L'extrême droite a des chances de l'emporter
En voulant barrer la route à l'AfD, le chancelier Friedrich Merz finit par lui servir la soupe

Tout le monde met en garde contre l'AfD, mais ses détracteurs contribuent malgré eux à sa campagne, y compris le chancelier Friedrich Merz. Le parti d'extrême droite est ainsi en passe de décrocher un triomphe historique dimanche en Saxe-Anhalt.
Friedrich Merz veut faire barrage à l'AfD, mais ses attaques contribuent malgré lui à sa campagne.
Photo: AFP / Blick
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Guido Felder

Friedrich Merz, Angela Merkel et les médias ont beau multiplier les mises en garde contre l'AfD, le parti d'extrême droite continue son ascension. Plus l'establishment politique s'acharne contre lui, plus il semble se renforcer. Sa victoire aux élections de dimanche en Saxe-Anhalt paraît désormais quasiment acquise. Reste une question: obtiendra-t-il la majorité absolue, ouvrant ainsi la voie à «l'homme le plus dangereux d'Allemagne» vers le poste de ministre-président?

La percée fulgurante de l'AfD illustre, selon ce constat, les limites de la stratégie allemande de lutte contre l'extrême droite. La mobilisation permanente contre le parti semble s'être retournée contre ses détracteurs, devenant malgré elle un puissant moteur pour sa campagne électorale.

A quelques jours du scrutin, la victoire de l'AfD semble difficilement contestable. Le dernier sondage de la ZDF, l'une des principales chaînes de télévision publique allemandes, publié fin août, fait état d'un léger recul du parti. Avec 40% des intentions de vote – contre 43% dans un sondage Campact réalisé début août –, il conserve toutefois une avance considérable sur la CDU (23/23), Die Linke (13/13), le SPD (9/7) et le PLR (3/2). Malgré ce léger recul, l'AfD pourrait encore décrocher la majorité absolue.

L'AfD transforme ses adversaires en alliés

Ulrich Siegmund se prépare à briguer le poste de ministre-président. Face à lui, ses adversaires tirent la sonnette d'alarme. En une, le magazine «Der Spiegel» l'a qualifié d'«homme le plus dangereux d'Allemagne». A la tête de la section régionale de l'AfD, il a imposé une ligne nationaliste et xénophobe particulièrement agressive.

Ulrich Siegmund, « l'homme le plus dangereux d'Allemagne », pourrait bientôt devenir ministre-président de Saxe-Anhalt.
Photo: AFP

Le chancelier Friedrich Merz met en garde: «La Saxe-Anhalt ne doit pas devenir un terrain d'expérimentation pour les citoyens en colère.» Selon lui, l'arrivée de l'AfD au pouvoir ferait fuir les investisseurs étrangers, qui éviteraient le Land «comme la peste». L'ancienne chancelière Angela Merkel a elle aussi appelé à la vigilance face à l'AfD, estimant qu'il fallait «se battre pour notre démocratie».

Et que répond «l'homme le plus dangereux d'Allemagne» à ses détracteurs? Le journal «Die Welt» rapporte ses propos: «Peu importe que Friedrich Merz mette en garde contre moi. Bien au contraire: c'est une consécration.» Au regard de ses excellents résultats dans les sondages, Ulrich Siegmund peut difficilement donner tort à cette analyse. Les mises en garde de Merz et de ses alliés profitent involontairement à l'AfD sur trois fronts.

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La diabolisation plutôt que la gestion

Dans l'est de l'Allemagne en particulier, les mises en garde venues de Berlin ne font plus mouche. Elles sont de plus en plus perçues comme une forme de tutelle, voire comme une raison supplémentaire de voter pour l'AfD afin de défier le Bund. 

La petite commune de Raguhn-Jessnitz en fournit une parfaite illustration: en 2023, Hannes Loth y est devenu le premier maire issu de l'AfD en Allemagne. Trois ans plus tard, la gestion municipale est surtout placée sous le signe du pragmatisme: les réunions portent davantage sur la rénovation des routes que sur l'idéologie, tandis que la CDU salue la bonne collaboration. Cette expérience locale contraste ainsi avec le rejet catégorique de l'AfD affiché au niveau national. 

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Le dilemme du mur coupe-feu

La stratégie historique de l'Union CDU/CSU consistant à ne laisser aucune place à à l'échec. Son «mur coupe-feu» enferme la droite désormais dans un cercle vicieux: en excluant toute coalition avec l'AfD lors des votes, la CDU se retrouve contrainte de nouer des alliances de circonstance avec des partis de gauche. Aux yeux de ses électeurs conservateurs de longue date, ce rapprochement revient à trahir ses propres valeurs. Résultat: ils se détournent du parti. 

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Talk-shows, chroniques de presse, discours politiques: l'AfD est omniprésente, y compris lorsque aucun représentant du parti ne participe aux débats. Même les gros titres négatifs contribuent à diffuser les messages des populistes d'extrême droite jusque dans les foyers.

L'Allemagne semble désormais se diviser en deux camps: le système au pouvoir et l'AfD. Les électeurs mécontents de la politique actuelle se tournent ainsi vers ce qu'ils perçoivent comme l'antidote le plus puissant. L'AfD n'a presque plus besoin de faire campagne: ses adversaires lui offrent eux-mêmes son temps d'antenne. 

Prendre ces inquiétudes au sérieux

L'AfD ne progresse pas seulement dans l'Est du pays. A l'échelle nationale, elle devance désormais nettement l'Union CDU/CSU dans les sondages, avec 29% des intentions de vote contre 20,5%. 

Le «mur coupe-feu» se transforme ainsi en véritable piège pour Friedrich Merz et son parti, alors que la cote de popularité du chancelier est tombée à 16%. Pour freiner la progression de l'extrême droite, la CDU se retrouve donc contrainte de s'allier durablement avec les partis de gauche. Une stratégie qui risque, à son tour, de pousser les électeurs les plus conservateurs dans les bras de l'AfD. 

Pour démystifier le parti qui bénéficie de loin du plus grand soutien, il faut prendre au sérieux les préoccupations de ses électeurs. Ce n'est pas en leur faisant constamment la leçon que l'on mettra un terme à un mouvement radical, mais en reconnaissant et en résolvant les problèmes réels.

Comme l'a déclaré Thilo Sarrazin, auteur de «L'Allemagne court à sa perte», dans une interview accordée à Blick: «Il suffit déjà de traiter l'AfD comme un parti normal. Cela signifie renoncer aux insultes inutiles et lui accorder une place à la présidence des commissions, conformément aux règles en vigueur.»

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