En bref
- La Saxe-Anhalt, Land de l'est de l'Allemagne, pourrait élire Ulrich Siegmund, tête de liste de l'AfD, comme ministre-président après les élections du 6 septembre. Ce parti d'extrême droite est en tête avec 43% selon les sondages, menaçant de bouleverser l'équilibre politique
- Le programme de l'AfD inclut des réformes radicales: suppression de la redevance audiovisuelle, fin des modèles scolaires inclusifs et limitation des pouvoirs des services de protection de la Constitution. Siegmund souhaite remodeler le Land pour refléter les idéaux du parti
- En Mecklembourg-Poméranie occidentale, l'AfD mène également avec 36% avant les élections du 20 septembre. A l'échelle nationale, ses dirigeants envisagent des mesures telles que la fermeture des frontières, la suppression de l'euro et un rapprochement politique avec la Russie
Toute l'Europe a les yeux rivés sur la Saxe-Anhalt. En effet, dans ce Land de l'est allemand, «l'homme le plus dangereux de l'Allemagne» a toutes les chances de devenir le premier ministre-président aux couleurs de l'AfD. Il semble presque certain que ce parti d'extrême droite remportera les élections du 6 septembre avec une victoire écrasante.
Avec une majorité de l’AfD, ce Land serait ainsi confronté à un tournant fondamental. Il deviendrait un terrain d’expérimentation pour ce parti redouté qui, fort d’un soutien populaire toujours plus important, jette désormais son dévolu sur Berlin.
Les chiffres du dernier sondage Campact pour la Saxe-Anhalt sont sans appel:
- L'AfD est à 43%
- La CDU suit avec 23%
- Die Linke obtient 13%
- Le SPD récolte 7%
Dans ce Land actuellement gouverné par la CDU, le SPD et le PLR, le parti d’extrême droite est largement en tête à dix jours des élections. La question n’est plus de savoir s’il va gagner, mais s’il va remporter la majorité absolue.
Comme les petits partis tels que le PLR ou le BSW risquent de ne pas franchir la barre des 5%, un score de 43 à 45% suffiraient à l’AfD pour obtenir la majorité absolue. En d'autres termes: son triomphe est à portée de main!
«L’homme le plus dangereux de l'Allemagne»
La figure de proue et tête de liste du parti régional est Ulrich Siegmund. Le magazine «Der Spiegel» lui a consacré sa Une avec en titre: «L’homme le plus dangereux de l’Allemagne». Depuis la parution de ce numéro, ses partisans font la queue pour se faire dédicacer un exemplaire du magazine. Plus le Centre et la gauche s’acharnent contre lui et son parti, plus les scores de l’AfD grimpent dans les sondages.
La même tendance se dessine également en Mecklembourg-Poméranie occidentale, où un nouveau parlement régional sera élu le 20 septembre. Dans ce Land de l’est de l’Allemagne, l’AfD est également en tête dans les sondages avec 36%. Le SPD recueille 29%, Die Linke 11% et la CDU 10%.
La coprésidente de l’AfD, Alice Weidel, a déclaré ce week-end qu’elle ne voulait plus laisser «n’importe quelle bande d’imbéciles haut placés» lui mentir et que la CDU ne remporterait plus aucune élection au Bundestag. Elle s'est montrée sûre de sa victoire: «Nous allons gouverner. Nous gouvernerons dans les premiers Länder.» Ce serait le coup d’envoi de la conquête de Berlin.
Attaque contre les services de protection de la Constitution
Les services locaux de protection de la Constitution classent la section régionale de l'AfD de Saxe-Anhalt comme étant «clairement d’extrême droite». Si le parti arrivait au pouvoir, cela ébranlerait le Land sur les plans politique et institutionnel.
Voici ce que son chef de file Ulrich Siegmund souhaite changer au niveau régional:
Limiter les pouvoirs des services de protection de la Constitution: Ulrich Siegmund souhaite ramener cet organe régional à ses «missions initiales» et interdire toute ingérence politique, voir même le supprimer.
Réforme scolaire: finis les modèles scolaires inclusifs, les études de genre, les mesures en faveur de l’égalité et les cours sur le postcolonialisme. Plus de hiérarchie et moins de participation.
Suppression de la redevance audiovisuelle: comme en Suisse, les Allemands contribuent au financement de l’audiovisuel public. L’AfD souhaite remanier les traités d’Etat ou tout simplement les supprimer.
Des actions à Berlin
En tant que ministre-président, Ulrich Siegmund pourrait aussi perturber la vie politique au niveau fédéral en jouant les trublions. Au sein du Bundesrat – l’organe représentant les Länder – il peut présenter des initiatives législatives, exercer une pression directe sur le gouvernement fédéral lors de la conférence des ministres-présidents et intenter des actions en justice contre le gouvernement fédéral devant la Cour constitutionnelle fédérale.
Ce week-end, les dirigeants du parti, Alice Weidel et Tino Chrupalla, ont clairement expliqué en interviews les chantiers prioritaires de l’AfD à Berlin:
Fermer les frontières: Alice Weidel souhaite mettre un terme aux «frontières ouvertes», où «n’importe qui peut entrer», et se retirer de l’espace Schengen. Toutes les personnes tenues de quitter le territoire seraient renvoyées.
La politique climatique «alarmiste»: l’AfD réclame la liberté de circulation pour les véhicules à moteur thermique et davantage d’électricité à prix abordable pour les climatiseurs.
Supprimer l’euro: si l’AfD avait le pouvoir au niveau fédéral, elle supprimerait l’euro, qu’elle qualifie de «monnaie faible».
Amitié avec Poutine: l’AfD est très proche de Moscou. Elle plaide pour l’arrêt de l’aide à l’Ukraine et la levée des sanctions contre la Russie.
L’AfD profite de la polémique
Les Allemands qui ne votent pas pour l’AfD sont pétrifiés face au succès attendu de ce parti. Pris de panique, les responsables politiques intensifient leur contre-offensive au lieu de répondre aux préoccupations de la population, et la Une du «Spiegel» n’est pas la seule à en témoigner. Par exemple, le président fédéral du SPD, Frank-Walter Steinmeier, a prôné mardi une société d’immigration dans un discours intitulé «L’Allemagne est notre foyer à tous», à la veille des élections en Saxe-Anhalt. Des phrases telles que «Lorsque des personnes passent des nuits blanches dans notre pays parce qu’elles sont marginalisées et agressées, nous devons tous être sur le qui-vive» partent d’une bonne intention. Mais c’est exactement le contraire que réclame une grande partie de l’électorat.
Un seul semble s’en rendre compte: Armin Laschet, figure de proue de la CDU, qui a échoué dans sa candidature à la chancellerie en 2021. Plus que quiconque au sein de son parti, il ébranle le cordon sanitaire. «La méthode avec laquelle nous avons tenté de minimiser l’AfD, notamment en l’excluant formellement, a échoué», a-t-il déclaré sur ARD.
Quelle est la solution pour freiner l’ascension de l’AfD? Pour Armin Laschet, le gouvernement fédéral – composé des partis en désaccord que sont la CDU/CSU et le SPD – a sa part de responsabilité dans cette situation. Désormais, il faut avant tout prendre deux mesures d'urgence: le gouvernement fédéral doit d'abord retrouver sa capacité d'action, puis apaiser la déception au sein de la population. «Il y a quelques problèmes auxquels il FAUT tout simplement s'attaquer!», s'inquiéte Armin Laschet.