De nombreuses lacunes confirmées
Les points clés du rapport du Grand Conseil sur Valérie Dittli

La ministre centriste est épinglée dans un rapport rendu public ce lundi 12 janvier, qui relève des dysfonctionnements, notamment dans son management. Blick a résumé pour vous les éléments les plus saillants de ce document.
La conseillère d'Etat Valérie Dittli est entrée en fonction en 2022.
Photo: KEYSTONE
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Camille KrafftJournaliste Blick RP

Ce lundi 12 janvier, une délégation des commissions de surveillance du Grand Conseil vaudois a rendu public un rapport qui épingle la conseillère d'Etat Valérie Dittli. Blick vous résume les points clés de ce nouveau document.

Pas assez de compétences managériales

Nous l'avions souligné dans le cadre d'une enquête publiée en juillet dernier sur le Secrétariat général du Valérie Dittli: des compétences managériales sont indispensables pour conduire un département. Comme le rappelle le rapport, lors de son arrivée au Conseil d’Etat en juillet 2022, Valérie Dittli n’avait que peu «d’expérience professionnelle, et, surtout, peu d’expérience en matière de management.» Par ailleurs, la Zougoise d'origine ne possédait «que peu de pratique des institutions politiques vaudoises, n’y ayant jamais siégé.»

Selon les auteurs du document, la cheffe de département aurait dû entreprendre une formation en management dans le but de renforcer ses compétences et d’instaurer une relation de confiance avec ses collaboratrices et collaborateurs. 

La délégation souligne en outre que Valérie Dittli s’est entourée à son arrivée de «plusieurs personnes, par exemple ses collaboratrices personnelles, ayant une expérience et une connaissance des institutions peu approfondie», tout en s'appuyant sur des conseils extérieurs en termes de stratégie de communication. Elle relève que le problème du management ne s'arrête pas à Valérie Dittli, et qu'il serait «pertinent de proposer un cursus de formation de base destiné aux personnes nouvellement élues au Conseil d’Etat.»

Un manque de confiance

Reprendre un département dirigé par la même personne (Pascal Broulis) depuis vingt ans, dans des domaines ardus comme la finance et la fiscalité. C'est le «défi certain» que Valérie Dittli a dû relever à son arrivée. La ministre a déjà expliqué avoir peiné à obtenir des informations auprès de son administration, qui lui opposait le secret fiscal. 

D’un autre côté, la récurrence de ses demandes sur certains sujets, par exemple concernant le bouclier fiscal ou la fiscalité agricole, aurait «fait peser une pression certaine sur l’administration», souligne le rapport. La délégation relève que manifestement, Valérie Dittli «écoute peu ou n’écoute pas ses collaboratrices et collaborateurs lorsque les informations qui lui sont fournies ne lui conviennent pas.» Elle pousserait à «trouver des solutions» alors que l’administration lui répète l’inexistence de marge de manœuvre, ou insisterait pour changer la pratique ou demande à annuler des taxations entrées en force dont il lui est «clairement mentionné l’impossibilité.» 

Valérie Dittli a également cherché de l’expertise à l’externe, notamment deux avis de droit sur le bouclier fiscal, pour appuyer sa position qui était contraire à celle de l’administration. «Cela a pu apparaitre à certaines collaboratrices ou à certains collaborateurs comme une forme de méfiance ou de défiance à leur égard», relève le rapport.

Un Secrétariat général instable

Dans ce document, la délégation relève une importante rotation du personnel au sein de l’état-major du Secrétariat général, et une certaine fragilité de ce dernier. Depuis le début de la législature, six personnes différentes ont occupé la tête du Secrétariat général (en tant que secrétaire général·e ou sous une forme intérimaire), et trois autres ont officié en tant que collaboratrices personnelles de Valérie Dittli. 

Jusqu’à fin octobre 2025, le pourcentage de départs de personnes dont le dernier contrat était un CDI au sein de l'état-major du Secrétariat général est estimé à 58,8%, contre 33,3% pour le Département de l'économie ou 15,5% pour le Département de la jeunesse et de l'environnement.

Le rapport rappelle également «qu’il est essentiel, au sein d’un Secrétariat général,de pouvoir compter sur un personnel expérimenté et qualifié», ayant une connaissance approfondie des procédures administratives et décisionnelles de l’Etat. Dans son recrutement, Valérie Dittli aurait dû également «porter une attention particulière à composer une équipes uffisante aux profils complémentaires, en veillant à un juste équilibre entre continuité et renouveau».

Un « cabinet parallèle »

Cela a été souligné à plusieurs reprises dans les médias: la communication a occupé une place de plus en plus importante au sein du département de Valérie Dittli. Comme les aspects de management et de stratégie, la communication a été grandement déléguée à l’externe, confirme le rapport. La délégation relève l’attribution d’au moins six mandats depuis le début de la législature pour des conseils en management, communication et réorganisation, représentant une somme totale de 130'268 francs. 

