Scandale politique à Uster (ZH)
Le chef de la police envoyait-il des lettres d'insultes anonymes?

Un scandale policier secoue Uster, près de Zurich. L'enquête de Blick révèle que le commandant, désormais démis de ses fonctions, aurait envoyé des courriers haineux anonymes. C'est la conclusion d'une enquête administrative. Il conteste ces accusations.
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A Uster (ZH), un scandale impliquant la police ébranle la confiance dans la classe politique.
Photo: Sven Thomann
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Marco Lüssi

Uster, la troisième plus grande ville du canton de Zurich, est secouée par un scandale politique: des manœuvres frauduleuses ont été constatées dans la comptabilité de la police municipale. Par exemple, l'achat d'une BMW X2 de 300 chevaux pour 100'000 francs suisses a été comptabilisé en quatre versements, afin de ne pas dépasser le seuil de 50'000 francs, au-delà duquel l'approbation du Conseil municipal aurait été nécessaire.

Après que la Municipalité a pris connaissance des irrégularités fin mars, l'information a été cachée durant plusieurs mois. Elles n'ont été évoquées que brièvement lors des débats parlementaires sur les comptes annuels en juillet.

Implication d'une municipale

De plus en plus de détails ont ensuite été révélés. Alors qu'il semble initialement que cette faute est le fait de policiers, Beatrice Caviezel, municipale en charge de la sécurité, a dû admettre certaines factures fractionnées. Il est également apparu que cette procédure irrégulière était en vigueur depuis plusieurs années.

A cela s'ajoute le mystère des lettres anonymes. Ces dernières années, plusieurs citoyens et élus qui avaient critiqué la police municipale sur les réseaux sociaux ou dans le courrier des lecteurs ont reçu des courriers d'insultes directement à leur domicile, sans nom d'expéditeur.

L'ancien chef de l'armée concerné

Au printemps 2025, le chef de l'armée de l'époque, Thomas Süssli, a lui aussi reçu une de ces lettres. Le courrier visait à discréditer un agent qui venait de quitter la police d'Uster pour rejoindre les rangs de l'armée. «Il ne doit jamais manipuler d'armes. Il n'a pas la tête nette», pouvait-on lire au sujet de cette nouvelle recrue.

Le contenu des lettres anonymes, mais aussi le fait qu’elles aient été en partie glissées dans des enveloppes officielles de la ville d’Uster et affranchies à l’aide d’une machine de la ville, laissaient supposer que l’auteur inconnu devait provenir de l’entourage de la police municipale.

Lancement d'une enquête externe

Le conseiller communal Simon Vlk a lui aussi reçu une lettre anonyme. «On ne voit ce genre de choses que dans les mauvais films hollywoodiens», déclare-t-il à Blick. Si des lettres visant à insulter ou intimider des personnalités publiques et des particuliers proviennent réellement des rangs de la police, ce serait une affaire grave, pouvant même relever du droit pénal.

La ville d’Uster a déjà chargé, l’année dernière, un cabinet d’avocats de mener une enquête administrative afin d’identifier l’auteur. Dans ce cadre, l’ancien commandant de la police municipale d’Uster, Andreas Baumgartner, ainsi que plusieurs de ses cadres, ont été interrogés. Andreas Baumgartner, qui s’était fait accompagner par un avocat lors de l’interrogatoire, a nié avoir rédigé ces lettres. Il a toutefois refusé de fournir un échantillon de son écriture.

Des preuves accablantes

Les conclusions de l’enquête menée par le cabinet d’avocats chargé de l’affaire sont fracassantes. Celui-ci estime qu'il est «très probable» que l'auteur des lettres anonymes soit le commandant de la police. Il existerait même des preuves accablantes démontrant cela.

Par ailleurs, l’enquête administrative a mis en lumière des fautes professionnelles qu'Andreas Baumgartner a reconnues: il s'est fait confectionner des costumes aux frais de la ville d'Uster et il a donné un surnom désobligeant au chef du service de sécurité.

Un bouc émissaire?

A la mi-juin, la ville d’Uster a annoncé le licenciement d'Andreas Baumgartner pour la fin du mois d'octobre, ajoutant que d'ici là, il resterait en congé. La ville a justifié cette décision par une «perte de confiance réciproque», sans donner plus de détails.

