La neutralité suisse ne doit pas mettre en danger la sécurité du pays ou affaiblir le droit international, estime une alliance de 22 organisations de la société civile. Elle a lancé mardi sa campagne contre l'initiative sur la neutralité, en votation le 27 septembre.
Le comité de l'initiative populaire «Sauvegarder la neutralité suisse», déposée par Pro Suisse et des membres de l'UDC, utilise une colombe de la paix dans ses affiches de campagne. «Si l'initiative est acceptée, toutes les colombes de la paix prendront la fuite», a réagi Günther Bächler, ancien diplomate suisse et médiateur pour la paix, devant les médias à Berne.
Pour l'alliance, il n'y aura pas de paix et de sécurité en faisant cavalier seul. Berne doit se positionner «comme un membre fiable d'une communauté démocratique fondée sur le droit international», a jugé M. Bächler.
Ne pas détourner le regard
La neutralité ne signifie pas détourner le regard, avance encore l'alliance. Elle ne dispense pas la Suisse de réagir face aux violations graves du droit international. La politique de neutralité helvétique ne doit pas être un «blanc-seing» pour les autocrates et les auteurs de crimes internationaux, a argué Lisa Marchon, coprésidente d'Opération Libero.
La neutralité doit rester souple, et non se rigidifier, pour s'adapter aux nouvelles réalités, selon Helen Keller, professeure de droit international à l'Université de Zurich. La conduite de la guerre a complètement changé. Et cette ancienne juge à la Cour européenne des droits de l'homme de souligner que la Suisse est un Etat-partie à la Cour pénale internationale (CPI). Elle est donc tenue de poursuivre et de juger les auteurs de crimes de guerre graves.
Quant aux sanctions économiques, elles permettent de réagir aux violations graves du droit international. La Suisse ne doit pas servir de plaque tournante pour contourner ces sanctions. D'autant plus qu'elle est une place financière importante et une plateforme majeure du négoce des matières premières, a relevé Robert Bachmann, de l'ONG Public Eye.
Conception plus large de la sécurité
L'alliance rappelle encore que la sécurité de la Suisse est étroitement liée à celle de l'Europe. La coopération internationale en matière de cyberdéfense, de préparation aux crises et de protection des infrastructures critiques est essentielle, d'après le secrétaire général du Mouvement européen suisse, Raphaël Bez.
La conception de la sécurité doit être élargie, a ajouté Leandra Bias, chercheuse à l'Université de Fribourg. La sécurité, c'est aussi protéger les droits humains et être en mesure de réagir collectivement aux violations graves de ces droits. «On ne meurt pas de violence seulement en temps de guerre.»
L'alliance propose le simulateur Politopia pour que les utilisateurs décident eux-mêmes de la manière dont la Suisse doit réagir face à des situations de crise. Elle trouve que ce simulateur illustre à quel point la Suisse aurait les mains liées si l'initiative était adoptée.
L'alliance est composée de 22 organisations actives dans les domaines de la paix, des droits des femmes, des droits humains et de la politique européenne. Figurent notamment Amnesty International, Alliance F, Alliance Sud, Terre des Hommes et Frieda. Une grande campagne d'affichage comme celle des partisans n'est pas prévue.