On y trouve notamment des mandats pour l'agence bernoise Comcoeur. Sa consultante Béatrice Wertli, ancienne directrice de la communication du PDC suisse, a été mandatée pour différentes missions de conseil et de soutien auprès de Valérie Dittli et de son état-major, puis de communication. De juillet à octobre 2025, elle a été engagée en contrat de durée indéterminée en tant que conseillère stratégique, et est devenue un personnage clé au sein du Secrétariat général.

«Au fil des entretiens, il est apparu que certaines ressources externes ou internes exerçaient un important poids dépassant parfois peut-être les attributions de leur cahier des charges, reprenant des travaux, voire des positions d’autorité qui n’étaient pas de leur ressort», soulignent les auteurs du rapport. Ils ajoutent: «Ce fonctionnement peut s’apparenter à la création d’une sorte de 'cabinet parallèle' fortement axé sur la communication et le conseil stratégique, voire la protection autour de la cheffe de département plutôt qu’envers le département.»

Un accord qui reste confidentiel

Le rapport rappelle que les relations de travail difficiles entre la cheffe de département et l'ancien président de la commission foncière rurale, Jean-Claude Mathey, ont conduit à une demande de révocation sans motif du second par le Conseil d’Etat, suivie de sa démission en avril 2024. Une plainte pour diffamation et calomnie a ensuite été déposée par Jean-Claude Mathey, qui l'a retirée à la suite d'un accord confidentiel avec Valérie Dittli. 

Quels sont les termes de cet accord? La délégation n'a pas de réponse à cette question. Elle relève en revanche un nouveau détail sur cette affaire: deux mandats «substantiels», respectivement de 10 000 et 30 000 francs, ont été confiés au président sortant, pour établir un « état des lieux de la CFRI» et contribuer à la rédaction d’un « ouvrage sur la loi fédérale sur le droit foncier rural et les pratiques de la CFRI». Selon les auteurs du rapport, cela «laisse planer un doute quant à la raison ayant conduit à l’octroi de ces mandats peu de temps après le retrait de sa plainte.»

Un problème de gestion des conflits d'intérêts

Le rapport revient sur plusieurs problèmes dans la gestion des conflits d'intérêts, déjà mis en lumière dans les médias. Il rappelle que dans un recours signé par la ministre en 2024, le département reprochait au président de la commission foncière rurale d'être intervenu comme avocat dans un dossier soumis à la commission. Le recours avait ensuite été retiré partiellement, mais aucune mesure n'aurait été prise depuis pour éviter ce genre de cas. 

Au printemps 2024, Valérie Dittli avait en outre mandaté le professeur Yves Noël pour produire un avis de droit sur le calcul du bouclier fiscal. Or, cet expert avait auparavant rédigé un avis de droit sur la situation fiscale de Valérie Dittli et écrit un livre favorable à cette dernière autour de cette affaire. 

«La concentration, le cumul et la répétition de ces manquements dans la gestion des conflits d’intérêts montrent un important déficit d’attention à cette problématique. Les lacunes dans la gestion de ces conflits d’intérêts atteignent la crédibilité de gestion de l’Etat», estime la délégation.

Une souffrance du personnel

Outre le manque de confiance réciproque, Valérie Dittli aurait tendance à se retrancher derrière l’administration et à charger ses collaborateurs au lieu d'assumer ses décisions politiques, souligne le rapport.

La délégation constate une fatigue importante des collaboratrices et collaborateurs à plusieurs niveaux et dans différentes entités. En outre, Valérie Dittli aurait entrepris des démarches préliminaires «pour se séparer de plusieurs haut·e·s cadres ou pour les déplacer à d’autres fonctions, notamment parce qu’elles ou ils refusaient d’accéder à des demandes qu’elles ou ils considéraient contraires aux règles en vigueur, entre autres dans le cadre du bouclier fiscal», relève le rapport.

Une collégialité écornée

La délégation souligne que les règles de collégialité sont une obligation constitutionnelle, mais qu'elles participent également d’un mode de fonctionnement et d’un état d’esprit. Or, le rapport relève que ces règles essentielles au bon fonctionnement de l'Etat ont été «écornées» dans ce dossier. Le Collège gouvernemental a notamment été peu informé lors de mandats ou d’avis de droit demandés à l’externe. Selon le rapport, «le dossier dans sa globalité a affecté les relations de confiance au sein du Conseil d’Etat et péjore son climat de travail.» 

Le document conclut avec 24 recommandations pour améliorer la situation dans tous les domaines considérés comme problématiques.

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