Chronologie d'un attentat
Retour sur les heures qui ont précédé l'attaque au couteau de Winterthour

Nesip D. a attaqué au couteau des passants jeudi matin à la gare de Winterthour, blessant trois personnes. Déjà connu des autorités, l'homme de 31 ans avait quitté une clinique psychiatrique la veille de son attaque. Retour sur les heures qui ont précédé ce drame.
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Jeudi matin, Nesip D. a agressé au couteau plusieurs passants au hasard à la gare de Winterthour.
Photo: Lecteur-reporter
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Qendresa Llugiqi et Sandro Zulian

Il voulait blesser, il voulait tuer: Nesip D., originaire de Winterthour, a attaqué au couteau des passants au hasard jeudi matin à la gare de Winterthour, en pleine heure de pointe. Ce Suisse d'origine turque âgé de 31 ans a blessé trois personnes. L'une d'elle a dû être opérée en urgence. Grâce à plusieurs témoignages et aux informations des autorités, Blick a pu reconstituer les jours précédant et le déroulement de cette attaque.

8h28: Le crime commence

L'agression a débuté jeudi à 8h28, à l'extrémité nord de la gare de Winterthur. Témoin oculaire, Turhan Muslu, chauffeur de taxi, nous raconte ces quelques secondes de panique: «Je l'ai vu se précipiter hors de la rampe et tenter de poignarder un homme. Le passant s'est défendu de toutes ses forces.» La panique s'est immédiatement répandue parmi les usagers.

Des vidéos montrent l'assaillant, aux longs cheveux noirs et à la barbe fournie, vêtu d'un t-shirt anthracite et d'un short gris, traversant en courant la place de la gare en criant «Allahu Akbar». Il a dépassé une classe d'école, et l'enseignante est intervenue pour protéger ses élèves.

8h33: Nesip D. est arrêté

Selon Turhan Muslu, les forces de sécurité de la gare sont rapidement intervenues et ont maîtrisé l'agresseur. A 8h33, Nesip D. était hors d'état de nuire.

Hier matin, plusieurs zones de la gare portaient encore les traces de l'attaque: l'escalier menant au passage souterrain était notamment bouclé. A quelques mètres, la police avait installé une tente blanche près de la voie 3, signe évident que la situation avait dégénéré. Une troisième scène de crime se trouvait au coin de la place de la gare, à hauteur du numéro 9.

C'est à la gare de Winterthour que la police a retrouvé les trois blessés: un homme de 28 ans touché à la jambe, un homme de 43 ans blessé au cou et un homme de 52 ans grièvement atteint à la cuisse. Une vidéo montre un homme en tenue de sport assis dans un escalier en train de recevoir les premiers soins. A 9 heures, toutes les victimes avaient été hospitalisées.

11h23: Premier communiqué de presse de la police

A 11h23, la police cantonale zurichoise confirme qu'un Suisse de 31 ans a blessé trois personnes à l'arme blanche.

15h05: Les autorités donnent les premiers détails

Quelques heures après l'attaque, Marius Weyermann, commandant de la police cantonale de Zurich, ainsi que Mario Fehr, conseiller d'Etat zurichois, ont présenté les premières conclusions de l'enquête lors d'une conférence de presse.

Mario Fehr a utilisé des mots très forts pour qualifier les faits, parlant à plusieurs reprises d'un «acte de terrorisme» et affirmant qu'un tel acte ne serait pas toléré. De son côté, Marius Weyermann a rapidement évoqué un mobile lié à la radicalisation et à l'extrémisme.

C'est ensuite Mario Fehr qui a dévoilé l'identité du suspect originaire de Winterthour, une démarche très rare en Suisse. Il a expliqué que son nom circulait déjà publiquement et qu'il ne constituait donc plus un secret.

Du lundi 25 mai au jeudi 28 mai: Avant l'attaque

L'enquête devrait désormais se concentrer non seulement sur la journée de jeudi, mais aussi sur les jours ayant précédé l'attaque de Winterthour. On sait désormais que l'auteur présumé, Nesip D., s'était présenté de lui-même à la police le lundi 25 mai. Selon Marius Weyermann, il avait alors tenu des propos incohérents et délirants. Par précaution, il avait ensuite été interné au service de psychiatrie de Winterthour.

Nesip D. a quitté la clinique ce mardi. Toujours selon le commandant de la police cantonale, un mandat d'arrêt avait été émis contre lui. Il a finalement été retrouvé lors d'un contrôle à son domicile puis reconduit à la clinique.

Mercredi, un médecin a estimé que Nesip D. ne représentait «aucun danger pour lui-même ni pour autrui». Bien que la clinique ait recommandé de le maintenir en observation afin de le stabiliser, il a quitté le service de psychiatrie mercredi soir, la veille de son attaque.

La clinique a publié un communiqué le soir même de l'attaque, témoignant sa profonde tristesse. L'établissement n'a pas précisé qui avait jugé l’homme inoffensif, ni pour quelles raisons. Il a toutefois annoncé l'ouverture d'une enquête afin d'examiner les procédures et les responsabilités ayant conduit à sa libération.

Radicalisation à la mosquée An'Nur

Selon la SRF, Nesip D. appartenait il y a quelques années à un groupe de jeunes fréquentant la mosquée An'Nur de Winterthour-Hegi, fermée en 2017. Plusieurs membres de ce groupe ont ensuite été inculpés et condamnés. Dans cette mosquée controversée, un imam appelait notamment à la violence contre les «mauvais musulmans». Les deux frères de l'assaillant avaient eux aussi déjà attiré l'attention des enquêteurs en raison de leur radicalité.

Selon les autorités, Nesip D. diffusait de la propagande islamiste sur ses réseaux et cherchait à convaincre d'autres personnes de rejoindre le djihad, la guerre sainte. Il avait déjà été inculpé il y a onze ans, «pour violation de l'interdiction de l'Etat islamique», a précisé Marius Weyermann.

Nesip D. se trouve actuellement en détention provisoire. Ses frères et ses parents sont également interrogés. Il risque une lourde peine de prison ainsi que le retrait de sa nationalité suisse.

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