Les avocats d'Andreas Baumgartner ont déclaré à Blick que ce dernier continue de nier catégoriquement être l'auteur des lettres anonymes. «Il n’y a pas de preuves concrètes, et les éléments de preuve circonstancielle présentés dans le rapport d'enquête ne tiennent pas la route.»

Il n’est guère surprenant qu’un commandant de police soit limogé lorsque ses supérieurs estiment qu’il a envoyé des lettres diffamatoires à des citoyens. Les observateurs politiques estiment toutefois que le départ d'Andreas Baumgartner arrange également le conseil municipal, car il lui permet de lui imputer entièrement la responsabilité des manœuvres financières illicites.

Paul Stopper, qui représente un petit parti local au conseil communal, déclare: «Andreas Baumgartner me semble être un bouc émissaire.» Il affirme que le fractionnement des factures pour éviter les contrôles soit également une pratique utilisé dans d'autres services municipaux. Il ajoute: «Dans certains cas, cela se fait avec la connaissance, voire l'aval, de supérieurs politiques, qui ne souhaitent pas toujours justifier chaque dépense devant l'ensemble du Conseil municipal, ni même devant les électeurs.»

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La ville d’Uster s’est vu imposer des dépenses qui n’étaient légitimées ni sur le plan politique ni sur le plan financier
Simon Vlk, conseiller communal d'Uster
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La maire fait mauvaise figure

Simon Vlk, conseiller municipal, déclare: «En contournant délibérément le processus d’autorisation démocratique, la ville d’Uster s’est vu imposer des dépenses qui n’étaient légitimées ni sur le plan politique ni sur le plan financier.» Les contribuables se retrouvent à supporter l'intégralité du préjudice qui en résulte.

La Municipalité fait profil bas. La conseillère municipale responsable garde le silence. La maire Barbara Thalmann a déclaré que la communication était une priorité absolue – sans pour autant faire bonne figure dans ce domaine.

Lors d'une interview accordée à l'«Anzeiger von Uster», elle a d'abord répondu «non» quand on lui a demandé si la municipalité était au courant du scandale avant le scrutin du 12 avril, avant de corriger sa réponse par un « oui » lors de la relecture.

Une commission d’enquête va-t-elle être mise en place?

Cela laisse supposer que les conseillers municipaux auraient convenu d'attendre l'issue des élections pour révéler ces incidents, afin de ne pas compromettre leurs chances de réélection. Des sources proches des personnes concernées affirment que cette accusation est injustifiée. Selon elles, l'affaire devait d'abord faire l'objet d'une enquête approfondie avant d'être rendue publique. Même la maire garde le silence, faisant savoir qu'elle ne ferait aucun commentaire avant la séance du Conseil municipal le 31 août.

Ce jour-là, la Municipalité votera sur la création d'une commission d'enquête parlementaire (CEP) chargée d'élucider cette affaire. L'Union démocratique du centre (UDC), qui n'est pas représentée au gouvernement d'Uster, réclame cette option. Paul Stopper et Simon Vlk estiment également que CEP est nécessaire pour faire la lumière sur cette histoire. 

Simon Vlk ajoute: «Il faut déterminer qui a été impliqué dans cette affaire policière et qui savait quoi, et à quel moment.» Paul Stopper exige en outre des sanctions disciplinaires au plus haut niveau: «La maire Barbara Thalmann et la responsable de la sécurité Beatrice Caviezel devraient, compte tenu de leurs graves erreurs, qu’elles ont elles-mêmes reconnues, consistant à dissimuler, passer sous silence et faire de fausses déclarations, avoir la décence de démissionner.»

De nouvelles lettres anonymes circulent

Depuis cette semaine, l’affaire s'est étendue au Ministère public. La «NZZ» ayant cité un rapport d’audit attestant de l’ampleur des fractionnements irréguliers des dépenses au sein de la police, le conseil communal et le conseil municipal ont porté plainte contre X pour violation du secret de fonction. Selon Paul Stopper, c’est typique des dirigeants d’Uster: «On lance des fumigènes pour détourner l’attention de ses propres échecs.»

Et puis, des lettres anonymes circulent à nouveau. On ne sait rien de leurs auteurs. Leur contenu devrait plaire au commandant de police démis de ses fonctions. Avec le départ d’Andreas Baumgartner, la ville d’Uster aurait perdu «le meilleur homme», «le meilleur leader», écrit l’auteur. En revanche, il ne mâche pas ses mots à l'égard des élus.

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