La Suisse «profite» de la protection de l'OTAN, estime l'ancien premier ministre suédois Carl Bildt. La Suisse et l'Autriche, entourées de pays membres de l'alliance, se retrouveraient dans une situation bien plus vulnérable, si celle-ci devait disparaître, ajoute-t-il.
Il n'y a pratiquement plus de place pour les Etats neutres et non alignés dans l'Europe d'aujourd'hui, déclare Carl Bildt dans un entretien diffusé par «Le Matin Dimanche» et les journaux alémaniques du groupe Tamedia. «Les raisons qui avaient conduit la Suisse à adopter la neutralité ont disparu», ajoute-t-il.
«Il ne faut pas se fermer des portes pour l'avenir»
Carl Bildt se montre critique à propos de l'initiative sur la neutralité, sur laquelle les Suisses se prononcent en septembre. «Il ne faut pas se fermer des portes pour l'avenir», relève-t-il. Un «oui» au texte affaiblirait la Suisse, car il limiterait «sa capacité à réagir avec souplesse et crédibilité face à une prochaine crise dont nul ne peut encore prévoir la nature».
Interrogé sur les sanctions de l'Union européenne (UE) contre la Russie après son invasion de l'Ukraine, l'ancien chef du gouvernement suédois défend la décision helvétique de les reprendre: «Si la Suisse n'avait pas repris les sanctions contre la Russie, elle aurait été considérée par les autres pays européens comme un Etat à part, à l'image de la Serbie».
La Suède a renoncé à sa neutralité militaire, qu'elle observait depuis des décennies, après l'attaque russe contre l'Ukraine. Elle a adhéré à l'OTAN en 2024. Carl Bildt a été premier ministre suédois de 1991 à 1994, puis ministre des Affaires étrangères. Il est actuellement le vice-président du groupe de réflexion European Council on Foreign Relations.