Plusieurs scandales éclaboussent le milieu de la santé outre-Sarine. Après le chirurgien cardiaque Francesco Maisano, qui serait responsable de 70 décès à l'Hôpital universitaire de Zurich, c'est au tour d'une médecin généraliste de Bienne de faire les gros titres.
L'affaire remonte au printemps 2021, la deuxième année du Covid-19. A cette époque, une centaine de personnes pensaient être protégées du virus après s'être fait vacciner à Ibach, dans le canton de Schwytz. Mais en vérité, on leur avait administré un vaccin périmé.
Les autorités compétentes du canton de Schwytz ont alors engagé une procédure pénale contre la médecin responsable – Susanne N. – et lui ont interdit d'exercer sa profession. Sauf qu'elle continue à pratiquer à 90 kilomètres de là, à Bienne, sous un autre nom.
Un job parfait, en apparence
Lorsque Silvia* est engagée au sein du cabinet de médecine générale de Susanne E., elle pense avoir trouvé le job de ses rêves. Mais ce qu'elle ignore, c'est que Susanne E. et Susanne N. sont la même personne!
Dotée d'une longue expérience professionnelle, l'infirmière accepte de travailler comme assistante médicale en mars 2026. Le cabinet coche plusieurs cases: il est proche de son domicile et le salaire est plutôt généreux. «Tout se présentait bien, j'étais heureuse», explique à Blick la femme de 34 ans. Mais elle réalise rapidement que sa supérieure semble avoir des connaissances médicales... très limitées.
Des actions douteuses
«Le Dr E. manque de compétences élémentaires que n'importe quel médecin devrait maîtriser. J'ai vu des choses qui m'ont fait dresser les cheveux sur la tête», confie-t-elle à Blick. A l'en croire, elle ne savait par exemple pas ce qu'était le NaCl (chlorure de sodium). «D'après mes observations, elle n'était pas en mesure de poser une voie veineuse de manière sécurisée.» Dans un autre cas, elle aurait prescrit de la Ritaline à un patient alors que celui-ci avait des problèmes cardiaques. «Cela peut être très dangereux», déplore l'infirmière.
Et puis, il y a eu la goutte de trop. Un jour, Silvia lui a fait examiner ses deux enfants pour une éruption cutanée. La médecin a diagnostiqué une dermatite atopique. «Il s’agissait en réalité de la scarlatine, qu’un autre médecin a immédiatement reconnue par la suite», explique-t-elle.
Elle a donc déposé plainte fin mars contre Susanne E. auprès du Département de la santé bernois. Blick a pu consulter la lettre.
Silvia n'est pas la seule à remettre en question les compétences de la docteure. Une autre infirmière, Hanna*, se montre également très critique: «Elle n'avait aucune idée de comment effectuer correctement une prise de sang, et ne connaissait pas les termes médicaux les plus fondamentaux.» Des lacunes qu'elle a tout de suite remarqué durant ses quelques jours d'essai au sein du cabinet. Elle ne mâche pas ses mots: «Je ne pense pas qu'elle ait vraiment fait des études de médecine.» Hanna a finalement renoncé à y travailler.
Toujours autorisée d'exercer à Berne
Comme expliqué auparavant, après le scandale des vaccins à Ibach, le canton de Schwytz avait lancé une procédure pénale contre Susanne N. et lui avait interdit d'exercer. Une inscription similaire dans le registre des professions médicales prouve que Susanne E. et Susanne N. sont la même personne.
C'est également ce que révèle un échange d'e-mails datant de l'été dernier, auquel Blick a eu accès. Selon ces échanges, la médecin envisageait de reprendre le cabinet d'une médecin qui partait à la retraite à Bienne. Les discussions avec les propriétaires de l'immeuble se sont toutefois compliquées: sa légitimité professionnelle était déjà remise en cause à l'époque. Les propriétaires avaient également appris qu'une procédure avait été engagée contre elle dans le canton de Schwytz.
La médecin a alors reconnu les faits, s'exprimant dans un allemand approximatif: «C’est vrai, mon cabinet de Schwytz a été fermé en 2021.» Elle a toutefois nuancé: «Si j’avais commis une infraction, on m’aurait aussi retiré le droit d’exercer à Berne. On m’a clairement indiqué que je n’avais commis aucun acte justifiant le retrait de mon autorisation professionnelle.» A ce jour, Susanne E. est effectivement toujours autorisée à exercer dans le canton de Berne.
Pourquoi les autorités ne font-elles rien?
Une situation qui indigne ses anciens employés. «Pourquoi cette femme a-t-elle encore le droit d'exercer? Les patients sont en danger!», dénonce Silvia. Hanna est tout aussi stupéfaite: «Les autorités connaissent depuis des mois l'identité de cette femme, et pourtant on continue à la laisser s'occuper des patients.»
Interrogées par Blick, les autorités bernoises renvoient à la protection des données. «Les autorités compétentes examinent les signalements dans le cadre de leurs obligations légales de surveillance et prennent des mesures appropriées si nécessaire», répond la Direction de la santé, des affaires sociales et de l'intégration du canton de Berne.
Blick a aussi confronté Susanne E. Mais la médecin n'a pas souhaité s'exprimer et a menacé d'engager des poursuites judiciaires, assurant que son avocat prendrait contact. Jusqu’à présent, cela ne s’est toutefois pas produit.
De son côté, Silvia recommande aux patients de changer rapidement de médecin de famille. «Même si cela reste compliqué dans la région de Bienne en raison du manque de généralistes.»
*Noms d'emprunt