Jusqu’à 10'000 francs de plus par an
Les frais de garde explosent dans cette commune suisse

Dans la commune suisse d'Erlen, les frais de garde extrascolaire augmentent fortement. Pour certaines familles, la facture grimpe même de plusieurs milliers de francs par an.
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Jan Sahner (à droite) et Marc Grönemeyer, tous deux pères de famille, ne savent plus quoi faire. Les frais de garde extrascolaire ont augmenté de plus de 60% du jour au lendemain.
Photo: Sebastian Babic

En bref

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  • La commune d’Erlen (TG) a augmenté de 61,8% les frais de garde extrascolaire, passant de 55 à 90 francs par jour pour les revenus supérieurs à 140'000 francs. Cette décision, annoncée sans explication claire, choque les familles, notamment celles à double revenu.
  • Marc Grönemeyer estime que sa famille devra débourser 10'000 CHF de plus par an pour la garde de ses deux enfants, un coût jugé difficilement supportable, malgré la qualité du service d’accueil.
  • Jusqu’en 2026, les tarifs de garde à Erlen n’avaient pas changé depuis sept ans. A titre de comparaison, Sulgen (TG) facture 67 francspar jour et Amriswil (TG) 71 francs, des montants inférieurs aux nouveaux tarifs d’Erlen.
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Sebastian Babic

Pour Marc Grönemeyer, le choc survient un dimanche à la piscine. Des amis lui parlent d’un article évoquant une forte hausse des frais de garde extrascolaire dans sa commune d’Erlen, dans le canton de Thurgovie. Les nouveaux tarifs sont si élevés qu’il croit d’abord à une erreur. «Mais j’ai vérifié et je suis tombé des nues. Les frais s’élèvent désormais à 90 francs par jour au tarif maximal. Avant, c’était 55 francs!»

Comme son deuxième enfant, âgé de 4 ans, doit également être pris en charge à partir de la rentrée, Marc Grönemeyer s’attend à près de 10'000 francs de dépenses supplémentaires par an par rapport aux tarifs précédents. «Nous ne vivons pas la grande vie et nous ne pouvons pas payer cette différence aussi facilement», déplore-t-il.

Une hausse de plus de 60%

Marc Grönemeyer se renseigne auprès de la commune, mais n’obtient pas de réponse satisfaisante. Il entre alors en contact avec d’autres familles concernées et fait la connaissance de Jan Sahner. Père de deux enfants, il habite dans la commune voisine de Kümmertshausen (TG). C’est lui qui a été le premier à rendre l’affaire publique dans la «Thurgauer Zeitung».

Professeur de mathématiques, Jan Sahner a calculé précisément l’ampleur de la hausse. «L’augmentation s’élève à 61,8%! Je n’en croyais pas mes yeux!» Le «Colori», le service d’accueil de la commune, n’est pourtant pas remis en cause par les deux parents. Au contraire. «L’accueil est vraiment génial, les enfants s’y sentent bien et le personnel fait un travail formidable!», affirment-ils à l’unisson.

Ils auraient d’ailleurs accepté de payer davantage. Les familles ont longtemps bénéficié de tarifs avantageux, ce qui a notamment contribué à leur choix de s’installer à Erlen. Mais l’ampleur de la hausse passe mal. «Une augmentation de 10%, voire 20%, aurait été acceptable. Mais une hausse aussi importante est difficilement supportable financièrement», estime Marc Grönemeyer.

La commune d’Erlen n’avait plus augmenté ses tarifs de garde depuis sept ans. Jusqu’à présent, toutes les familles disposant d’un revenu annuel supérieur à 80'000 francs payaient le même tarif: 55,80 francs par enfant et par jour. Désormais, les familles gagnant plus de 140'000 francs doivent débourser 90 francs. A titre de comparaison, les tarifs des communes voisines sont plus élevés qu’ils ne l’étaient jusqu’ici à Erlen. A Sulgen (TG), ils s’élèvent à 67 francs et à Amriswil (TG) à 71 francs par jour.

Les couples à double revenu particulièrement touchés

La nouvelle réglementation touche surtout les familles dont les deux parents travaillent. Un modèle familial pourtant encouragé sur le plan politique, notamment face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Une étude à laquelle a participé Peter Hongler, professeur de droit fiscal à l’Université de Saint-Gall, montre également que des frais de garde élevés peuvent avoir un impact sur l’activité professionnelle. «D’un point de vue purement économique, cela n’a aucun sens», explique-t-il à Blick.

L’étude, consacrée à la ville de Zurich, montre que les frais de garde peuvent considérablement influencer l’incitation à travailler. Le professeur Peter Hongler ne souhaite pas imposer un modèle de vie aux familles, mais si la Suisse veut mieux exploiter son potentiel de main-d’œuvre, elle doit s’intéresser aux incitations financières.

Dans les familles à double revenu, des frais de garde élevés peuvent notamment rendre peu intéressant le fait d’augmenter son taux d’activité, en particulier pour les femmes. «Si l’on veut que les femmes qui peuvent gagner un salaire moyen à élevé travaillent, les frais de garde sont un enjeu central. Si, en augmentant son temps de travail, une grande partie du revenu supplémentaire passe dans la garde des enfants, cela ne fait aucun sens pour une famille.»

La commune reste avare de commentaires

C’est justement sur ce point que les deux pères expriment leur principale critique. «Nous ne comprenons toujours pas comment cette augmentation est justifiée», explique Jan Sahner. «La commune m’a simplement répondu: 'Nous y avons bien réfléchi.'»

«
Ma femme devait passer d’un taux d’activité de 60 à 80%. Mais en raison de l’augmentation des frais de garde, ce n’est plus envisageable
Jan Sahner
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Interrogé par Blick, le président de la commune d’Erlen, Thomas Bosshard, s’est montré laconique et a renvoyé aux déclarations qu’il avait faites à la «Thurgauer Zeitung». Il avait notamment expliqué que la commune était consciente qu’avec l’adaptation des tranches tarifaires pour les revenus les plus élevés, il ne s’agissait pas d’une simple «hausse des prix». L’objectif était de «trouver une solution relativement équitable pour tous».

Ironie du sort: les épouses de Marc Grönemeyer et de Jan Sahner travaillent toutes deux dans des secteurs confrontés depuis des années à une pénurie de personnel qualifié: l’une est infirmière, l’autre enseignante. Jan Sahner explique déjà les conséquences concrètes de la hausse des coûts. «A l’origine, ma femme devait passer d’un taux d’activité de 60 à 80%. Mais en raison de l’augmentation des frais de garde, ce n’est plus envisageable.» Elle consacrera désormais ce temps à s’occuper de leurs enfants.

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