«C'est une catastrophe absolue!»
Pourquoi les physios suisses se déchirent autour du niveau système tarifaire

Le conflit autour des nouveaux tarifs de la physiothérapie s'envenime: les plus grands cabinets dénoncent une «catastrophe absolue» et veulent empêcher l'entrée en vigueur du nouveau système tarifaire. Blick vous apporte quelques éléments de contexte.
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«Nous ne nous sentons pas représentés par Physioswiss », déclare Alexandra Helbling, membre du comité de la nouvelle association.
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Simone Steiner

La nouvelle grille tarifaire divise le secteur de la physiothérapie. Le conflit a progressivement dégénéré en une véritable guerre entre associations.

Mardi soir, le point de rupture a été atteint: les représentants des grands cabinets ont annoncé leur départ de l'association professionnelle. Dans le même temps, ils ont dévoilé leur nouvelle organisation, baptisée PROphysio.

Comment en est-on arrivé là? Blick revient sur les coulisses de cette lutte de pouvoir désormais ouverte.

Pourquoi les grands cabinets montent-ils au créneau?

Interrogée par Blick, Alexandra Helbling, directrice générale d'un centre de physiothérapie et membre du conseil d'administration de la nouvelle association, qualifie la nouvelle grille tarifaire de «catastrophe absolue». «Physioswiss ne défend pas les intérêts des grands cabinets», affirme-t-elle. Son entreprise, qui exploite 32 centres et emploie 400 personnes, est le plus grand prestataire de services de physiothérapie du pays.

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La nouvelle structure tarifaire serait désastreuse pour l'ensemble du secteur
Alexandra Helbling, membre du conseil d'administration de PROphysio
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«Avec la nouvelle grille tarifaire, le revenu brut horaire tomberait sous la barre des 100 francs», a poursuivi Alexandra Helbling. Selon elle, ce montant ne permettrait plus de couvrir les coûts. La physiothérapeute souligne que les dépenses liées aux loyers, à l'administration, au matériel et à la formation continue ont fortement augmenté ces dernières années.

«La nouvelle structure tarifaire serait désastreuse pour l'ensemble du secteur», estime encore Alexandra Helbling. Les salaires risqueraient de diminuer davantage, ce qui aggraverait la pénurie de personnel soignant et le manque de main-d'œuvre qualifiée. Avec une alliance d'opposants, elle a donc lancé la pétition «Tarifs équitables pour la physiothérapie», qui réclame un tarif permettant un revenu brut de 140 francs par heure. Plus de 24'000 personnes l'ont déjà signée.

L'association professionnelle Physioswiss a pris acte des tensions croissantes au sein de la branche. La semaine dernière, elle a créé l'IG Grosspraxen («Communauté d'intérêts des grands cabinets»), afin de mieux représenter les intérêts de ces structures au sein de l'association. Pour Alexandra Helbling, cette initiative intervient toutefois trop tard. «Nous souhaitons désormais participer aux négociations aux côtés de Physioswiss et de PROphysio», déclare-t-elle.

Comment les prestations seront-elles facturées à l'avenir?

La structure tarifaire actuelle de la physiothérapie a été introduite il y a près de 30 ans et est aujourd'hui considérée comme obsolète. L'association professionnelle Physioswiss a donc négocié un nouveau modèle avec les caisses d'assurance maladie et les hôpitaux. Après de longues discussions, elle a transmis sa proposition à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) en avril.

Actuellement, les prestations des physiothérapeutes sont facturées sous la forme de forfaits par séance. Deux tarifs existent: l'un pour les traitements standard, l'autre pour les traitements plus complexes. Selon le type de prestation, les physiothérapeutes perçoivent aujourd'hui entre 1,20 et 1,80 franc par minute.

Les caisses maladie reprochaient toutefois aux cabinets de physiothérapie de facturer trop souvent, sans justification, le tarif le plus élevé. C'est notamment pour cette raison qu'une nouvelle structure tarifaire a été négociée. Il a ainsi été décidé d'abandonner les forfaits par séance au profit d'une rémunération à l'acte basée sur la durée du traitement. A l'avenir, la facturation se fera par tranches de cinq minutes et tous les traitements seront rémunérés au même tarif, soit environ 1,50 franc par minute.

L'OFSP a déjà examiné ce nouveau barème tarifaire. et transmettra prochainement le contrat au Conseil fédéral, accompagné d'une recommandation. Le gouvernement décidera alors de l'approuver ou non. L'entrée en vigueur de la nouvelle structure est prévue pour le début de l'année 2027.

Pourquoi Physioswiss parle d'une «étape décisive»?

