La population suisse ne fait plus assez d’enfants. Selon les derniers chiffres, le taux de natalité s’élève à 1,29 enfant par femme. «Nous devons augmenter à nouveau le nombre de naissances, sinon notre société finira par disparaître. A long terme, c’est une question de survie», affirme le démographe Hendrik Budliger, dans un entretien accordé à Blick.
La Suisse n’est pas un cas isolé. Aujourd’hui, près de deux tiers des pays du monde affichent un taux de natalité inférieur au seuil de renouvellement des générations. Pour qu’une population reste stable, il faut en moyenne 2,1 enfants par femme. Taïwan détient actuellement le taux de natalité le plus faible au monde avec 0,69 enfant par femme. Sans immigration, la population de l’île pourrait être divisée par deux dans les 50 prochaines années et tomber sous la barre des 13 millions d’habitants.
Assurance vieillesse... ou luxe
A l’autre extrême figure la Somalie avec 6,1 enfants par femme. Si cette tendance se poursuit, la population du pays pourrait tripler d’ici 2076 et dépasser les 60 millions d’habitants. Dans de nombreux pays à forte natalité, il n’existe pas de véritable système de retraite publique. Les enfants jouent donc un rôle central pour assurer les vieux jours des parents. A cela s’ajoutent un accès limité à la contraception et une place des femmes encore très inégalitaire.
A l’inverse, les pays affichant les plus faibles taux de natalité, comme Taïwan ou la Corée du Sud, sont très développés économiquement, mais aussi extrêmement compétitifs. Dans ces sociétés marquées par une forte culture du travail, avoir des enfants est souvent perçu comme un frein professionnel. Beaucoup de couples doivent également renoncer pour des raisons financières. Les loyers y sont très élevés et les coûts liés à l’éducation pèsent lourdement sur les ménages.
La Suisse se situe entre ces deux extrêmes. Avec le taux de natalité actuel, le pays pourrait ne compter plus qu’environ 7 millions d’habitants d’ici 50 ans, soit près de 2 millions de moins qu’aujourd’hui. Ici aussi, le coût des enfants joue un rôle dissuasif.
Entre 1400 et 1900 francs par mois
En Suisse, on estime souvent qu’élever un enfant jusqu’à sa majorité coûte environ un million de francs. Plusieurs calculs arrivent à des montants similaires.
Il y a d’abord les dépenses directes. Un enfant doit être nourri, habillé, assuré et soigné. Il a aussi besoin d’espace, de loisirs et d’activités. Selon les chiffres du canton de Zurich, ces coûts représentent environ 1400 francs par mois pour un jeune enfant et grimpent jusqu’à près de 1900 francs à l’adolescence. Sur 18 ans, cela représente déjà plus de 350'000 francs, sans compter certains loisirs particulièrement coûteux.
La garde d’enfants pèse lourd
Les frais de garde constituent un autre poids important pour les familles suisses. Selon une étude de l’OCDE, la Suisse figure parmi les pays où la garde d’enfants par des tiers est la plus chère au monde.
A eux seuls, ces frais peuvent atteindre jusqu’à 120'000 francs par enfant. Une place en crèche coûte environ 130 francs par jour. Le montant varie selon le revenu et le lieu de domicile. Pour deux jours de garde par semaine, les parents déboursent généralement entre 1000 et 1400 francs par mois.
Des coûts indirects considérables
A cela s’ajoutent les coûts indirects, souvent sous-estimés. De nombreux parents réduisent leur temps de travail afin de s’occuper de leurs enfants. Cela signifie une baisse de revenus, mais aussi des cotisations sociales et des futures rentes.
Dans la majorité des cas, ce sont les mères qui diminuent le plus leur activité professionnelle. Cette réduction du temps de travail peut freiner les perspectives de carrière et les possibilités de promotion, avec des conséquences durables sur le salaire.
Selon les estimations, ces coûts indirects peuvent eux aussi atteindre près de 500'000 francs. Au total, élever un enfant en Suisse coûterait donc près d’un million de francs, d’après un calcul publié début 2025 par l’assurance Baloise. En Suisse, avoir des enfants implique souvent de faire des compromis entre carrière, niveau de vie et vie de famille.