Céline Amaudruz en a fait sa stratégie: le siège au Conseil fédéral laissé vacant par Guy Parmelin doit revenir à la Romandie. La conseillère nationale genevoise a exigé qu'«au moins» une candidature issue de Suisse romande figure sur le ticket de l'UDC.
La section cantonale de Céline Amaudruz a elle aussi clairement fait savoir que la Suisse romande devait être représentée sur le ticket. Faute de quoi, elle menaçait de conséquences. Des voix similaires se font entendre dans d'autres sections romandes du parti.
Mais jusqu'ici, la direction de l'UDC ne semble guère impressionnée. Au sein du parti, les réticences à l'égard de Céline Amaudruz sont importantes. Avec le conseiller d'Etat bernois Pierre Alain Schnegg, originaire du Jura bernois, un autre Romand figure néanmoins parmi les candidats potentiels.
De nombreux élus UDC alémaniques ne considèrent toutefois pas qu'il soit indispensable de confier à nouveau le siège de Guy Parmelin à un Romand. Un conseiller national affirme ainsi: «La Suisse latine n'a pas automatiquement droit à trois sièges.»
Les ambitions personnelles passent avant
La question de la représentation romande dépasse les frontières de l'UDC. Chez les PLR notamment, nombreux sont ceux qui ne souhaitent guère voir un Romand succéder à Guy Parmelin, a appris Blick. C'est particulièrement vrai des libéraux-radicaux romands eux-mêmes, avant tout pour des raisons stratégiques personnelles, selon des informations provenant de l'entourage de la direction du parti.
Le calcul est simple: si la Suisse romande conserve un deuxième siège au Conseil fédéral, en plus de celui d'Elisabeth Baume-Schneider, cela pourrait compliquer les ambitions de certains PLR. D'autant que de nombreux observateurs au Palais fédéral partent du principe que le ministre PLR des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, ne se représentera pas lors du renouvellement intégral du Conseil fédéral en 2027.
Le PLR romand, un facteur de pouvoir
Les libéraux-radicaux envisagent déjà de récupérer le siège qui serait alors vacant pour le confier à un représentant de Suisse romande. Et ce n'est pas sans raison: le PLR reste solidement implanté en Suisse romande. Lors des élections fédérales de 2023, le PLR a obtenu 22,4% des voix dans le canton de Vaud, 21% à Neuchâtel, 15,7% à Genève et 14,7% en Valais. Des résultats nettement supérieurs à sa moyenne nationale de 14,3%.
Le PLR romand constitue donc une force politique avec laquelle la direction nationale doit compter. Dans la perspective des élections de 2027, le débat autour de la succession d'Ignazio Cassis pourrait d'ailleurs donner un nouvel élan au parti.
Les noms de plusieurs candidats potentiels circulent déjà. L'actuelle conseillère d'Etat vaudoise et ancienne conseillère nationale Isabelle Moret pourrait ainsi tenter une nouvelle fois sa chance, après avoir été battue par Ignazio Cassis en 2017.
Les conseillères d'Etat genevoises Anne Hiltpold et Nathalie Fontanet, le conseiller national vaudois Olivier Feller, son collègue valaisan Philippe Nantermod ou la Genevois Simone de Montmollin figurent également parmi les candidats potentiels. Le chef du groupe parlementaire PLR, le Neuchâtelois Damien Cottier, est lui aussi crédité d'ambitions.
Ainsi, si l'UDC conserve une représentation romande au Conseil fédéral, les candidats romands du PLR auront davantage de difficultés à accéder au siège d'Ignazio Cassis. La présence simultanée de trois Romands au gouvernement fédéral reste en effet exceptionnelle. Ce scénario s'est toutefois produit récemment, en 2023, lorsque Guy Parmelin siégeait aux côtés du Fribourgeois Alain Berset et de la Jurassienne Elisabeth Baume-Schneider.
Les frictions régionales pourraient être évitées
La présence de trois Romands au Conseil fédéral n'est donc pas impensable. Néanmoins, si l'UDC conserve le siège romand de Guy Parmelin, les revendications tessinoises devraient se faire davantage entendre lors de la succession d'Ignazio Cassis. Le conseiller national tessinois Alex Farinelli ou le conseiller d'Etat Christian Vitta pourraient notamment se présenter face aux prétendants romands.
Ces rivalités régionales pourraient être évitées si l'UDC renonçait à conserver un siège romand. Dans ce cas, la revendication des PLR romands lors du départ d'Ignazio Cassis serait probablement beaucoup moins contestée.
D'autant que, depuis la fondation de l'Etat fédéral, les libéraux-radicaux romands ont presque toujours disposé d'au moins un siège au Conseil fédéral. Leur dernier représentant était le Neuchâtelois Didier Burkhalter, qui a quitté le gouvernement en 2017.