Osman Bešić, directeur de Physioswiss, assure auprès de Blick que la nouvelle structure tarifaire constitue «étape importante» dans un entretien accordé à Blick. Selon lui, ce nouveau système est davantage fondé sur les données, plus transparent et plus équitable. «Chacun reçoit le même montant pour un même service», souligne-t-il. L'objectif est que la facturation reflète plus fidèlement les prestations réellement fournies.

Osman Bešić reconnaît que la situation économique du secteur est tendue. Il estime toutefois que le nouveau système sera avantageux pour la majorité des 13'000 membres de Physioswiss. Les cabinets qui réalisent une forte proportion de séances courtes, auparavant facturées selon le système complexe des forfaits, risquent en revanche d'enregistrer des pertes financières.

Le Conseil fédéral a chargé les partenaires tarifaires de parvenir à un accord à coût nul. «Cela ne signifie pas qu'il y aura plus ou moins d'argent disponible; il sera simplement réparti plus équitablement à l'avenir», explique Osman Bešić.

Pourquoi les grands cabinets ne sont pas satisfaits?

Les grands cabinets estiment que la nouvelle structure tarifaire est tout sauf équitable. Or, leur poids dans le secteur est loin d'être marginal: ils assurent près de la moitié des traitements de physiothérapie réalisés en Suisse.

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Soigner les patients plus longtemps n'est pas forcément synonyme de meilleure qualité
Alexandra Helbling, membre du conseil d'administration de PROphysio
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«Notre taille nous permet de travailler plus efficacement», explique Alexandra Helbling. Selon elle, le nouveau système tarifaire crée des incitations perverses. Avec une rémunération basée sur le temps consacré au patient, les thérapeutes qui passent davantage de temps avec chaque personne seraient mieux rémunérés. «Mais soigner les patients plus longtemps n'est pas forcément synonyme de meilleure qualité.»

Les grands centres misent souvent sur la physiothérapie active. Les séances y sont plus courtes, mais les patients peuvent ensuite poursuivre leurs exercices de manière autonome grâce au matériel mis à leur disposition. Cette approche permet de prendre en charge davantage de patients et de réduire les délais d'attente pour obtenir un rendez-vous.

Le nouveau modèle ne modifie pas seulement la facturation liée au temps passé avec le patient, mais aussi celle des tâches administratives. Celles-ci pourront désormais être facturées séparément, à condition qu'elles soient réalisées par le ou la physiothérapeute elle-même. «C'est aussi un désavantage pour les grands cabinets», estime Alexandra Helbling. Dans ces structures, ces tâches sont souvent assumées par des assistants afin que les thérapeutes puissent consacrer un maximum de temps aux patients.

Les revendications des opposants

Afin de prendre le pouls de la profession, les opposants à la nouvelle grille tarifaire ont commandé un sondage auprès de Sotomo. Bien que cette enquête ne soit pas représentative, elle a recueilli les réponses de plus de 2800 physiothérapeutes.

Selon les résultats, 71% des personnes interrogées ont une opinion négative de la nouvelle structure tarifaire. Près d'un quart d'entre elles s'attendent à une baisse de revenus de 20% ou plus, que ce soit pour elles-mêmes ou pour leur cabinet.

Le sondage révèle également que 57% des répondants ont une opinion négative de la direction de Physioswiss. Plus de la moitié estiment qu'une nouvelle association professionnelle est nécessaire. «Il est frappant de constater que la jeune génération, en particulier, qui a suivi la formation universitaire de la profession, perçoit le plus grand besoin d'un nouveau représentant de la profession», déclare Alexandra Helbling.

Avec la création de PROphysio, cette dernière souhaite empêcher l'entrée en vigueur de la nouvelle grille tarifaire et mettre en place un modèle qui garantisse la qualité des soins. En cas d'échec, elle n'exclut pas de négocier sa propre structure tarifaire.

Là où le bât blesse

La situation ne sera toutefois pas aussi simple. Comme l'indique l'OFSP à Blick, tous les physiothérapeutes sont tenus d'appliquer le tarif en vigueur. Il n'est pas admissible que plusieurs grilles tarifaires coexistent pour des prestations identiques.

Par ailleurs, les conventions tarifaires collectives ne peuvent être conclues qu'entre des parties représentatives des prestataires de soins et des assureurs concernés. C'est pourquoi les fondateurs de PROphysio ont activement cherché à recruter de nouveaux membres lors de leur réunion en ligne organisée mardi soir. La guerre est donc loin d'être terminée et de nombreuses incertitudes demeurent également pour les patients.

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