Les forces armées russes sont en train de lancer une offensive de grande envergure en Ukraine. A coups de bombardements massifs et incessants, Moscou cherche délibérément à épuiser la défense antiaérienne ukrainienne et à saigner à blanc les lignes de front.
De tels succès en Ukraine donnent des ailes au Kremlin pour poursuivre les objectifs qu’il s’était fixés fin 2025: la destruction de l’OTAN et le démantèlement de l’ordre sécuritaire européen. Divers médias décrivent déjà la manière dont la Russie pourrait attaquer militairement l'Europe. Voici sept scénarios, passés au crible de leur réelle probabilité.
En coulisses, la confrontation entre Moscou et les capitales européennes tourne déjà à plein régime. Par le biais de cyberattaques ciblées, de sabotages et de campagnes de désinformation, la Russie mise depuis des années sur la guerre hybride. Objectif: diviser les sociétés civiles occidentales et affaiblir l’OTAN de l’intérieur.
Pourtant, le Kremlin semble désormais prêt à franchir un cap supplémentaire. La gravité de la situation s’est d'ailleurs mesurée lors d'une mission secrète: le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu de manière inattendue à Moscou. Si Washington et le Kremlin ont publiquement minimisé cette visite, des fuites au sein des services de renseignement révèlent que John Ratcliffe est venu délivrer un avertissement sans détour de la part des Etats-Unis. Les informations occidentales indiquent en effet que Moscou préparerait des provocations ciblées pour tester la détermination de l'Alliance. Sept scénarios se détachent particulièrement.
Attaque sous-marine
Scénario: Des sous-marins russes coupent des câbles sous-marins, sabotent des gazoducs ou paralysent des parcs éoliens offshore en mer Baltique.
Probabilité: Elevée. Il est très difficile d’identifier le coupable. Comme la Russie peut facilement nier toute implication, une telle action ne déclencherait pas automatiquement la clause de défense collective de l'OTAN (l'article 5), tout en provoquant d'immenses dégâts économiques.
Attaques sous fausse bannière
Scénario: La Russie utilise des drones ukrainiens capturés ou des armes de précision occidentales pour frapper une cible sur le territoire de l’OTAN. Un centre logistique en Pologne pourrait par exemple être visé.
Probabilité: Elevée. L’objectif est de semer la confusion, de diviser l’OTAN et d’inciter la population civile à s’opposer à l’aide apportée à l’Ukraine. Là encore, la Russie peut nier avoir tiré ces projectiles.
Scénario «criméen» en Estonie
Scénario: Comme lors de l’annexion de la péninsule de Crimée en 2014, des forces spéciales russes pourraient s’infiltrer secrètement dans les Etats baltes. Elles attiseraient la colère des nombreux Russes qui y vivent jusqu’à ce qu’un référendum sur l’appartenance nationale soit organisé. L’attention se porterait avant tout sur la ville frontalière estonienne de Narva.
Probabilité: Moyenne. Ce serait un test pour l’OTAN: l’Alliance risquerait-elle une troisième guerre mondiale pour une petite ville?
Blocage du talon d'Achille
Scénario: L’étroit couloir de Suwalki relie la Biélorussie, alliée de la Russie, à l’enclave russe de Kaliningrad. Les Russes ont le droit d'utiliser à des fins civiles ce corridor terrestre situé à la frontière entre la Lituanie et la Pologne. Une occupation de ce corridor couperait les trois Etats baltes du reste des pays de l'OTAN.
Probabilité: Faible. Une avancée ouverte sur le corridor constituerait un acte de guerre et ferait intervenir l'OTAN. L'OTAN a toujours affirmé qu'elle défendrait chaque mètre carré de son territoire. Ce serait l'occasion de vérifier si cela serait toujours le cas après les critiques de Donald Trump à l'égard de l'Alliance.
Occupation d’îles
Scénario: Sur l'archipel du Spitzberg, placé sous souveraineté norvégienne, la Russie bénéficie d’un statut diplomatique particulier. Celui-ci pourrait servir officiellement de justification à une invasion, sous prétexte de résoudre de prétendus différends liés à l’exploitation minière ou à la pêche. L'île suédoise de Gotland et l'archipel finlandais d'Åland figurent également parmi les zones sous haute surveillance.
Probabilité: Faible. En raison de la course aux ressources en Arctique, le Spitzberg, très isolé, constituerait la cible la plus plausible. Néanmoins, attaquer ouvertement l'une de ces îles entraînerait une confrontation directe avec les armées modernes de la Suède, de la Norvège et de la Finlande, et donc avec l'ensemble de l'OTAN.
Attaque contre un Etat voisin
Scénario: L’armée russe envahit la Finlande ou, simultanément depuis la Russie, la Biélorussie et Kaliningrad, un ou plusieurs Etats baltes.
Probabilité: Très improbable. Une attaque de grande envergure sur le territoire de l’OTAN déclencherait immédiatement l’application du traité d’alliance et provoquerait une guerre de grande ampleur. Poutine compromettrait ainsi ses relations amicales avec la Chine. Pékin n’a absolument aucun intérêt à ce qu’un conflit de grande ampleur se produise, car cela entraverait massivement le commerce mondial.
Un missile sur une ville d’Europe occidentale
Scénario: Le Kremlin a déjà clairement averti qu’il pouvait atteindre toutes les capitales européennes avec des missiles tels que l'engin hypersonique Orechnik.
Probabilité: Très improbable. Une attaque délibérée à la roquette, par exemple contre Berlin, déclencherait immédiatement une réaction de l’OTAN.
Pas les moyens pour une guerre totale
Quant à savoir si Poutine entraînera réellement l'Europe dans une guerre, les avis divergent. Le président serbe Aleksandar Vučić a récemment lancé cette mise en garde: «Nous sommes au début d'une guerre de grande ampleur.» Le président finlandais Alexander Stubb, en revanche, appelle à garder la tête froide: «Je ne vois tout simplement ni preuves ni faits à l'appui.»
Pour les experts en sécurité, une chose est sûre: on ne peut pas exclure une «guerre de grande envergure». Mais la probabilité est faible. Pour Christoph Heusgen, ancien conseiller en matière de politique de sécurité de la chancelière Angela Merkel et ancien directeur de la Conférence de Munich sur la sécurité: «La Russie est bien trop faible pour mener une guerre de grande envergure au sens classique du terme. Mais je pense que Poutine a intérêt à poursuivre la guerre en Ukraine.»
Une attaque militaire contre l’OTAN reste donc pour l’instant très improbable – tout simplement parce que la Russie est engagée militairement en Ukraine et épuisée sur le plan matériel. Le véritable danger pour l’Europe se trouve ailleurs: dans cette guerre insidieuse menée dans la zone grise.
Tant que les membres de l’OTAN resteront unis et ne laisseront planer aucun doute sur leur volonté de se défendre, le Kremlin ne franchira guère la ligne rouge qui mènerait à un cas d’alliance ouvert.