Dimanche, Saas-Grund, en Valais, se prononcera sur son avenir. La nouvelle patinoire, la Saastalhalle, s'est transformée en gouffre financier: les coûts de construction ont explosé et le projet a désormais besoin d'une injection de fonds de la commune. Quel que soit le résultat du vote, le village se retrouve face à un véritable désastre. Si la population rejette le projet, la Saastalhalle restera le chantier le plus coûteux et le plus raté de Suisse.
Si la population vote «oui», la commune risque de sombrer dans une grave crise financière. Certains établissent déjà des parallèles avec le désastre financier de Loèche-les-Bains. Un habitant de la région a déclaré: «Nous avons déjà perdu, la seule question est de savoir combien.»
La patinoire est presque terminée
La planification et la construction de la nouvelle patinoire sont en cours depuis 2019. Sans elle, impossible pour le EHC Saastal de se maintenir en première division. A l'origine, le financement devait être assuré par le club et d'autres bailleurs de fonds, mais ce sont désormais les pouvoirs publics qui doivent prendre le relais.
Durant la construction, les coûts ont explosé. En cause: l'inflation, la pandémie de COVID-19 et deux violentes tempêtes survenues dans la vallée de Saas. Au lieu d’un peu plus de dix millions de francs, la construction en coûte désormais près de 14 et elle stagne depuis des mois. C'est une coquille vide mais l'EHC Saastal n'a pas les moyens de la terminer. «Oui, des erreurs ont été commises», reconnaît Alexander Geiser, vice-président du club.
Un plan de sauvetage a récemment été présenté. «Les principaux créanciers sont prêts à investir les 3,2 millions de francs qui manquent pour achever la construction de la patinoire, et à prendre en charge cinq millions de francs de capitaux extérieurs», explique Alexander Geiser. L’EHC Saastal renoncera aux quelque cinq millions de francs déjà perçus ainsi qu’aux 500'000 francs supplémentaires versés par le conseil d'administration.
Résistance à la garantie communale
Mais une patinoire ne doit pas seulement être construite, elle doit aussi être exploitée. Et c’est là que les choses se compliquent et prennent une tournure politique. En effet, Saas-Grund doit mettre la main à la poche pour assurer l’exploitation. «L’engagement financier est plafonné à 200'000 francs par an», explique Martin Zerzuben, membre du comité directeur. Le contrat est prévu pour une durée de 20 ans.
Une proposition qui divise. Car tout le monde ne soutient pas ces plans de sauvetage, loin s’en faut. Pour Diego Andenmatten, du parti «Le Centre Saas-Grund», il est hors de question d'impliquer la municipalité de cette manière. «Pour une commune de 1000 habitants, c'est un investissement considérable.»
D'autres chantiers auxquels penser
Diego Andenmatten évoque d’autres projets qui coûteront cher à Saas-Grund dans le futur. L’école doit être rénovée, la protection contre les crues aura un prix élevé, et il y a aussi le téléphérique, véritable moteur du village, qui peine constamment à suivre la demande. «Dans ce contexte, il est irresponsable, y compris vis-à-vis des jeunes, de s’engager dans un tel projet», déclare-t-il.
Barbara Anthamatten, présidente de l’EHC Saastal, n’est pas d’accord. «L’ancienne patinoire coûtait elle aussi près de 75'000 francs par an à la commune. Nous ne paierions donc que 75'000 de plus, mais nous disposerions en contrepartie d’une salle polyvalente et d’un investissement pour l’avenir du village», explique-t-elle. De plus, la salle générera des recettes pour la commune. «Elle permettra notamment d'augmenter le nombre de nuitées à Saas-Grund.» Diego Andenmatten conteste cette affirmation. «Ce ne sont que des théories, personne ne sait à quoi ressemblera le monde dans 20 ans. Ce qui est certain, en revanche, ce sont les coûts pour la commune!»
Le risque d’une salle fantôme
Une chose est sûre: le vote sera serré. Les partisans comme les opposants s'accordent sur ce point. C'est compréhensible, car les enjeux sont de taille. «En cas de vote négatif, il n’y a pour l’instant aucun plan B. Si le projet est rejeté dimanche, toute la vallée perdra son complexe sportif. Pour l’EHC Saastal, ce serait la fin: «Sans salle, le club ne pourrait pas survivre et, dans le pire des cas, disparaîtra complètement», explique Martin Zerzuben, membre du comité d'administration, avant d’ajouter: «Cette opposition farouche est donc difficile à comprendre.»
Selon Martin Zerzuben, cette salle fantôme deviendrait le chantier en ruine le plus cher de Suisse, une salle fantôme. Cependant, Diego Andenmatten soutient que «le projet était surdimensionné dès le départ. Il faut revoir sa réalisation et, si possible, impliquer toute la vallée de Saas». Quel que soit le résultat du scrutin, il sera décisif pour le village valaisan. Saas-Grund perdra soit sa salle, soit de l’argent.