SSR, Suisse à 10 millions...
Ces cinq dossiers chauds vont rendre la politique explosive cette année

Le Parlement et les électeurs seront appelés à prendre des décisions historiques cette année. Coupes à la SSR, Suisse à 10 millions d'habitants, accord européen, l'année politique s'annonce passionnante.
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En 2026, les électeurs se prononceront sur la Suisse à 10 millions d'habitants.
Photo: Keystone
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Joschka Schaffner

En 2025, la politique suisse a été très agitée, chamboulée par de nombreux événements inattendus: la démission de Viola Ahmerd, l'annonce fracassante de la hausse des droits de douane de Trump – et tout le feuilleton qui s'en est suivi – sans oublier les nombreux changements à la tête de grands partis suisses. 

Impossible de connaître tous les imprévus qui marqueront l'année 2026, mais le programme est déjà bien chargé. Les Suisses, et leurs représentants, seront confrontés à plusieurs décisions cruciales. Blick vous propose un aperçu des enjeux politiques qui feront l'année 2026.

SSR: coupes budgétaires en vue, mais de combien?

La Société suisse de radiodiffusion et de télévision (SSR) a l'habitude d'être sous pression, mais la situation n'a jamais été aussi tendue. Au lieu d'attendre la votation sur l'initiative de réduction de moitié de la redevance, le conseiller fédéral Albert Rösti a déjà pris les devants. 

D'ici 2029, la redevance Serafe pour les ménages privés passera de 335 à 300 francs par an. En outre, dès l'année prochaine, près de 80% des entreprises assujetties à la TVA seront exemptées de la redevance – la limite d'obligation de payer passant de 500'000 francs de chiffre d'affaires annuel à 1,2 million de francs.

Contrairement à 2018, lorsque l'initiative «No Billag» avait été refusée par plus de 71,6% de la population (et 54% de taux de participation), cette fois l'UDC ne va pas au bout de ses idées. La nouvelle initiative populaire propose de réduire la redevance à 200 francs et d'en exempter les entreprises. Le projet promet donc d'être serré dans les urnes. 

Dans tous les cas, la SSR doit procéder à des coupes budgétaires. D'ici 2029, elle devra dépenser environ 270 millions de francs en moins chaque année. Cela implique la suppression de 900 postes à temps plein. Si la proposition de l'UDC est acceptée dans les urnes, il faudra sans doute réduire davantage les effectifs. 

Vers une abolition de la pénalisation du mariage?

Le 8 mars, le peuple décidera du sort de l'initiative SSR, mais pas seulement. Les citoyens suisses devront aussi se pencher sur la pénalisation du mariage. Dans notre pays, les couples à double revenu doivent généralement payer plus d'impôts lorsqu'ils sont mariés.

Les Femmes PLR voulaient enfin remédier à cette situation avec l'initiative pour des impôts équitables. Entre-temps, le Parlement a déjà décidé, avec un contre-projet indirect, d'introduire l'imposition individuelle pour les couples mariés. Mais plusieurs partis, dont l'UDC et le Centre, ont lancé un référendum avec l'Union suisse des paysans ainsi que la communauté d'intérêts Famille 3Plus.

L'alliance critique la réforme fiscale comme étant un «monstre bureaucratique». De plus, cette réforme ne supprimerait en aucun cas la pénalisation du mariage: les couples mariés n'ayant qu'un seul revenu ou des revenus très différents devraient payer des impôts nettement plus élevés que ceux dont les revenus sont répartis de manière égale.

Le Centre veut au contraire aller à l'encontre des efforts du Parlement en lançant sa propre initiative «pour des impôts fédéraux équitables». Au lieu de rendre les impôts indépendants de l'état civil, la Confédération devrait calculer l'imposition des couples mariés de manière plus équitable.

Parallèlement, le Centre veut aussi éliminer la pénalisation du mariage pour les rentes. En effet, dans l'AVS, les couples mariés sont actuellement plafonnés à 150% de la rente individuelle maximale. Ces deux projets pourraient également être soumis au peuple en 2026.

