L'ombre du Kremlin
Un média pro-Poutine tente de s'immiscer dans la campagne sur la neutralité

Un porte-parole du Kremlin estime que l'initiative sur la neutralité devrait miser davantage sur les réseaux sociaux, et en profite pour donner des conseils à l'UDC. Mais le directeur de la campagne ne veut rien savoir de cette aide non sollicitée.
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Le portail d'information RT DE est considéré comme un instrument de propagande du Kremlin.
Photo: imago images/ZUMA Wire

En bref

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  • RT DE, la chaîne d'Etat russe, a publié un article soutenant l'initiative suisse sur la neutralité, conseillant de cibler les jeunes via les réseaux sociaux et en s'inspirant de campagnes d'extrême droite en Europe. Les initiateurs de l’initiative rejettent toute association avec la Russie.
  • L’article critique l’investissement dans les «médias anti-UDC» et propose de s’appuyer sur des influenceurs pour promouvoir l'initiative. Des partis comme l'AfD allemand et le FPÖ autrichien sont cités en exemple.
  • Selon un sondage SSR, malgré l'attention internationale, l'initiative sur la neutralité peine à convaincre en Suisse, tout comme l’initiative «Suisse à 10 millions» plus tôt cette année.
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Janic Urech

L'initiative sur la neutralité devrait miser davantage sur les influenceurs et les jeunes. Ce conseil non sollicité vient – comme par hasard – de Russie, plus précisément de la chaîne d'Etat RT DE (anciennement Russia Today). Son dernier article sur l'initiative ressemble moins à un reportage qu'à un outil de campagne pour le «oui».

L’initiative sur la neutralité doit miser davantage sur les réseaux sociaux pour mobiliser un public plus jeune, écrit Hans-Ueli Läppli, auteur de RT DE (voir encadré). L’article critique le fait que la campagne investisse trop d’argent dans ce qu’il appelle les «médias anti-UDC» – à savoir la «NZZ», la SRF et le «Tages-Anzeiger».

Un nom d'auteur intriguant

L'article est attribué à «Hans-Ueli Läppli». Impossible de vérifier de manière indépendante si un auteur suisse se cache derrière ce nom stéréotypé, qui apparaît régulièrement sur le portail de la RT. Même la SRF a émis des doutes à ce sujet. Récemment, l'auteur a tenté de prouver son identité suisse en publiant un commentaire en suisse allemand, dans lequel il évoque le personnage culte d'Alfred Rasser, HD Läppli. Cependant, la structure décousue des phrases et le mélange des dialectes laissent planer le doute.

L'article est attribué à «Hans-Ueli Läppli». Impossible de vérifier de manière indépendante si un auteur suisse se cache derrière ce nom stéréotypé, qui apparaît régulièrement sur le portail de la RT. Même la SRF a émis des doutes à ce sujet. Récemment, l'auteur a tenté de prouver son identité suisse en publiant un commentaire en suisse allemand, dans lequel il évoque le personnage culte d'Alfred Rasser, HD Läppli. Cependant, la structure décousue des phrases et le mélange des dialectes laissent planer le doute.

S'inspirer de l'AfD

Selon l'article, il vaudrait mieux faire appel à des influenceurs. Des visages jeunes et crédibles pour promouvoir l'initiative sur les réseaux sociaux. L’article cite comme exemples positifs les deux partis d’extrême droite que sont l’AfD en Allemagne et le FPÖ en Autriche.

Cette aide à la campagne électorale non sollicitée, provenant de milieux proches du Kremlin, devrait faire le bonheur des opposants à l’initiative. Ceux-ci qualifient le projet d’«initiative pro-Poutine».

Les initiateurs balayent ces accusations

Le camp du «oui», en revanche, balaye ces allégations. «Je me fiche de ce que font les Russes. Nous sommes ici en Suisse et nous savons comment remporter des votations», déclare Walter Wobmann, président du comité référendaire, interrogé par Blick. L’ancien conseiller national de l’UDC souligne que la campagne n’a de toute façon aucune influence sur la couverture médiatique.

D’autres ont également reçu un soutien de l’étranger, poursuit Walter Wobmann: «Les opposants font la même chose, si l’on regarde qui ils font venir dans le pays pour lutter contre l’initiative.»

Il fait référence, d’une part, à la visite officielle du ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul auprès du conseiller fédéral Ignazio Cassis. D’autre part, il évoque une interview de Carl Bildt publiée dans le «Tages-Anzeiger». L’ancien Premier ministre suédois y critiquait la neutralité suisse et qualifiait la Suisse de «profiteur» de l’OTAN. Pour Walter Wobmann, c’est une aberration: «Il est inquiétant que des étrangers aient le sentiment de devoir s’immiscer dans les votations suisses.»

La campagne référendaire suscite de vives émotions. Après l’initiative «Suisse à 10 millions», c’est déjà le deuxième projet de cette année à faire sensation à l’étranger. Selon les sondages, l’initiative sur la neutralité a toutefois du mal à s’imposer.

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