En bref
- A la Foire de Châlons-en-Champagne, Jordan Bardella, président du RN, attire une foule enthousiaste malgré sa non-candidature à l'élection présidentielle. Ce rendez-vous est devenu un événement clé pour les figures politiques, même si Marine Le Pen est la candidate officielle du parti.
- Des supporters expriment leur déception face à l'absence de Bardella dans la course présidentielle, bien qu'ils assurent leur soutien à Marine Le Pen. Certains estiment qu'il serait un excellent Premier ministre en cas de victoire de Le Pen au printemps.
- Plusieurs milliers de visiteurs se pressent à cet événement, certains attendant plus d'une heure pour une dédicace ou un selfie avec Bardella. L'engouement illustre l'impact médiatique du RN et les espoirs placés dans ses leaders par leurs partisans.
Des ados qui jouent des coudes pour arracher un selfie avec lui, des parents qui se bousculent pour obtenir une dédicace de son livre: à la Foire de Châlons-en-Champagne, la «Bardellamania» ne faiblit pas, même si le président du RN ne sera pas candidat.
«Je leur dirai que je serai là quoi qu'il arrive et que je mènerai campagne», a affirmé à la presse Jordan Bardella à son arrivée, juste avant d'être emporté par la foule qui l'attendait fébrilement pour sa cinquième visite à la foire, qui s'est convertie cette année en un rendez-vous incontournable pour les candidats à la présidentielle.
Le président du RN ne l'est pourtant pas, car Marine Le Pen a choisi de se lancer dans la course à l'Elysée – malgré sa condamnation en appel début juillet – tout en promettant à son second de lui accorder Matignon si elle l'emporte au printemps. Mais Jordan Bardella est ici en terrain conquis. Il se fraye difficilement un chemin au milieu de partisans qui auraient préféré qu'il soit le candidat du RN, à l'image d'Angélique, qui n'a pas souhaité donner son patronyme, comme les autres personnes rencontrées par l'AFP.
Cette mère de famille est venue en voisine pour se «battre» pendant près d'une heure et demie afin de dédicacer un livre pour sa fille. «C'est une petite déception que ce ne soit pas lui», dit-elle, craignant que le nom Le Pen «fasse peur» aux électeurs modérés et qu'il soit plus compliqué pour la candidate de l'emporter. Elle assure toutefois qu'elle votera sans la moindre hésitation pour Marine Le Pen, non pas par résignation, mot qu'elle récuse, «mais parce que derrière il y aura Jordan et un Premier ministre a plus de pouvoir que le président». Opinion partagée par Isabelle, venue de la commune proche d'Epernay: «Il sera un très bon Premier ministre. C'est le ticket idéal», estime-t-elle, pendant que son fils tente d'obtenir une signature sur «son béret du Canon français».
«Lui ou Marine, ça m'est égal»
Déçu par les candidats pour lesquels il a voté lors des dernières présidentielles, Damien, un autre père de famille, avoue sans détour qu'il votera cette fois-ci pour le RN «parce qu'on n'a pas essayé», persuadé que la présence de Jordan Bardella aux côtés de Marine Le Pen contribuera à effacer l'héritage de son père. Il y a aussi ceux qui hésitent encore, comme Pierrette qui a renoncé à jouer des coudes et regarde passer Jordan Bardella au milieu d'une nuée de caméras et téléphones.
«Le déplacement valait le coup, même si on a été très bousculé», estime cette Champenoise qui avoue que le choix aurait été plus facile pour elle si le président du RN avait été candidat, avant de reconnaître à voix basse qu'elle hésite encore avec «le petit Attal». Les partisans de Jordan Bardella sont pour la plupart sur la même ligne que lui, quand il assure que ce n'est «pas une question d'ambitions personnelles» et qu'il «appartient aujourd'hui à Marine Le Pen de porter le redressement de la France sur ses épaules».
C'est le cas de Mehdi, fier d'être parvenu à obtenir une dédicace d'un livre pour son amie Candy: «On aimerait bien une photo avec Marine aussi», affirme-t-il, espérant que «Jordan soit en bonne place pendant la campagne». Sandrine, 45 ans, venue de la Seine-Saint-Denis «comme Jordan» et électrice du RN depuis qu'elle a le droit de vote, n'a pas d'état d'âme: «Que ce soit lui ou Marine, du moment que le RN passe, ça m'est égal».
A deux pas, Esteban trépigne avec deux livres sous le bras. Il n'a que 15 ans et ne pourra voter, mais il affirme d'ores et déjà que «Marine sera notre candidate» et admet qu'elle a «une expérience» que Jordan Bardella n'a pas encore. Au milieu de la foule, il n'y a pas que des partisans. Venu de la ville voisine de Troyes, Mathieu profite de sa haute stature pour faire passer un message personnel sur une pancarte: «Lydia épouse-moi». Une demande en mariage qui compte sur la forte médiatisation du président du RN pour parvenir à sa destinataire.