Allongement des délais d'attente pour les séances de physiothérapie, lacunes dans la prise en charge en milieu rural et aggravation de la pénurie de personnel qualifié: Alexandra Helbling, PDG de Physiozentrum, voit l'avenir de son secteur d'un mauvais œil. «Il en va de l'accès aux soins pour la population suisse», déclare-t-elle. Avec 32 centres et 400 employés, Physiozentrum est le plus important prestataire de physiothérapie en Suisse.
Les avertissements d’Alexandra Helbling s’expliquent par la nouvelle structure tarifaire que l’association Physioswiss et ses partenaires ont récemment soumise à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Le cadre de base de l'accord tarifaire actuel est resté inchangé depuis une trentaine d'années; mais après de longues négociations, Physioswiss, l’association hospitalière H+ et Prio Swiss, l’association des assureurs-maladie suisses, se sont mis d’accord sur un tout nouveau système.
Du tarif forfaitaire à la facturation à la minute
La structure tarifaire définit le temps nécessaire et le degré de complexité d’une prestation. Ces éléments sont ensuite convertis en «points tarifaires» par prestation, ce qui détermine le montant du remboursement de celle-ci. Le projet prévoit le passage d'une tarification forfaitaire des thérapies à une tarification individuelle basée sur le temps. Le principe fondamental de cette nouvelle structure: jusqu'à maintenant, un forfait moyen était appliqué pour une séance de 30 minutes; désormais, la facturation se fera par tranches de 5 minutes.
Pour Helbling, une chose est claire: «La structure proposée est une véritable catastrophe pour une grande partie de la branche.» Le chiffre d’affaires brut par heure chuterait sous la barre des 100 francs – or, à de tels tarifs, il est impossible de proposer des soins de physiothérapie de qualité. «La nouvelle structure menace la survie de près de la moitié des cabinets de physiothérapie. Ce n’est pas dans l’intérêt des patientes et des patients.»
La profession se mobilise
Peu après la présentation de la nouvelle grille tarifaire par Physioswiss, une vague de résistance s’est manifestée au sein de la profession. La pétition «Tarifs équitables pour la physiothérapie» a déjà recueilli plus de 19'000 signatures. Elle réclame un chiffre d’affaires brut de 140 francs par heure. «Alors qu’une augmentation de tarif attendue depuis longtemps reste en suspens, la nouvelle grille tarifaire qui vient d’être dévoilée exerce une pression supplémentaire sur les coûts», peut-on lire sur le site web.
Le problème de cette nouvelle structure: le barème pénalise les organisations de physiothérapie (OPD), qui réalisent aujourd’hui près de la moitié du chiffre d’affaires du secteur. Les OPD sont souvent des cabinets de grande taille dotés de leurs propres infrastructures pour leurs thérapies et proposant des traitements fondés sur des données scientifiques. «Le marché des grands cabinets a connu une forte croissance ces dernières années», explique M. Helbling. La qualité y est élevée et la durée des traitements n’est pas excessivement longue. A l’avenir, cette efficacité sera pénalisée, car il n’y aura plus de tarif forfaitaire, mais un tarif horaire.
Actuellement, un traitement standard d'une demi-heure vaut 48 points tarifaires, mais à l'avenir, il n'en vaudra plus que 44. «L’incitation est complètement à l’envers: à l’avenir, on serait récompensé si l’on prolongeait le traitement», explique M. Helbling.
L’association lance sa propre campagne
«Nous comprenons que certains membres portent un regard critique sur les répercussions de cette mesure sur leur cabinet», écrit l’association Physioswiss en réponse à notre demande. Il est toutefois essentiel de souligner que la nouvelle structure tarifaire permet de créer, pour l’ensemble de la profession, une base objective et fondée sur des données. «La majorité des physiothérapeutes obtiennent des résultats équivalents, voire meilleurs, avec la nouvelle structure. Parallèlement, celle-ci devait respecter les obligations légales, notamment l'impératif politique de neutralité des coûts.»
L’association souligne que l’exemple de la consultation d'une demi-heure est incomplet. Le forfait actuel couvre non seulement la durée du traitement, mais aussi l’ensemble du temps consacré à un patient, y compris, par exemple, les tâches administratives. Avec la nouvelle structure, les prestations seraient financées via deux lignes budgétaires distinctes.
Selon Alexandra Helbling, cette approche reste contre-productive. «Afin de garantir à l'ensemble de la population l’accès aux services de physiothérapie, il est impératif de ne pas aggraver la pénurie de personnel qualifié en affectant des physiothérapeutes hautement qualifiés à des tâches administratives.» La compétence thérapeutique doit être mise au service du patient. Les tâches administratives pourraient et devraient être déléguées aux assistants de cabinet.
L'association va-t-elle se scinder?
L’association ne nie pas que le secteur soit confronté à des difficultés financières, bien au contraire. Physioswiss a récemment lancé sa propre campagne pour attirer l’attention sur «l’écart entre les services fournis par notre secteur et les honoraires versés pour ces services».
Le processus d'élaboration de la nouvelle structure tarifaire est actuellement en cours au sein de l'OFSP. Si ce dernier approuve cette structure, elle pourrait être mise en place au plus tôt début 2027. Mais dans de nombreux cabinets, les nerfs sont à vif. Avec cette pétition, ils espèrent que le point de vue de l’OPD sera enfin entendu et pris en compte dans les négociations.
Une rumeur circule dans le secteur selon laquelle les grands cabinets pourraient bientôt se séparer de l’association des physiothérapeutes pour former leur propre association et exiger leur propre convention collective. «Nous étudions toutes les options et menons actuellement une enquête afin de déterminer les besoins des physiothérapeutes», explique Helbling.