En bref
- Ulrich Siegmund, chef de l’AfD en Saxe-Anhalt, pourrait devenir le premier dirigeant régional de son parti en Allemagne après les élections du 6 septembre. Les sondages lui donnent 40% des voix contre 23% pour la CDU
- Le programme de l’AfD est jugé irréaliste, notamment avec un déficit de 2,2 milliards CHF pour son financement. Siegmund peine à répondre aux défis concrets comme le manque de 200 000 travailleurs dans le Land
- Même sans majorité absolue, l’AfD pourrait bloquer des modifications constitutionnelles au Landtag. Si Siegmund échoue à gouverner, cela pourrait révéler les limites du parti au niveau national
Ulrich Siegmund n'est peut-être qu'à une semaine d'entrer dans l'Histoire politique allemande. En effet, le 6 septembre, le chef de file de l'AfD en Saxe-Anhalt pourrait relever un pari encore difficilement imaginable il y a quelques années: devenir le premier homme politique de son parti à prendre la tête d'un gouvernement régional allemand.
Pour Ulrich Siegmund, une victoire électorale marquerait la fin de son rôle jusqu’ici très confortable. Jusqu'à présent, il lui suffisait de prouver qu’il savait faire du bon marketing pour l’AfD. Mais dès dimanche prochain, il pourrait devoir veiller à ce que le parti soit capable de gouverner.
L’homme du changement?
D'après les sondages, une victoire de l'AfD est plausible. Dans le dernier «Politbarometer Extra» de la ZDF consacré à la Saxe-Anhalt, l’AfD a recueilli 40% des voix, contre 23% pour la CDU. La formation d’un gouvernement seul sera difficile, mais même sans majorité absolue, le parti d'Ulrich Siegmund devrait être plus puissant que jamais.
Ulrich Siegmund est la personne idéale pour cette prise de pouvoir. Il se montre plus posé que bon nombre de ses collègues du parti, dit vouloir «combler les divisions» et remettre la Saxe-Anhalt «sur pied», et promet que tout le Land ressemblera bientôt à sa chère ville d'enfance Tangermünde, un véritable «monde idéal» selon lui.
Seulement voilà: son projet politique est nettement plus radical. Les services de protection de la Constitution classent la section régionale de l’AfD de Saxe-Anhalt comme clairement d’extrême droite.
Des réponses très attendues
Gouverner est plus difficile que vendre. Cette leçon, ce commerçant de formation a dû l’apprendre à ses dépens mercredi, lors du débat télévisé avec l’actuel chef du gouvernement de Magdebourg, Sven Schulze (CDU). Face à des questions concrètes, Ulrich Siegmund s’est retrouvé en difficulté à plusieurs reprises. Concernant les prévisions selon lesquelles la Saxe-Anhalt pourrait manquer de 200'000 travailleurs à l’avenir, il a parié que, parmi les Allemands ayant émigré, «des centaines» reviendraient sous un gouvernement de l'AfD.
Cette affirmation interroge, car l’Institut Leibniz de recherche économique de Halle a calculé qu’il manquait au moins 2,2 milliards d’euros au budget du Land pour mettre en œuvre le programme électoral de l’AfD.
Un nouveau problème
Mais en conclure qu'Ulrich Siegmund ne changerait pratiquement rien s'il arrivait au pouvoir serait faire fausse route. Car même si le candidat de l'AfD ne parvient pas à obtenir la majorité absolue, cette élection marquerait un tournant historique pour la Saxe-Anhalt. Si l’AfD remportait plus d’un tiers des sièges au Landtag, elle pourrait notamment empêcher des modifications constitutionnelles ou des nominations importantes à la Cour constitutionnelle de ce petit Land grâce à sa minorité de blocage.
De plus, si l’AfD venait à gouverner, les conséquences s’étendraient jusqu’à Berlin. En effet, à partir d’octobre et pour un an, la Saxe-Anhalt assumera la présidence de la Conférence des ministres-présidents. En tant que chef du gouvernement, Ulrich Siegmund devrait donc coopérer avec les autres ministres-présidents, mais aussi avec la Confédération.
La victoire est risquée
Paradoxalement, une victoire serait beaucoup plus dangereuse qu'une défaite pour Ulrich Siegmund. S’il rate son arrivée au pouvoir, il pourra continuer à affirmer que les autres partis auront empêché le changement. Mais s’il gagne, cette excuse ne tiendra plus.
Il devra alors diriger des ministères, gérer un budget et rédiger des lois à l’épreuve des tribunaux. Pour la première fois, il ne sera plus jugé sur sa capacité à mobiliser la colère, mais à apporter des réponses aux problèmes politiques quotidiens complexes.
«La Saxe-Anhalt est la première étape», a-t-il affirmé. Cette déclaration de guerre aux partis traditionnels allemands est aussi adressée à son propre parti. Car si l’AfD arrive au pouvoir à Magdebourg, la Saxe-Anhalt ne sera pas seulement son premier grand succès, mais aussi son premier grand test de réalité.
Si Ulrich Siegmund – qualifié par le «Spiegel» comme «l'homme le plus dangereux d’Allemagne» – échoue en tant que chef du gouvernement, il pourrait montrer à l’AfD les limites de son succès.