Le satellite Smile, dédié à l'étude des vents solaires, navigue dans l'espace. La fusée qui le transportait a décollé avec succès du centre spatial européen de Kourou, en Guyane française. Le satellite devra maintenant collecter des données sur la météo de l'espace pendant trois ans, grâce aussi à une technologie suisse embarquée.
«Nous avons un nouveau satellite», ont annoncé mardi matin, à Brugg (AG), Säm Krucker et André Csillaghy de la haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse (FHNW). Sous leur direction, un consortium suisse a développé des logiciels pour la mission, ainsi qu'un élément essentiel au fonctionnement du télescope.
Mardi, à 05h52 en Suisse, le satellite a été acheminé dans l'espace à bord d'un lanceur Vega-c. Ces instants sont angoissants pour les chercheurs. «Un décollage de fusée est très brutal et s'accompagne de grandes vibrations», explique Säm Krucker à l'agence Keystone-ATS. On ne peut jamais exclure un incident.
Totalement captivés, les scientifiques de Brugg ont suivi l'envol du lanceur en direct sur un écran. Une heure environ après le décollage, le satellite s'est détaché de la fusée et a déployé ses panneaux solaires. Toute l'opération s'est bien passée. Les chercheurs ont pu, alors, faire sauter les bouchons de champagne.
Une mission de longue haleine
«Maintenant, le travail commence», indique André Csillaghy après le lancement réussi. D'ici un à deux mois, l'instrument qui contient des pièces suisses sera activé. Dès ce moment, le satellite va recueillir des données. Celles-ci seront ensuite analysées et évaluées par les scientifiques. Les chercheurs suisses de la FHNW, de la haute école zurichoise de sciences appliquées (ZHAW) et l'entreprise suisse KOEGL Space et Space Acoustics travaillent depuis 2017 sur cette mission spatiale.
«Smile», acronyme de «Solar Wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer», est un projet développé conjointement par l'Agence spatiale européenne et l'Académie chinoise des sciences. Il a pour but de mieux comprendre les phénomènes météorologiques de l'espace et peut-être de les anticiper.
La météo de l'espace est déterminée par les vents solaires et les tempêtes solaires, qui se caractérisent par la projection de particules chargées qui peuvent atteindre des vitesses de 2 millions de km/h. Ces particules se heurtent au bouclier protecteur de la Terre, la fameuse magnétosphère.
Ces flux de particules hautement énergétiques sont à l'origine des aurores boréales. Elles peuvent aussi endommager les satellites, perturber les systèmes de navigation sur la Terre et avoir même des effets sur les réseaux électriques. «Smile» est chargé de mesurer ces phénomènes.
Des yeux multiples
Pour mener à bien sa mission, le satellite est équipé de quatre instruments scientifiques. Il dispose d'un imageur de rayons X, d'un imageur ultraviolet, d'un analyseur d'ions légers et d'un magnétomètre. La caméra de rayons X devrait pour la première fois pouvoir visualiser le champ magnétique invisible de la Terre.
Les chercheurs suisses ont développé le système de refroidissement de l'imageur de rayons X. Grâce à ce composant, les détecteurs sont amenés à leur température de fonctionnement, à savoir moins 110 degrés. Les conditions extrêmes qui règnent dans l'espace rendent la mise au point de ce «radiateur» très complexe. Sans ce système de refroidissement, la caméra ne marcherait pas, indique André Csillaghy à Keystone-ATS.