvelles. La preuve? Les conseillers de Marine Le Pen multiplient ces jours-ci les notes à son intention sur la prochaine invitation de Bardella à l’émission politique que France 2 veut relancer: «L’Heure de vérité».
Dans les années 1980 et 1990, ce programme dominait la scène politique. En 1984, le passage de Jean-Marie Le Pen en «prime time», dans «L’Heure de vérité», avait symbolisé l’arrivée du Front national (devenu depuis RN) au premier plan. Pas question, dès lors, de galvauder le sérieux du futur candidat du Rassemblement national en y associant l’animateur de «Tout beau, tout neuf» (TBT9) sur la chaîne M6+. «Cyril Hanouna fait un mal terrible à la politique. Il ne faut surtout pas l’oublier», répète l’historien Jean Garrigues, auteur de «La République des traîtres» (éd. Tallandier).
Le rôle de Vincent Bolloré
L’autre inquiétude suscitée, au sein du Rassemblement national, par le tandem Bardella-Hanouna porte sur le rôle du milliardaire Vincent Bolloré. L’homme d’affaires breton, résolument installé à droite de l’échiquier politique, a veillé sur la carrière de Cyril Hanouna, dont sa chaîne de divertissement C8 diffusait l’émission, avant que l’Arcom décide de ne pas renouveler sa fréquence le 1er mars 2025.
Or, Bolloré et son groupe médiatique (Hachette, dont l’éditeur Grasset, au centre d’une controverse après le licenciement annoncé de son directeur Olivier Nora ; Le Journal du Dimanche, la chaîne CNews…) préfèrent Bardella à Le Pen. Le premier est plus libéral. Il est plus proche du patronat, qu’il a encore récemment rencontré lors d’un déjeuner le 20 avril. Il est beaucoup plus compatible avec la droite radicale du midi de la France. Marine Le Pen, elle, représente l’aile sociale du parti. Son bastion est l’ex-bassin minier du Pas-de-Calais, où elle est élue. Pas de quoi ravir un capitaliste invétéré comme Bolloré.
Bardella-Hanoun : ce tandem, assuré de faire fureur sur les réseaux sociaux, pourrait donc, malgré les sondages, faire naufrager le parti. Selon une enquête de l’institut Toluna Harris Interactive tout juste publiée, Jordan Bardella obtiendrait 34 ou 35% des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, Marine Le Pen 32 ou 33%. Ils sont tous deux très loin devant leurs adversaires potentiels.
Cyril Hanouna, en revanche, divise beaucoup plus. Selon l’Ifop, seuls 10% des Français se déclarent disposés à voter pour lui lors de la prochaine présidentielle, avec une forte aversion des électeurs de gauche et du centre: 4% seulement des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 7% de ceux d’Emmanuel Macron seraient prêts à voter pour lui. Pour résumé: l’animateur divise bien plus qu’il ne rassemble. Il symbolise aussi un manque de crédibilité qui, déjà, fait cruellement défaut au jeune candidat Bardella. Le Rassemblement national aurait donc beaucoup à perdre s’ils décident de faire équipe.