Que faire de la Suisse à 10 millions d'habitants?

La population suisse est en pleine croissance. L'UDC est sur la voie du succès depuis des années déjà avec son opposition à la libre circulation des personnes. Prochaine étape? La Suisse à 10 millions d'habitants. Avec son «initiative pour le développement durable», l'UDC veut ancrer des mesures si la population devait atteindre huit chiffres dans notre pays. Le parti populiste de droite aimerait que le Conseil fédéral puisse complètement résilier la libre circulation des personnes avec l'UE.

L'UDC veut prendre de nombreuses mesures pour lutter contre la croissance démographique.
Photo: ANTHONY ANEX

Il est tout à fait possible que la Suisse franchisse la barre des 10 millions d'habitants au cours de la prochaine décennie. Reste à savoir si ce serait vraiment le scénario catastrophe évoqué par le parti de droite. Les autres partis font en effet entendre un son de cloche inverse, affirmant que le projet de l'UDC pourrait déclencher le chaos. Ils dénoncent un risque de dommages économiques sans précédent.

Le Conseil fédéral, en particulier le ministre de l'Asile Beat Jans, tente de freiner l'initiative en prenant des contre-mesures. Même le ministre de l'Economie Guy Parmelin s'oppose à son propre parti. Cette année encore, les urnes nous diront si les efforts des opposants portent réellement leurs fruits. Le jour de vérité sera le dimanche de votation en juin.

Qui gagnera le bras de fer autour du paquet européen?

Les nouveaux accords de l'UE sont-ils bilatéraux ou non? Même la Confédération parle désormais des Bilatérales III, les opposants continuent de combattre ce terme avec véhémence. Ils préfèrent parler de «traité de soumission». Une chose est sûre: la décision concernant l'accord avec l'UE sera déterminante. Il n'y a donc rien d'étonnant à penser qu'en 2026, les détails de l'accord feront l'objet d'une lutte acharnée au Parlement. 

Certains parlementaires ont même déjà dû se rendre devant la commission d'immunité en raison de leur volonté de se battre sur le thème de l'UE. D'autres se pavanent sur la Place fédérale avec des hallebardes. Le mode de scrutin est déjà controversé: le paquet doit-il être soumis aux urnes avec ou sans majorité des cantons?

Dans ce contexte, une alliance d'entrepreneurs critiques envers l'UE veut rendre la majorité des cantons obligatoire pour les traités internationaux avec l'initiative «Boussole». Pour l'instant, cela ne jouera probablement aucun rôle pour les Bilatérales III.

Entre-temps, même le PLR s'est prononcé pour que seule la majorité populaire suffise. Mais, en cas de oui à l'initiative «Boussole», une sorte de clause de rétroactivité entrera en jeu, qui exigera également la majorité des cantons pour l'accord avec l'UE. On ne saura ce qui se passera concrètement que lorsque le paquet de plus de 1000 pages aura été approuvé par le Parlement. Le délai qu'il s'est fixé pour le traiter n'est pas clair non plus.

Que contient l'accord douanier?

Lorsque le ministre de l'Economie Parmelin a présenté l'accord douanier avec les Etats-Unis en novembre, la Suisse a brièvement respiré. De nombreux points d'interrogation sont rapidement apparus: qu'est-ce qui a été convenu en coulisses? Quelle est la fiabilité de l'accord? Et dans quelle mesure la diplomatie suisse est-elle dépendante d'entrepreneurs influents?

La première question au moins trouvera largement une réponse cette année. A savoir lorsque l'accord douanier sera soumis au Parlement. Des poulets au chlore à l'augmentation des achats d'armement américains, de nombreuses concessions sont dans l'air.

Les électeurs pourraient bien avoir leur mot à dire si un référendum est lancé. Or, comme l'a montré un sondage exclusif de Blick, le deal n'est pas si bien accueilli par les Suissesses et les Suisses. Si le paquet avait été soumis aux urnes fin novembre, près de 70% auraient dit non. Parmelin et consorts risquent-ils de se retrouver face à un grand casse-tête américain?

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